‹ Le bienheureux Urbain V (1310-1370) [microform]Chapitre 33 sur 108 · I. Comptes de i365 à · texte numérisé non relu

I. Comptes de i365 à

moins, l'enlumineur Bernard de Toulouse, Florent de Sabulo et l'enlumineuse Marie (1367).

Ces artistes, ultramontains ou français, ont toute la confiance du Pape. Il leur fait des commandes de toutes sortes pour ses châteaux voisins, les occupe à l'enrichissement d'Avignon, aux tours du Palais, aux décorations qui participent en quelque sorte à l'éternité de la religion.

Une particularité du Bienheureux, c'est son goût pour les beautés de la nature et l'établissement de jardins faisant un prolongement du luxe qui abondait à l'intérieur du palais pontifical.

Pétrarque fut là encore un initiateur. Ne disait-il pas que son jardin de Vaucluse était sans égal au monde? Et ses jardins d' Arqua, de Padoue, de Parme, dont il était chanoine prébende, ne les cultivait-il pas avec amour?

Incité donc par de hauts exemples autant que par son attrait personnel, Urbain V eut une sollicitude marquée pour les arbres et les fleurs.

Il aimait aussi la gravure et entretenait pour les sceaux romains un certain « magister Johannes Italicus ». Brocard Campanino, né a Pavie, toucheur d'orgue, vivait à Avignon à l'époque du Bienheureux et y maria sa fille, successivement, à deux peintres.

Quant à l'orfèvrerie, les Baroncelli et les Giovanni di Bartolo sont constamment mentionnés dans les fournitures papales.

Un document précieux est l'inventaire du trésor apostolique de 1869. Cette pièce fut rédigée par ordre d'Urbain V. Le cardinal Philippe, gardien d'Avignon, fit remise à Gaucelin de Deaux, évêque de Maguelone et trésorier du Pape, de tous les vases, ornements d'or et d'argent.

L'énumération des pièces est d'une richesse insoupçonnée, malgré les libéralités du Bienheureux.

Coupes, calices, croix, conques, écuelles, plateaux, tasses, bassins, drageoirs, pectoraux, tabernacles, clefs, bras, aiguières, amphores, gobelets, salières, fermoirs, anneaux forment un poids total de 1.434 marcs, i once, 3 deniers. Le poids total de l'argenterie s'élève à S.SaS marcs, 7 onces, 6 deniers.

Des merveilles d'un autre genre étaient les lapisséries à la façon d'Arras qui ornaient les salles; et les perles, et les rubis, et les jaspes, et les cristaux qui brillaient partout, et les filigranes, et les émaux, et le corail, et l'ambre sur lesquels la main des artistes éclipsait la matière la plus fine.

On avait poussé le luxe jusqu'à faire émailler les gants !

Les chapes avec leurs, images et leurs perles, les dalmatiques et les tunicelles couvertes d'oiseaux et de bestioles, les chasubles de saphirs, les crosses et les mitres étincelantes de pierreries, quels joyaux, quels chefs-d'œuvre, quels trésors !

La Papauté était vraiment un instrument de civilisation que rien ne pouvait remplacer au moyen âge. Ses ressources inépuisables, elle les emploie à des monuments, à des écoles, à l'art impartial qui fait appel au talent de toutes les nations.

Rien ne plaît et n'émeut comme la vie privée du Bienheureux Pape, se sanctifiant par des vertus extraordinaires et entretenant des relations immédiates avec les sommités des arts, des sciences, de la diplomatie. Entreprenant, généreux, aimant l'action comme un Français, les belles-lettues comme un Romain et les beaux-arts comme un Toscan, il

demande les coopérateurs dont il a besoin à la France aussi bien qu'à l'Italie, et songe par-dessus tout à l'Église de Jésus-Christ dont il conserve jalousement les droits.

S'il est déplorable qu'il ne reste pas grand'chose des édifices, des fresques, de la floraison brillante d' œuvres écloses à Avignon sous le règne si bienfaisant d'Urbain V, nous avons voulu du moins esquisser en ce chapitre la haute et noble figure d^un Pape passionné pour la glorification de l'art, protecteur des artistes, ami éloquent de tout ce qui est beau.

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