‹ Le bienheureux Urbain V (1310-1370) [microform]Chapitre 54 sur 108 · URBAIN V APPROUVE DE NOUVEAUX ORDRES · texte numérisé non relu

URBAIN V APPROUVE DE NOUVEAUX ORDRES

ne sollicitèrent ni bulles, ni grâces, ni privilèges, se rapprochant de la sorte de ces primitifs moines de rOmbrie qui étonnèrent la Cour romaine par leur trop rude profession de pauvreté.

Femme unique dans les annales de l'Église, sainte Brigitte avait reçu de Dieu un cœur mâle et capable des plus grands desseins. Elle fut l'instrument dont le ciel se servit pour réformer les mœurs d'un siècle des plus corrompus. Aidant les Papes, plus d'une fois, leur donnant de sages ou sévères conseils, elle se montra comme une prophétesse pour instruire les peuples, les eflFrayer par la crainte du sombre avenir dont elle soulevait le voile, les réveiller de leur assoupissement. Durs comme son climat de Suède, ses écrits sont parfois semés d'images terribles.

Quel berceau, quelle enfance, quelles apparitions de Marie et de Jésus! C'est une vie bien attirante que celle de celte femme mariée, veuve, mère de saints, venant à Rome avec ses enfants, visitant les tombeaux des martyrs, fondant un nouvel Institut.

Le Seigneur, se servant d'une parabole bien connue, lui dit : « J'avais des vignes qui me produisaient du bon vin, elles se sont abâtardies. Je veux maintenant planter une vigne nouvelle, qui poussera de nombreux rejetons et me donnera un vin exquis : je t'ai choisie pour cette œuvre ». Les vieilles vignes représentaient les anciens Ordres, qui étaient, déchus de leur ferveur ; la vigne nouvelle, l'Ordre que Brigitte devait établir. La sainte reçut du Seigneur lui-même la règle que l'on devait y suivre et la formula en chapitres. Soumise à l'approbation du Pape, elle reçut l'accueil qu'elle méritait.

L'Institut de sainte Brigitte était établi en Thon-

neur de la Sainte-Vierge et basé spécialement sur trois vertus : une profonde humilité, une chasteté inviolable, une absolue pauvreté. Il y avait, dans chaque monastère, soixante religieuses figurant les disciples. Le service divin devait se faire dans leurs églises, comme dans une cathédrale. C'est pourquoi, dans un lieu complètement séparé de leur clôture, mais assez rapproché pour pouvoir leur donner tous les secours spirituels, se tenaient vingt-cinq religieux, dont treize prêtres, chargés des offices, des prédications, des confessions : ces prêtres représentaient les apôtres. Ils portaient une croix rouge sur leur manteau. Huit frères, marqués d'une croix blanche, emblème d'innocence, les servaient.

Ainsi tout était symbolique dans cet Ordre né à Vastena, dans le diocèse de Lincopink, en Suède, et répandu dans diverses villes de la chrétienté. Sa ferveur consolaitles Papes etses vertus édifiaientl'Église. Urbain V, qui s'était intéressé à un commencement de réforme des Frères Mineurs, n'oublia pas de faire revivre l'ancienne discipline de l'Ordre bénédictin. Cette œuvre peut bien être comparée a la naissance d'un Ordre nouveau.

En ce temps, la première abbaye du monde, berceau des Bénédictins, vivait, au milieu de ruines matérielles, dans le relâchement des mœurs et la violation des saints vœux*. A la vue de cette désolation, Urbain V, qui était venu prier sur le tombeau du fondateur de son Ordre lors de son ambassade à Naples, en 1862, avait promis à Dieu la restauration de ces lieux vénérables.

I. Les Fitœ antiquee^ auxquelles nous empruntons tous ces détails, disent que les édifices jonchaient le sol à cause d'un tremblement de terre,., propter terrœ motum...

- V URBAIN y RESTAURE LE MONT-CASSIN, 139

Sitôt qu'il fut Pape, il pensa au Mont-Cassin et voulut soulager sa douleur. Il commença par supprimer l'évêché que Jean XXII avait, sans succès, mis au Mont-Cassin et rétablit de nouveau la dignité abbatiale. Il fit chercher partout un. guide et un modèle, et, comme il ne trouva aucun religieux bénédictin à son gré, il jeta les yeux sur un Camaldule admirable de mortification , adonné à la prière, passionné pour l'étude. Il l'appela à lui et, comme le frère André déclinait l'honneur qu'on voulait lui faire, le Pape exigea que l'élu obéît. Et le moine blanc gouverna les moines noirs. Il devint leur abbé. De tout l'Ordre, on fit venir les religieux les plus fervents et les plus réguliers, on chassa les^ indignes, les mercenaires, les indisciplinés. Et il semblait que le peuple juif revenait de la captivité de Babylone pour redresser les murs de Jérusalem. Les cloîtres, les cellules, les édifices furent refaits, la montagne sainte se repeupla, le désert fleurit en perfection, en bonne odeur de Jésus-Christ.

La gloire ancienne que reprit le Mont-Cassin, au XIV® siècle, il la doit au zèle, h la foi, à l'aflPection d'Urbain V pour son Ordre. Il est juste d'ajouter que les Bénédictins se souviennent de l'œuvre entreprise par le Bienheureux. L'abbaye-mère le regarde comme son second fondateur, et lui a élevé une statue sous le péristyle qui conduit à la grande église.

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