MORT D'URBAIN V
D'après un auteur du temps, Guy de Boulogne avait été candidat à la Papauté dans le conclave où fut élu Urbain V : ceci nous explique, sans doute, le sens de quelques expressions déplacées en pareille circonstance.
L'orateur prit pour texte les paroles de Job : Ubi est? — Velut somnium advolans, non invenitur. Ce « qu'est-il devenu ? — Ce songe qui s'est envolé » firent une profonde impression sur l'assistance.
« Urbain V, dit Guy de Boulogne, enseigna la science, avec un éclat incomparable; il rendit la justice avec une souveraine autorité; il administra l'Eglise avec un génie sans pareil. Et cette bouche éloquente et ce cœur si chaud et cet esprit si actif, tout a disparu comme une fumée
« Prions pour l'âme du défunt et, avec le Vénérable Pierre de Cluny, disons : O Seigneur Jésus, vous qui êtes l'auteur de cette vie passagère et de la vie de l'éternité, placez dans le séjour du ciel celui qui était le pasteur de toutes vos brebis
« Vous aussi. Bienheureuse Vierge Marie, mère du Sauveur, donnez-lui votre protection et n'abandonnez pas celui qui, après Dieu, mettait en vous toute sa confiance i ».
En Espagne, en Italie, en France on célébra des services solennels pour le repos de l'âme d'Urbain V, et on fit son éloge dans les chaires sacrées.
Une cérémonie grandiose eut lieu à Montpellier, le mardi, veille de Noël. Les consuls, se mettant à la tête des habitants de la ville qu'aimait tant notre Bienheureux, vinrent à Notre-Dame des Tables. Dans l'église ornée de « bel drap d'aur fin de Lu-
I. Ce discours a été publié par Âlbanès. Le texte est au fonds du Vatican, cod. 8986, f» 24 v°.
cha, canlet la messa mossen Berenguier de Salve, prebost de Magalona et prior de la dicha glieya ^ » .
Bolog-ne se distingua plus encore par son hommage à la mémoire du Pontife défunt. Durant huit jours, les portes des magasins furent closes et les princes voisins se joignirent à l'immense cortège qui suivit le cardinal Anglic, du Palais Apostolique à l'église.
Pétrarque touchait à la fin de sa vie, et lui, qui aurait voulu voir Urbain V « mourir au pied de l'autel de Saint-Pierre », sut prouver par un effort touchant l'étendue de sa vénération. Oubliant ce qu'il avait appelé « le manque d'énergie du Bienheureux et sa tentation d'amour pour sa belle France », il se fit transporter de Padoue jusqu'à Bologne. Tremblant, affaibli, le vieillard prit part au deuil solennel de cette ville et s'en retourna dans sa maison d' Arqua, où il devait rendre le dernier soupir, quatre ans après, la tête appuyée et les yeux ouverts sur une page de Virgile.
C'est de la solitude d' Arqua, couronnée de vergers d'oliviers, enrichie de vignobles aux fruits savoureux, que Pétrarque écrivait à Bruni : « J'en prends ma conscience à témoin, Jamais mes paroles n'ont égalé ce que je pense de ce Pontife. Je lui ai fait des reproches que je croyais justes, mais je ne l'ai pas loué comme je voulais. Mon style a été vaincu par ses mérites. Ce n'est point l'homme que je célèbre, c'est cette vertu que j'aime et que j'admire avec étonnement ».
S'il est un milieu où le Bienheureux fut pleuré avec la plus sincère des sympathies, ce fut dans les
I , Petit Thalamus de Montpellier.