URBAIN V ORDONNE LA TENUE DES CONCILES
commun les joies et les peines, les lumières des uns et l'expérience des autres pour la sanctification des âmes, le rappel au devoir, la pratique des vertus professionnelles. On retrouve, dans les Actes des conciles arrivés jusqu'à nous, l'application des principales mesures que le Pape avait prises pour réformer les mœurs.
La Provence vit tous ses prélats assemblés à Apt, en un concile national de ses trois provinces ecclésiastiques. Aix, Arles, Embrun, Cavaillon, Orange, Carpentras, Vaison, Marseille, Saint-Paul-Trois- Châteaux, Toulon, Digne, Senez, Riez, Vence, Nice, Sisteron, Apt avaient envoyé leurs évêques; les autres s'étaient fait représenter par procureur. On y rédigea des canons, dont quelques-uns sont encore en vigueur, comme l'usage pieux de fléchir les genoux à VIncarnatus est de la messe solennelle. La défense aux évêques d'avoir des bouflFbns et des chiens de cbasse rappelle bien les goûts disparates d'un siècle à la fois mondain, fidèle et croyant.
Le concile de la province de Tours fut célébré dans la ville d'Angers. On y fit trente-quatre cnnons. Le cinquième et le sixième prescrivent à tous ceux qui sont élus à quelque bénéfice, d'en venir prendre possession dans le délai de six mois. Parle douzième, nous voyons ordonner aux clercs une longue robe et une chape fermée. Aux repas, les ecclésiastiques ne pourront avoir que deux plats. Ils garderont la résidence sous peine de perdre leurs bénéfices.
Au concile de la province de Bordeaux, tenu à Périgueux, le prince de Galles veilla au bon ordre de la réunion des vingt-deux évêques suffragants. La Chronique mentionne que le discours d'ouverture, prononcé par l'évêque de Sarlat, fut un concert de
louanges excessives à l'adresse du prince présent. Aymeric de Peyrac dit qu'il le compara même au Fils de Dieu.
La mauvaise impression en parvint jusqu'au Pape. Apeuré, l'auteur, excellent théologien, vint demander son pardon et l'obtint aisément. Urbain V profita de l'occasion pour lui faire une malice.
L'ayantinvité à sa table, ill'interrogeadelasorte :
Le Pape etl'Église doivent-ils se réjouir de la mort de Pierre le Cruel .''Cet ennemi de Dieu, ce fauteur des Juifs et des Sarraâins, cet appui des infidèles, a-t-il été justement tué par son frère?
L'évêque de Sarlat répondit qu'il se réjouissait de la punition des crimes du roi de Castille, mais qu'il plaignait l'individu, ajoutant qu'il fallait haïr le péché et non les hommes.
Et le Pape, qui voulait embarrasser son visiteur, reprit vivement : « Mais ne lisez-vous pas dans le livre des Psaumes : Le juste se réjouira de la vengeance exercée sur le pécheur ^ ? » —Alors l'évêque conclut modestement : « J'abandonne mon avis à la décision papale ». Et le Bienheureux laissa le cas de Pierre le Cruel pour parler d'autre chose 2.
Le zèle qu'on montrait en France pour la célébration des conciles, s'étendit aux autres royaumes. A York, on se distingua par des décrets prohibant la coutume de tenir les marchés dans les églises et les cimetières.
Nulle part, peut-être, il n'y eut un concile plus célèbre que celui de Lavaur. Par faveur spéciale, s'y
1. Ps. Lvii, V. ti : Lsetabitur justus cum viderît vindictàm, manus suas lavabit in sanguine peccatoris.
2. IF^ Vita. — Aymeric de Peyrac, auteur de cette vie, assure que l'évêque de Sarlat lui raconta lui-même ce trait.