AFFECTION DU BIENHEUREUX POUR MONTPELLIER
réguliers. Au temporel, la ville relevait, en ses deux divisions territoriales, du roi de France et de celui de Majorque. En réalité, sa fière administration communale traitait plutôt avec eux de puissance à puissance. Ce qui faisait sa force, c'était la probité réputée de ses douze consuls, démocratiquement élus par toutes les classes ; c'était la discipline de ses corporations, la variété de son industrie, la richesse de son commerce. Car, à l'abri de solides remparts, se pressait, telle une ruche bourdonnante, une population dense et active, qui comptait peu de nobles, beaucoup de gens de métier. C'étaient des drapiers d'écarlate, d'habiles orfèvres, et surtout des marchands hardis d'entreprise, dont les galères, par le port, tout voisin, de Lattes, aujourd'hui disparu, trafiquaient jusqu'au Levant.
Mais la vraie gloire de Montpellier lui venait de ses institutions scolaires. Jouissant depuis une trentaine d'années du privilège de Studium générale , elles remontaient, néanmoins, bien plus haut. Dès le milieu du xii^ siècle, était répandue au loin la renommée des écoles de médecine d'origine arabe et juive, maintenantgroupées à l'ombre de l'église Saint- Matthieu. Peu après, exilé de Bologne, Placentinvint y fonder le premier enseignement du droit civil. Dans le but de préparer à ces deux sciences, des salles de grammaire s'ouvrirent partout. Enfin la magnifique efflorescence, au xiii" siècle, des Ordres mendiants, tous représentés à Montpellier, y fit prospérer le droit canonique et la théologie.
Cet afflux nouveau de population débordant de l'enceinte, déjà agrandie, s'était fixé autour d'elle, dans les sept vastes faubourgs qui lui faisaient une gaie couronne de verdure, piquée de clochers et de
cloîtres. Bénédictins de Cluny et de Cîteaux, fils de saint Dominique et de saint François, Augustins et Carmes, Trinitaires et religieux, de la Merci, réguliers et séculiers de tout habit, clercs et laïcs, cette foule bigarrée et ardente, accourue de tous pays, avait dû être divisée en nations : Bourguignons, Provençaux et Catalans. Quatre fois le jour, elle se hâtait, studieuse, vers la colline, au radieux et large horizon, qu'à l'écart du trafic et des industries locales, on avait dédiée à la jeune et savante vierge d'Espagne, Eulalie, la bien disante. Des auditoires ou écoles qui couvraient cette colline, occupée aujourd'hui par la promenade du Peyrou, ceux du revers septentrional étaient consacrés à la grammaire; environnant la tour Sainte-Eulalie, ceux de Droit s'étendaient sur les pentes méridionales. A l'ouest, la vaste église des Dominicains recevait toute l'Université aux jours, des solennités religieuses. Rien ne manquait à la cité scolaire i.
Très jeune adolescent, c'est là que Guillaume de Grimoard avait été envoyé pour y accomplir le cycle de ces études littéraires, qui, en a-t-ildit lui-même, «permettent d'acquérir plus abondamment les grâces spirituelles, et d'éclairer l'Eglise de Dieu des lumineux rayons de la science ^ ». Si Toulouse l'avait ensuite initié aux éléments du droit civil, c'est à Montpellier que, sa vocation fixée, il était retourné demander la connaissance parfaite du droit canonique. Bachelier en cette Faculté après six ans d'é-
I. L. Guiraud, Les Fondations du pape Urbain F à MontpcUieryt. II,. Introduction.
a. Bulle de fondation du collège Saint-Benoît, du3i janvier i368 (L, Guiraud, Les Fondations du pape Urbain F à Montpellier, t. Il, p, 210).