‹ Le Bienheureux Raymond Lulle (1232-1315)Chapitre 50 sur 60 · I. Cité dans V Huluire luteruirc de ta France, t. XX · texte numérisé non relu

I. Cité dans V Huluire luteruirc de ta France, t. XX

Clément V ordonna qu'une grande discussion eût lieu à Paris entre les Frères Mineurs et les Prêcheurs dont l'Université serait juge. En cette assemblée, Duns Scot fut le chevalier de Marie selon la promesse faite le jour où elle avait illuminé son intelligence enfantine. On conte que, comme il se rendait à la première réunion, il salua une statue de la Vierge qui se dressait au-dessus de la porte d'une église; puis, s'étant agenouillé, il lui demanda des forces pour parvenir au triomphe : « Vierge sainte, s'écria-t-il, anime-moi contre tes ennemis! » Et levant les yeux vers Marie, il la vit s'incliner et sourire pour signifier qu'elle l'avait entendu et que sa prière serait exaucée.

La lutte fut longue entre Mineurs et Prêcheurs. Les disciples du séraphin d'Assise furent fidèles h leur mission d'interprètes et de défenseurs de la populaire ferveur qui, depuis plus de sept siècles, en Orient comme en Occident, était unanime dans son culte pour la Vierge sans tache. Scot domina les disputes; infatigable, il eut une réponse à tous les arguments de ses adversaires, réfuta leurs syllogismes et leur en opposa d'autres auxquels ils ne purent répondre. Enfin, grâce h Marie qui. par le souvenir de sa salutation et du sourire de ses lèvres, donnait à son entendement les armes nécessaires, il obtint la victoire, et reçut de l'Université le titre de Docteur subtil*.

I. De cette conférence date, ont dit plusieurs historiens, un décret de l'université de Paris d'après lequel les étudiants n'auraient, été admis à prendre leurs grades qu'après s'être engagés à reconnaître et à défendre la doctrine de la Conception Immaculée. Mais il n'existe aucune trace

SA REXCONTRE AVEC r.E DOCTEUR SUBTIL. 185

Lorsque Ravmond LuUe arriva à Paris, la discussion ordonnée par le Pape était achevée, mais les Franciscains étaient encore frémissants de la lutte soutenue en l'honneur de la reine des cieux et du triomphe qui avait couronné leurs persévérants efforts. Duns Scot, dans tout léclat de sa jeune et mystérieuse gloire, voyait toujours autour de sa chaire la foule pressée et murmurante d'enthousiasme des écoliers et des moines. Un jour, il remarqua parmi ses plus proches auditeurs un vieillard à longue, barbe blanche pauvrement habillé comme un pèlerin de loin venu et qui, écoutant très attentivement, faisait parfois des signes d'assentiment ou de désapprobation ; il le prit pour un ignorant égaré en Sorbonne et, lui adressant la parole, il crut l'embarrasser en lui posant ironiquement une question élémentaire de grammaire : k Dominns qiise pars? Quelle partie du discours est le mot Dieu ? » Raymond Barbe-Fleurie répliqua : « Dominiis non est pars sed totiim. Dieu n'est pas une partie, il est tout ». Scot admira la finesse et l'à-proposde la répartie, et h la fin de sa leçon il fit appeler le pèlerin.

Les deux docteurs, l'un et l'autre subtils, l'un et 1 autre illuminés, qui avaient une égale science et la faisaient servir à la gloire du Christ et de la Vierge, se devinèrent, se comprirent et s'aimèrent aussitôt. Ils se contèrent leurs existences, leurs travaux, leurs projets; Lulle fit lire à Duns Scot son traité de Vlmmaculée Conception et leur accord sur

d'une décision de ce genre dans les premières années du xiv° siècle, et il est probable que, si dès lors la croyance populaire et franciscaine fut en honneur à Paris, ce ne fut qu'en 1497 ^"^ 1 Université la reconnut par un décret.

cette doctrine, qui ne pouvait être toujours défendue sans péril et dont ils étaient les hérauts, acheva d'unir le vieillard et le jeune homme par les liens d'une fraternelle affection. L'enfant de la terre froide d'Ecosse admirait en l'àme du poète des îles ensoleillées une indomptable ardeur, une extraordinaire faculté d'enthousiasme, qui lui avaient permis de résister à toutes les tribulations et à tous les déboires, une intelligence surhumaine qui, secondée par les princes de l'Eglise et les maîtres des hommes et par les circonstances, eûtpu transformer l'histoire du monde par la conversion d'une partie de l'Asie au catholicisme; lui enfin qui croyait ne rien ignorer des sciences de son époque, il lut avec étonnement Vuért et les autres traités du Docteur illuminé.

Lulle reconnut en Duns Scot un de ces élus de Marie qui font en ce monde une courte et éblouissante apparition pour remonter presque aussitôt vers les anges; il voyait sur le front du jeune Franciscain la double auréole de la science et de la vertu, et dans ses yeux, avec la beauté de l'amour, l'ardeur voilée des saints qui vont mourir

Grâce à Duns Scot qui était tout-puissant à l'université, le Docteur illuminé obtint un diplôme pour enseigner son Art à Paris. Mais il avait alors un tel désir de reprendre son œuvre d'évangélisation en Afrique que, malgré le succès de son enseignement, malgré les prières des Chartreux qui lui donnaient l'hospitalité et l'avaient en vénération, il quitta Paris et s'achemina vers le Midi. Les années de la vieillesse, au lieu de l'incliner au repos, multipliaient les forces de sa volonté.

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