‹ Le bienheureux Urbain V (1310-1370) [microform]Chapitre 14 sur 108 · COMMENCEMENTS DE SON PONTIFICAT · texte numérisé non relu

COMMENCEMENTS DE SON PONTIFICAT

la France au nouvel élu. Jean II, venant voirie Pape, s'installa à Villeneuve-lès-Avîgnon, dès le i6 novembre i362. Quatre jours après, il faisait son entrée à la Cour pontificale. Les cardinaux allèrent le' prendre à Villeneuve, et l'escortèrent jusqu'au palais d'Avignon, où le Saint-Père l'attendait.

Urbain V le reçut à la porte de sa demeure et lui fit cet honneur singulier comme au plus noble des rois chrétiens, dit la Chronique des Quatre premiers Valois. Il offrit des présents à lui et à sa suite- Au roi, il donna une vaisselle d'or; à ses jongleurs, il fit distribuer une somme de cent florins*. Le 22 novembre, le souverain assista à la translation du corps d'Innocent VI, de l'église de Notre-Dame des Doms, où il avait été provisoirement déposé, à la Chartreusede Villeneuve, que ce Pape avait fondée.

Lés motifs qui avaient déterminé le roi à se rendre à Avignon sont diversement exposés par les historiens. M. Prou, de l'Institut, les a supérieurement indiqués à l'aide de documents formels 2. « Le roi, dit-il, après s'être réjoui du couronnement du Pape, lui adressa quatre requêtes. Il lui demanda la création de quatre cardinaux, une décime sur les revenus de l'Église de France, le droit de négocier pour la paix avec Bernabo et l'Église romaine , et la main de Jeanne, reine de Naples et comtesse de Provence, pour son fils, le duc de Touraine ». Cette dernière affaire était une de celles que Jean II avait le plus à cœur. Mais, pour la faire réussir, il

1. Archives du Vatican. Introitus et Exitus, reg. 298, f" 76, 82 etc.

2. Relations politiques du Pape Urbain V avec les rois de France Jean II et Charles V,

arrivait bien tard. Le contrat de mariage de Jeanne avec le roi de Majorque fut signé le i4 décembre suivant. En épousant Jacques, roi sans royaume, la reine pouvait lui dicter ses conditions et garder pour elle toute l'autorité dans ses Etats. S'allier à un fils de France, c'était se donner un maître. Il était mieux aussi , pour le Pape , que la Provence ne fût pas entre les mains d'un prince français, car il ' pouvait aisément sortir du Comtat et retourner en Italie sans aveu. Urbain V refusa à Jean la création de quatre cardinaux de son choix, l'octroi d'une décime et tout accommodement avec Bernabo Visconti, s'il ne restituait les places usurpées.

Celui-ci, après l'avènement du Pape , avait envoyé à Avignon une ambassade solennelle, mais Urbain V, qui connaissait son ennemi, fut inflexible.

Bernabo fut cité à comparaître dans trois mois devant le tribunal apostolique pour y rendre compte des crimes de tout genre dont il était coupable. . Quand le jour fut arrivé, le Pape procéda solennellement au jugement de la cause. Docteur en droit, il observa scrupuleusement toutes les formes du droit. Les chefs d'accusation furent nettement articulés, et une longue série de sacrilèges, de profanations, de cruautés, d'usurpations fut catégoriquement démontrée à la charge de l'accusé.

Sans se soucier de l'intervention et du mécontentement du roi de France, qui voulait sauver son allié, Urbain V prononça la sentence, déclarant le Duc de Milan hérétique et excommunié. La cérémonie accomplie à cette occasion jeta la terreur dans tous les esprits.

Le Pape prit la parole, prouva qu'il était nécessaire de retrancher de l'Église un membre qui la

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