I. II Fita
Dès qu'il fut à Viterbe, il se mit à réunir tous les éléments qui lui feraient bien connaître l'état d'âme de l'Italie. Malheureusement celui qui était à même de mieux le renseigner vint à mourir à Viterbe. Le cardinal Albornoz, en disparaissant de ce monde, le 24 août, causa un deuil universel. Depuis quatorze ans, il était légat en Italie et, tandis qu'à son arrivée l'Église ne possédait que les châteaux de Montefiasconè et de Montefalco, il avait récupéré, par une admirable suite de brillantes campagnes, toutes les provinces usurpées. C'est bien à lui que revenait la gloire du retour du Pape. En lui baisant le pied à Viterbe, il lui remit pacifiquement et librement tout le domaine ecclésiastique, dit le Libe?' pontificalis.
Urbain V, qui avait l'intention de mettre à profit ce cœur magnanime, cette intelligence si élevée, le pleura comme un ami et un bienfaiteur insigne. Pendant plusieurs jours, il s'enfonça dans le silence et son attitude douloureuse produisit une consternation générale. C'était le deuil de l'amitié et le deuil de la patrie.
De Bel-Reposo de Viterbe, le corps d'Albornoz fut porté à Assise avec les plus grands témoignages d'estime et d'affection qu'on puisse donner à un homme. Selon sa volonté, on le déposa, momentanément du moins, dans une chapelle privée qu'il s'était fait construire à l'église Saint-François*.
Urbain V sentit bientôt le vide que laissait Albornoz. Il n'avait, parmi ses légats, personne d'assez ferme pour dominer le peuple. Les habitants de Viterbe voyaient d'un œil jaloux cette foule d'étr^angers, officiers, collecteurs, qui avait suivi la Papauté.