JONATHAS, FRIDOLIN, CALYPSO
JONATHAS
Là... voyez comme je suis gentil avec vous... je fais tout ce que vous voulez; voyons, à votre tour, faites quelque chose pour moi... buvez bien vite ces deux verres-là... je vous promets que je ne vous en offrirai pas d’autres aujourd’hui...
CALYPSO, b part.
Quel drôle d’aubergiste ! (Haut.) Qu’est-ce que c’est que ça?
JONATnAS.
Une boisson excellente; soyez tranquille... ça n’a pas de goût...
LE BIFTECK H OR
FRIDOLIN, à Calypso.
Allons! puisque ce brave homme parait y tenir absolument !... (Il» trinquent.)
JONATHAS, Il part, pendant qu’il» trinquent.
Ah ! j’ai eu de la peine ! mais j’espère que ça va un peu les calmer...
CALYPSO
Pouah ! est- ce assez fade ! (Elle jette le contenu <lu verre dan» les
jambes de Jonathas.)
FRIDOLIN, m^me jeu.
Ça sent le moisi...
JONATHAS, à part.
Qu est-ce qu ils disent donc...? est-ce que leur accès va les reprendre ?
FRIDOLIN
Cest une infamie! nous faire boire de l’eau non filtrée, en attendant le souper.
CALYPSO, exaspérée.
Un souper qui n’arrive pas; voulez-vous que je vous dise? Cette auberge-lâ est une gargote !... (Elle remet lorgnon.)
f FüIDOLIN, môme jeu.
Une vraie baraque !
JONATHAS, il part.
Bon, voilà que ça commence !...
CALYPSO
Et je suis si nerveuse, que je ne pourrais pas m'empêcher de casser quelque chose... Tenez, allons-nous-en au Pigeon d Argent...
FRIDOLIN
Alluns-y, c’est une idée !
JONATHAS, leur barrant ia porte.
Halte là. on ne s en va pas ainsi, (a pan.) Ils sont encore plus fous que je ne croyais...
CALYPSO
Comment! vous osez nous retenir un abus de confiance I
prisonniers... mais c’est
LE BIFTECK D’OR
Vt
FRIDOLIN
C’est une indignité, nous allons nous adresser au bourgmestre... Où est le bourgmestre?
JONATHAS, b part.
Décidément, les voilà partis. (n»ui.) Le bourgmestre, vous voulez lui parler ?
CALÏPSO.
Oui, nous avons chacun une plainte à lui faire... Contre vous, d'abord, et ensuite contre une autre personne; voyons, où demeure-t-il?
JONATHAS
Il demeure... il demeure ici, c’est moi.
FRIDOLIN et CALYPSO, lorgnant.
Vous?
JONATJIAS.
Pour vous protéger, si toutefois vous en avez besoin...
Oh I certainement que nous en avons besoin; en ce moment, mademoiselle et moi, nous courons les dangers les plus graves.
JONATHAS, & part.
C’est bien cela !... (Haut, et les prenant sou» le bras.) Et qui donc
vous persécute? Saus doute l’autre personne dont vous parliez tout à l’heure?
FRIDOLIN
Justement, le capitaine Maurice....
CALYPSO
Oui, ce gueux de capitaine Maurice qui m’avait promis de m’épouser, et qui, aujourd’hui, m’abandonne pour une autre.
JONATHAS
Ah! le coquin! voyez-vous ça!...
FRIDOLIN
Ce n’est pas tout; il veut m’empêcher aussi d’épouser ma prétendue, la belle Julia, et il m’a menacé de me couper les oreilles, si j’entrais dans le château!...
JONATHAS
Ah! le spadassin!... Mais alors, mademoiselle et vous, vous ne voulez donc plus vous marier ensemble?
LE BIFTECK ü’OR
CALYPSO
Qu’ est-ce qu’il dit?...
FRIDOLIN
Il est fou!
JONATUAS, il part. *
Ils me traitent de fou, les malheureux! (Haut.) Pourtant je croyais que vous, monsieur de Waldeck, vous adoriez mademoiselle de Lindorf, et que vous, mademoiselle de Lindorf, vous adoriez M. de Waldeck.
CALYPSO
Ah çà! est-ce un abruti ou un mystificateur?... (euo lorgne.)
FRIDOLIN , même jeu.
L’un et l’autre peut-être... Voyons, monsieur le bourgmestre, monsieur le propriétaire du Bifteck d’Or, oui ou non, voulez-vous nous protéger tous deux contre le capitaiue Maurice?...
JONATIIAS.
Mais quel capitaine Maurice, mes enfants? Il n'y a aucun capitaine Maurice dans ce pays...
CALYPSO
Nous savons parfaitement qu’il s’est réfugié dans votre village... peut être même est-il ici, chez vous...
JONATUAS.
Chez moi? Eh bien, je ne serais pas fâché de le voir!