CHAPITRE XIV
LE BIENHEUREUX URBAIN V TRAVAILLE A LA PACIFICATION DE L 'ITALIE ET DE LA FRANCE.
Un esprit de vertige et . de haine continuait à agiter presque toutes les républiques d'Italie au moment où Urbain V siégeait à Avignon. Chaque ville voulait être indépendante et le plus petit Etat avait des prétentions d'empire. A ce point de vue, la situation était lamentable.
La Cour de Naples, accoutumée aux scènes sanglantes, était divisée par la querelle de Jeanne et de son nouvel époux. Jacques de Majorque prétendait au titre de roi de Naples et aux honneurs du trône. Trouvant honteux d'être l'époux d'une reine sans partager sa puissance, il se plaignit longuement au Souverain Pontife. Dans une lettre toute de logique et de force, Urbain V « l'exhorta à se défier des flatteurs, ces ennemis cachés qui ont des commencements agréables et des fins terribles. Vous ne pouvez, ajoute-t-il, violer les promesses que vous avez faites. Contentez-vous avec humilité de ce que Dieu vous a donné et songez que ce Dieu abaisse les superbes, élève les humbles, accroît la puissance du juste ».
L'époux de Jeanne, comprenant la leçon, n'osa rien entreprendre en Italie, mais, quittant le beau ciel de Naples, qui lui était devenu odieux, il alla se battre en Caslille.
Le Pape réussit mieux auprès de Galéas, des marquis de Montferrat et du comte de Savoie, qu'auprès du roi d'Aragon.
« Comme nous désirons vivement, écrivait-il à Galéas, que, parmi les fidèles du Christ, règne cette paix qui fait bénir Dieu et procure le salut des âmes, nous employons à ce dessein l'autorité apostolique. Depuis longtemps, vous êtes en guerre avec le marquis de Montferrat. Cette querelle a produit des maux innombrables, elle en produit encore, ce que nous ne saurions trop déplorer. Désireux d'appliquer à ce mal un remède, nous vous exhortons à écouter nos avis et à être agréable à Dieu, en faisant goûter à votre peuple le bonheur du repos ^ » .
Pise et Florence, ces éternelles rivales, perdaient alternativement leur sang, leur richesse, leur gloire, leur liberté. Les douceurs de la vengeance passaient avant celle de la paix. Quelque issue, heureuse ou malheureuse, que pût avoir la guerre, on la préférait à tout.
Ressentant une amère affliction de ces perpétuelles nouvelles de combat, le Bienheureux leur disait : « Mes chers fils, reprenez un cœur de chair. Que votre cœur de pierre se ramollisse! Déposez votre haine et vos rancunes, qui ont déjà des suites si tristes. Puisse la crainte d'un Dieu qui déteste les hommes obstinés et les punit sévèrement, puisse le respect que vous devez au Siège apostolique, puisse