PÉTITION AU CONCILE DE VIENNE. DES CHBUVRES
d'aLCHIMIE QUI LUI SONT FAUSSEMENT ATTRIBUEES.
De i3o6 à i3ia.
Après un séjour de quelques mois à Pise et à Mavorque, Ravmond s'embarqua pour l'Afrique et parvint à Bougie. Là, on l'entendit clamer sur la place publique : « La loi chrétienne est vraie, sainte et seule agréable à Dieu ; la loi des sarrasins est fausse et erronée, et je suis prêt à le démontrer » . Et il continua, prêchant en paroles de flamme la religion de Jésus au peuple réuni et ajoutant qu'il était prêt à disputer avec les prêtres sarrasins et à leur prouver leurs erreurs. Des menaces ne tardèrent pas h gronder autour de lui, on déchira son manteau, on lui arracha la barbe, et la populace allait le lapider lorsque des soldats intervinrent et lé conduisirent devant l'évêque qui avait ordonné que le prophète chrétien lui fût amené.
Cet évêqiie', qui était un philosophe, au lieu de le livrer au supplice engagea une discussion avec lui : « Si tu crois vraie la loi du Christ, lui dit-il, et fausse celle de Mahomet, donne-moi une raison nécessaire qui le prouve » . Raymond répondit : « Convenons d'un point commun, et ensuite je te donnerai cette raison ». Puis, avec le consentement de l'évêque, il argumenta sur la Trinité de Dieu qui est niée par le mahométisme : « Dieu est-il parfaitement bon? » demanda-t-il. « Oui », répondit le sarrasin. Alors le docteur chrélien commença àdiscourir en ces termes : « Tout être parfaitement bon est en soi tellement parfait qu'il n'a pas besoin de faire le bien hors de soi et de mendier. Tu dis que Dieu est parfaitement bon de toute éternité et dans toute l'éternité; il n'a donc pas besoin de mendier et de fiiire le bien hors de soi ; autrement il ne serait pas parfaitement bon simplement; et comme tu nies la bienheureuse Trinité, si nous admettons qu'elle n'est pas, Dieu ne fut pas parfaitement bon de toute éternité, avant qu'il eût créé dans le temps le monde qui est bon. Or tu crois que Dieu fut plus parfait en bonté quand il créa le monde dans le temps qu'il ne l'était auparavant, car la bonté est meilleure en se répandant qu'en restant oisive. Voilà ce que j'ai pour toi. Mais pour moi j'ai que la bonté est diffusive de l'éternité à l'éternité, et cela est de l'essence du bon d'être difiPusif de soi-même. Aussi Dieu le Père, qui est bon, engendre de sa
I. Lulle, sans souci de ce qu'on pourrait appeler la couleur locale, donne le nom d'évêque à un haut dignitaire de la mosquée,