‹ Le Bienheureux Raymond Lulle (1232-1315)Chapitre 48 sur 60 · L ENTENDEMENT ET LA FOI · texte numérisé non relu

L ENTENDEMENT ET LA FOI

que la foi et rignoraoce conviennent pour croire, « Par cela il est démontré à rentendement humain que les infidèles, qui chaque jour s'accroissent pour la destruction de la Sainte Eglise romaine, sont plus facilement confondus dans leurs erreurs et leurs fausses opinions par des démonstrations nécessaires que par la foi ou la croyance. Dieu seul donne la lumière de la foi à ceux qui se convertissent en croyant la vérité,- mais l'homme, par la vertu de Dieu, a le pouvoir de comprendre, de démontrer et de recevoir la vérité par des raisons nécessaires. S'il était vrai que, l'entendement n'ayant pas la possibilité de comprendre les articles de la croyance par des raisons nécessaires, l'homme ne pût y atteindre que par la foi, il s'ensuivrait que Dieu, la minorité et le défaut concorderaient contre la majorité et la perfection. Mais puisque Dieu, \i\ majorité et la perfection concordent et que Dieu a voulu ^qu'en quelques hommes l'erreur fût détruite parla lumière de la foi, à plus forte raison il a voulu qu'elle le fût par la lumière de l'entendement, qu'elle éclaire de la lumière de la suprême sagesse » . Et dans un livre sur les sentences de Pierre Lombard : u Bien que l'entendement comprenne les articles de la foi, il ne s'ensuit pas que la foi soit détruite; car celui qui les comprend entend que, s'il ne les comprenait pas, il les croirait néanmoins. La foi est l'instrument et le secours pour faire comprendre les articles à l'entendement, car il est écrit : « Nisi credideritis, non intelligetis ». De plus, l'homme n'est pas créé principalement pour soi, ni pour avoir mérite par la foi, mais il est né principalement pour comprendre et aimer Dieu;

et cela ne serait pas s'il était vi^ai que Thomme ne peut comprendre les articles qu'à la condition de perdre le mérite de la foi ».

Aux objections que lui faisaient des cardinaux à Rome, il répondait qu'il y a deux manières de démonstration; la première consiste à démontrer sans qu'une contradiction puisse être élevée, par exemple démontrer que le carré a plus d'angles que le triangle; la seconde, qui peut être contredite, est la démonstration de la cause par l'enet, et c'est à cette catégorie qu'appartiennent les démonstrations des articles de la foi qui peuvent être niées et attaquées; si les articles pouvaient être démontrés par le premier mode, il serait impossible qu'ils fussent fondés sur la foi. Lulle voulait surtout affirmer que ces articles ne pouvaient être détruits par les raisons nécessaires, et qu'au contraire ces mêmes raisons pouvaient victorieusement être invoquées contre les adversaires de la foi.

Sa doctrine était donc h un extrême opposé h celui de l'averroïsme, et elle était nécessaire pour combattre les progrès en Espagne et en France de la philosophie à laquelle le philosophe arabe avait donné son nom. Quoique Raymond Lulle ne cherchât pas à expliquer le mystère, il faut reconnaître que sa tentative n'était pas sans danger et dire avec M. Menéndez Pelayo — l'Espagnol qui a le plus étudié l'œuvre du Docteur illuminé — que Lulle commit une erreur de méthode en convertissant en positive l'argumentation négative, et qu'entre des mains moins pieuses, cette tentative eût achevé de faire rationnelle la théologie, c'est-à-dire qu'elle l'eût détruite.

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