‹ Le Bienheureux Raymond Lulle (1232-1315)Chapitre 45 sur 60 · SON RETOUR A MONTPELLIER. SA DOCTRINE · texte numérisé non relu

SON RETOUR A MONTPELLIER. SA DOCTRINE

SUR LES RAPPORTS DE l'eNTENDEMENT ET DE LA FOI.

De 1299 à i3oG.

En i-igg, Raymond Lulle retourna à Ma\ orque après un séjour de quelques mois à Barcelone, où il écrivit pour le roi d'Aragon Jacnie II et pour la reine Blanche le livre des Oraisons « par lequel ceux qui ne savent pas prier Dieu apprennent à le prier, et ceux qui ne l'aiinent guère apprennent à Taiiner ».

A Palma il ne retrouva plus son collège de frères Mineurs, comme nous l'avons vu par une citation du Descojiort ; les treize moines qui s'y appliquaient à l'étude des langues orientales avaient dû, leur instruction achevée, partir en mission et, négligence ou malveillance — le poète semble accuser un ennemi qu'il ne veut pas nommer — ils n'avaient pas été remplacés.

Mais si Lulle n'avait plus son petit couvent, il lui restait toujours les rues et les places publiques où circulaient, trafiquaient ou paressaient les juifs et les mores en foule; n'ayant pas à craindre, comme en Afrique, la haine des autorités, il put faire grand bien et convertir de nombreux infidèles.

11 profita aussi de cette traïKjuiliité pour écrire de nouveaux traités, les livres de Dieu et de V Homme, une application de V Art général aux sciences et le poème de la Médecine du Péché.

Il préparait d'autres travaux lorsque la nouvelle parvint à Palma que le grand Khan de Tartarie, Kassan, avait fait alliance avec les princes chrétiens d'Arménie et, envaliissant la Syrie, en avait chassé les musulmans et avait poursuivi le Soudan vaincu jusqu'en Egypte. Etait-ce, enfin, le salut de Jérusalem? LuUe savait que Kassan était chrétien et que d'autres chefs tartares étaient sur le point de se convertir; il savait que, onze ans auparavant, l'un d'eux avait envoyé des ambassadeurs au roi de France et au Pape pour demander aux nations européennes aide contre les Egyptiens, les ennemis communs, et leur dire que « si le peuple chrétien voulait concourir h l'expédition contre le pays de Misr (Égyple), il serait possible, avec l'aide de Dieu, de prendre Orislim » (Jérusalem). Mais on n'avait point fait cas de ces propositions — Etait-il donc vrai, ainsi que des voyageurs venaient d'en apporter la nouvelle, que, voyant rindiCFérence des rois d'Occident, les Tartares et les Arméniens s'étaient mis en campagne, avaient vaincu le soudan d'Egypte et délivré les Saints Lieux?

Raymond recouvre tout son enthousiasme, et l'espérance qui sommeillait en lui se relève et s'exalte. Il voit les musulmans expulsés à jamais des terres de Jésus, grâce aux formidables Tartares qui se constituent les défenseurs de la foi catholique, il voit toutes ces peuplades embrassant, comme leurs rois, la vraie religion : l'Asie Mineure, la Perse, le

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