‹ Le bienheureux Urbain V (1310-1370) [microform]Chapitre 58 sur 108 · I. Regesl., t. III, f · texte numérisé non relu

I. Regesl., t. III, f

plit une nouvelle mission à Naples, où Jeanne lui fit un accueil brillant. Il fit aussi le procès aux Fratricelles, condamnés par Jean XXII. Ces sectaires dangereux, réfugiés dans les gorges des Apennins, prétendaient former, eux seuls, le corps mystique de Jésus-Christ. Ils continuaient à ébranler les colonnes de l'Eglise et à révolutionner les États de la Papauté, avec une passion toujours plus ardente. Rien de plus infâme que leur vie et leurs assemblées de jour et de nuit. Albornoz envahit leurs repaires, s'empara des chefs, obtint le nom des coupables et fit punir exemplairement les plus dangereux.

Rentré dans les Etats pontificaux, iEgidius Albornoz consolida toutes les conquêtes par des lois sages. C'est lui, de l'avis de tous les historiens, qui a été le principal restaurateur de la Papauté temporelle au XIV® siècle.

Les Constitutions segidiennes, du nom d'iEgidius Albornoz, forment un recueil de règles libérales et démocratiques d'un intérêt exceptionnel. Avec leurs châteaux- forts et leur puissance orgueilleuse , les seigneurs étaient les ennemis de l'Église. Pour les dompter, il fallait s'appuyer sur le peuple. Albornoz ne flatta pas le peuple, ne provoqua pas sa convoitise, comme les ennemis de la société le font de nos jours, en lui promettant des satisfactions imaginaires. Non, il travailla à le rendre heureux et à le soustraire à l'arbitraire de la tyrannie.

Urbain V l'assista de ses conseils et l'encouragea de ses approbations.

Profitant, en même temps, du calme de l'Italie, il envoya de nombreuses lettres aux rois de l'Espagne et aux souverains du Nord, fit partir des légats dans toutes les directions, prêcha l'apaisement aussi

bien dans les plus puissants empires que dans les moindres républiques.

Restait la France à pacifier. Elle n'avait point à soutenir de lutte armée contre les autres puissances, mais elle était dévorée par une plaie bien cuisante, qui équivalait à la guerre la plus désastreuse. Il s'y était formé une infinité de bandes connues sous le nom de Grandes Compagnies , qui guerroyaient pour leur compte, parcourant les plus riches provinces et y semant la ruine. Elles pillaient, massacraient et incendiaient tout, sans rien respecter. Que de sang répandu ! Que d'orphelins et de veuves ! Que de malheureux réduits à la dernière misère ! Que d'églises surtout et de monastères brûlés !

Le Pape, prenant en main la cause des populations si criminellement opprimées, chercha les moyens de débarrasser notre pays de ces brigands si dangereux. Une bulle adressée aux gens des compagnies i les exhorte à cesser leurs guerres et à se préparer au voyage d'outre-mer. Ces exhortations furent inutiles. Les compagnies se rapprochent des domaines pontificaux, et le Souverain Pontife effrayé lance des estafettes à cheval dans les régions voisines, afin de s'enquérir de leur marche. Gomme les pierres des remparts ne constituaient pas une protection suffisante pour empêcher les bandes de pÛler les récoltes, il fallait réunir des troupes. De là naquit la Ligue des communautés du Midi. Le Languedoc donne l'exemple, la Provence suit, et le Dauphiné et le Comtat et la Savoie. Les assemblées de seigneurs et de prélats votent des subsides. Urbain V autorisait les gens d'église à y contribuer pour leur part. Les

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