A APPRÊTS
utilisés, les appareils mis en œuvre, les manutentions. ÀTapprêt quelquefois si compliqué par lui-même se rattachent les opérations ayant ])our but d'élargir ou d'allonger les tissus, de les fouler, de les gaufrer, de les tirera poils, de les imperméabiliser, etc. On compte aisément, pour certaines étoffes, jusqu'à dix-huit manipulations successives.
Prenant comme exemple Tapprét des tissus de coton, un éminent rapporteur de nos Expositions universelles passait en revue lapprét des tissus légers, l'apprêt chiffon, l'apprêt fleur, les sous-apprêts, l'apprêt moiré simple ou double, l'apprêt ramé, l'apprêt glacé, l'apprêt calandre, l'apprêt cylindre, l'apprêt satiné, etc.; il expliquait comment on augmente le poids des étoffes légères, comment on en comble les mailles, en additionnant la fécule et l'amidon d'autres matières, notamment de matières minérales. 11 décrivait le déraillage, opération destinée à supprimer les éraillures, k rétablir la situation première des Gis dans les tissus dont la trame et la chaîne sont sans liaison; il montrait la machine à beetler^ servant è l'assouplissement des satinettes ; il donnait aussi la description du tirage à poils, c'està-dire du grattage au moyen d'une brosse ou d'un chardon métallique, pour extraire partiellement les fibres et imprimer au tissu une apparence pelucheuse.
Les étoffes de laine et en particulier les draps demandent des manipulations spéciales , un outillage puissant. Une fois dégraissés, les draps subissent le foulage ; à la simple action des pieds a succédé celle des moulins y qui tout d'abord rappelaient le mortier à pilon et qui, successivement perfectionnés, se sont répandus sous le nom défoulons hollandais; en 1 838 , l'Angleterre nous a donné les foulons cylindriques y effectuant le foulage en long et en travers, et procurant ainsi une économie de temps notable comparativement aux anciens moulins ; il existe aussi des foulons sphériques ou à globe. Jadis , le poil froissé par le foulage se démêlait à la main, au moyen du chardon à foulon; vers i8o/i, Douglas ifnporta en France la machine à lainer, agissant sur l'étoflFe à Taide de chardons portés par un tambour; puis, après des essais entrepris en i8i6 (brevet de A.Dubois) et longtemps infructueux, pour produire des chardons métalliques qui eussent l'élasticité du peigne naturel , accrochassent bien les filaments et les amenassent à la surface
APPRETS. 295
(lu tissu sans les rompre, les constructeurs réussirent à établir d excellentes garnitures de cardes avec dents de bronze, montées sur des rouleaux de petit diamètre et agissant sur la circonférence d'un gros cylindre. Jusqu'au commencement du siècle, le tondage, qui a pour but de couper et d'égaliser les fibres amenées à la surface du drap par le lainage , se faisait péni^^lement de main d'homme au moyen de ciseaux ou forces; des tondeuses mécaniques furent imaginées en Angleterre (système Lewis) et en Amérique (brevet pris à Paris, en 1812, par E. Jonathan pour un appareil qu'avait importé G. Bass de Boston); vers 1 8 1 7 , J. Collier créa un bon modèle français de tondeuse à lames hélicoïdales et à mouvement continu. On distingue les tondeuses transversales et les tondeuses longitudinales : celles du premier type , aujourd'hui délaissées, ne donnent qu'un travail intermittent et occasionnent une perte de temps sensible pour ramener le chariot , dérouler la pièce et la fixer sur le bâti; le travail est, au contraire, continu avec les machines longitudinales du système Collier, dans lesquelles l'appareil à lames tondeuses reste fixe, tandis que le tissu se meut suivant le sens de sa longueur. Quant aux opérations finales, dont l'objet, pour les draps lisses du moins, est de régulariser la direction du duvet, de développer le brillant, d'accuser le moelleux, par des pressions réitérées avec ou sans intervention de la chaleur , elles s'accomplissent depuis longtemps à l'aide de presses hydrauliques, où l'on place l'étoffe repliée sur elle-même avec des cartons interposés entre les plis; on emploie aussi dans le même but des machines cyKndriqties à presser et à décatir.
Un grand progrès a été réalisé en 1893 dans la structure des rames (le séchage. Ces rames sont maintenant établies à étages et renfermées dans une caisse métallique, où est insufflé et distribué de l'air chaud. Elles n'ont pas de tambour-sécheur à la sortie et les pièces se trouvent ainsi soustraites à l'ancien danger de rétrécissement. Un foulard d'apprêt est généralement placé à Tavanl. *
Parmi les opérations de création récente se rattachant aux apprêts, quelques-unes sont très curieuses. Tel est le polissage mécanique des étoffes de soie ou des tissus de soie tramés coton , qui se fait à l'aide de racles en acier sur l'étoffe soutenue par un tampon en caoutchouc et qui efface les rayures, détruit l'aspect quadrillé ou grillagé, accroît
296 ' APPRfcTS.
ropacité du tissu. Tels sont encore : le gaufrage inaltérable jdes étoffes (le laine ou de laine et soie, obtenu par Taction à chaud de cylindres gravés, après imprégnation d'un hydrofuge; le gaufrage-impression, ou gaufrage combiné avec l'impression des parties en relief; un traitement spécial des velours d'Utrecht, au moyen de plaques à la fois gravées et découpées, qui laissent le poil debout dans les parties découpées et le sertissent par la couleur déposée dans les parties gravées; etc. Les tissus sont imperméabilisés soit par des solutions de caoutchouc, de paraffine, etc., dans les hydrocarbures, soit par l'acétate d'alumine transformé en acétate basique sous l'influence d'une température supérieure à 80 degrés. On recourt aussi à la suintine, à la lanoline ou à des corps analogues.
S 4. MATÉRIEL ET PROCÉDÉS DE LA COUTURE ET DE LA FABRICATION DE L'HABILLEMENT.
1. Machines à coudre d'un usage général. — Parmi les machines employées à la confection des vêtements, celle qui mérite la place d'honneur est incontestablement la machine à coudre d un usage général.
L'idée de réaliser une couture mécanique remonte à une époque fort éloignée. On attribue la première tentative à Karl Weisenthal, qui y dès 1755 , se fit délivrer une patente en Angleterre; on cite aussi un brevet pris en France, pendant Tannée 180/i, par deux Anglais, Thomas Stone et James Henderson , dont le procédé fut du reste immédiatement abandonné.
Mais le mérite de la première invention ayant un caractère pratique revient à un Français, Barthélémy Thimonnier, né à TArbresle (Rhône) en 1798. C'était un pauvre ouvrier tailleur, doué de beaucoup d'intelligence et d'imagination : il entreprit ses recherches en 1 8â5, et, après quatre ans d'un travail opiniâtre, il avait créé un appareil cousant au point de chaînette, pour lequel un brevet d'invention lui fut délivré le 1 7 juillet 1 83o '^^.
L'année suivante, sous la raison Germain Petit et G**, une société exploitait le brevet de Thimonnier et installait rue de Sèvres, n** 1 55, un atelier de 80 machines pour la confection des uniformes militaires. Quelques mois plus tard , une bande d'ouvriers tailleurs saccageait cet atelier et brisait les machines. Le malheureux Thimonnier n'avait pas perdu courage et allait se relever, quand la Révolution de 18/18 vint abattre ses espérances. Vainement exposa-t-il en 18/19 sa mécanique à coudre ; vainement encore voulut-il exposer à Londres en i85i : par un fatal concours de circonstances, il arriva trop tard et ne put subir l'examen du jury. Décidément, la fortune lui était contraire. 11 mourut misérablement à Amplepuis en 1857. Son histoire est celle de nombreux inventeurs.
Née en Europe, la machine à coudre était passée aux Etats-Unis, et
^*^ Ije brevet ^tait au nom de Thimonnier et d'un bailleur de fonds, Ferrand, son associ*^.
les Américain», comprenant l'importance du nouvel instrument de travail, appliquaient toutes les ressources de leur gënie inventif à l'améliorer et à le perfectionner. Sans prétendre donner une nomenclature complète des inventions, je ne puis m'abstenir de relater les suivantes, pour la période comprise entre i84/i et i85i , date de la première Exposition universelle internationale : machine cousant avec deux fils, dont l'un enroulé dans une navette (Fisher et Gibbons, Elias Howe) ^^^ ; entraînement à roue (John Bachelder) ; entraînement à griflfe et navette circulaire avec crochet tournant (Allen Wilson); combinaison heureuse des divers organes (Meritt Singer).
L'Exposition de Londres en i85i assura le succès d'Elias Howe, qui, du reste, n'avait cessé de faire, avec son frère Amasa, les efforts les plus soutenus pour vulgariser la machine à coudre et pour y apporter des perfectionnements.
À l'Exposition de Paris, en i855, la classe de rla mécanique spé- ^'ciale et du matériel des manufactures de tissus >? comprenait une {Jurande variété de types se rattachant aux quatre catégories suivantes : 1** machines à coudre dont l'aiguille passait complètement au travers de l'étoffe ; 2*^ machines à coudre avec un fil, produisant un point de chaînette; 3** machines à coudre avec deux fils, produisant le point de navette ; k^ machines à coudre avec deux fils, produisant un double point de chaînette. Une médaille de i'* classe fut attribuée à M. Magain, ancien collaborateur de Thimonnier, pour sa machine à point de chaînette ou couso-brodeur, qui n'était autre que la machine inventée par l'ouvrier (le l'Arbresle, avec diverses améliorations : le rapporteur, Willis, professeur à l'université de Cambridge, rendait enfin hommage à Thimonnier, en déclarant que son invention avait servi de point de départ à toutes les machines plus modernes. Le jury décerna une autre médaille de i'* classe à Singer, qui exposait une machine à point de chaînette, avec arrêt tous les huit points. On remarquait aussi: la couseuse Seymour; la machine à navette circulaire, avec entraînement à griffe à quatre mouvements, de Wheeler et Wilson ; la machine à chaînette double deGrower et Baker, particulièrement appropriée à la couture
^^ La navette avait dèjh été employée en i83a par Waker Hunl»
(les étoffes tricotées ou jerseys; une nouvelle machine à aiguille droite, présentant des dispositions ingénieuses pour régler la longueur du point et munie d'un entraînement puisé dans la machine de Morey ; etc.
En 1 807 , Howe remania complètement sa machine ; il lui appliqua la came et l'entraînement de Seymour, et lui donna la forme sous laquelle elle a été si longtemps appréciée. Vers cette époque, Howe eut à soutenir des procès, relativement à la priorité de l'invention de la navette : il gagna sa cause en Amérique, où Singer, Wheeler et Wilson, et d'autres encore durent lui payer redevance, mais la perdit en Angleterre, oii la priorité/ut reconnue en faveur de Fisher et Gibbons.
Lors de l'Exposition de 1867, la véritable innovation consistait dans les machines à faire les boutonnières. Il y en avait de deux sortes : les unes spéciales comme celles de Wheeler et Wilson, inventées par les frères House^^*; les autres mixtes, c'est-à-dire pouvant servir, moyennant le changement de certaines pièces , soit à la couture ordinaire, soit à la confection des boutonnières, comme celles de Wheeler et Wilson, de Bertram et Fanion, de TAmerican button hole Company. Pour les machines à coudre proprement dites, le progrès résidait surtout dans la création de guides spéciaux permettant d'exécuter les ouvrages les plus variés et les plus complexes. Au milieu de beaucoup de noms se dégageaient ceux de Howe (point lié à navette), Wheeler et Wilson (point lié sans navette), Willcox et Gibbs (point de chaînette bouolé à retors), Hugand (couso-brodeuse), Bonnaz (entraînement universel), Henricksen (type originaire des surjeteuses). L'industrie de la machine à coudre prenait un développement merveilleux, mais se concentrait principalement en Amérique; à elle seule, la maison Wheeler et Wilson accusait une production de 5o,ooo machines par an, tandis que les bonnes maisons européennes n'en fournissaient pas plus de 1 5,000.
Tout en marquant une nouvelle étape dans la voie du progrès, l'Exposition de 1878 ne révéla, pour les machines à coudre d'un usage général, que des perfectionnements de détail. Le public, qui avait longtemps hésité entre le point de navette, dit point tndécou-
^'^ Ces machines ëtaieal basées sur le principe que devait i-eproduire en 1 889 la machine Roece (éloffe fixe, organes <\e couture mobiles).
sable, le point de chaînette à deux fils, dit point noue\ et le point de chaînette à un fil, fixait ses préférences sur le premier; le point de chaînette à deux fils était abandonné pour les travaux ordinaires de famille ou d'atelier. Au premier rang se plaçaient les machines à manivelle, bielle ou petits excentriques, à crochet circulaire formant navette et à aiguille courte. Le prix ordinaire des machines à coudre avait baissé de 5o p. loo depuis 1867. D'après le rapporteur du jury, il se fabriquait dans le monde entier &oo,ooo machines environ par an, et nous ne figurions dans ce chiffre que pour 60,000. Cependant, si les Etats-Unis et l'Angleterre nous devançaient au point de vue de l'intensité de la production, la France se distinguait par le nombre et la valeur des inventions nouvelles. À côté des Américains et des Anglais, notamment de Wheeler et Wilson (titulaires de la seule grande médaille, pour leurs machines à navette circulaire et à aiguille droite), la liste des lauréats comprenait plusieurs Français : Reimann, Peugeot, Hurtu et Hautin, Gornély, etc.
Déjà la machine à coudre était parvenue à un tel état de perfection, qu'il ne restait plus guère de place aux innovations d'importance capitale. Les faits essentiels mis en lumière par l'Exposition de 1889 furent les suivants : triomphe définitif de la navette circulaire sur crochet rotatif et des aiguilles courtes ; abandon complet des machines à point de chaînette, sauf pour certaines coutures particulières; adoption générale des bielles, des leviers h rotule, pour les transmissions de mouvement; bonnes dispositions pour l'entraînement; recherches, peu fructueuses d'ailleurs, en vue de rendre la manœuvre moins fatigante; améliorations dans la forme des bâtis; rapidité plus grande du travail qui allait jusqu'à i,5oo points par minute. Sans cesse croissante, la consommation était évaluée, pour la France, à i5o,ooo machines par an. Comme en 1878, les fabriques américaines et les fabriques anglaises, fondées par les Américains, tenaient la tête du marché; la puissance prodigieuse de leur outillage et leur immense publicité leur assuraient une prépondérance indiscutée ; l'une d'entre elles annonçait une fabrication annuelle de 700,000 machines.
Depuis, les efforts des constructeurs ont continué à porter sur les détails. Le but constant de ces efforts a été de rendre la construction
j)lus précise, d'établir des pièces réellement interchangeables, d employer des matériaux de meilleure qualité, de diminuer les trépidations, d assurer un graissage automatique, d accroître la vitesse et la puissance de production, de réduire le prix de revient, de spécialiser les types suivant la nature des diverses opérations de couture. Aujourd'hui, la vitesse de 3,5oo tours par minute peut être pratiquement atteinte : on est loin des âoo tours que fournissait la machine Thimonnier et des 3 3 points du travail à la main.
Grâce à l'abaissement du prix de vente et aux facilités de payement par termes, la machine à coudre est devenue accessible aux personnes les moins fortunées et a pénétré partout; les avantages de son emploi, au point de vue de la rapidité et de l'économie du travail, en font un instrument nécessaire dans le plus humble ménage comme dans le plus grand atelier; le soin et la rigueur avec lesquels l'établissent la plupart des constructeurs en rendent l'entretien et les réparations simples et faciles. Elle se prête aux ouvrages les plus variés, les plus coquets, les plus élégants; la couture mécanique est du reste aussi solide et plus régulière que la couture manuelle.
Malgré leur habileté, leur conscience, leur ingéniosité, la qualité et le fini de leurs produits, nos fabricants luttent de plus en plus péniblement contre la concurrence étrangère. Pendant les trois dernières années du siècle, l'importation moyenne annuelle a représenté une valeur de 11,180,000 francs, tandis que l'exportation ne dépassait pas 54o,ooo francs. Les principaux pays de provenance sont l'Angleterre et l'Allemagne; ensuite, mais beaucoup en arrière, se placent les Etats-Unis et la Belgique.
2. Machines à coudre d'un usage spécial. Machines à broder. — Comme je viens de l'indiquer, la spécialisation des machines à coudre s'est peu à peu accentuée. Il existe maintenant une extrême variété de machines spéciales employées dans la confection du vêtement, de ses accessoires ou d'autres articles usuels. Sans en dresser une nomenclature complète, on peut citer à titre d'exemples les machines suivantes : machines à deux aiguilles et à deux navettes pour piqûres parallèles; machines pour point à jour; machines pour point de zigzag;
surjeteuses; machines pour boutonnières de diffërents genres; machines à ouater, pourvues de a 5 aiguilles et faisant à la fois a 5 lignes de points de chaînette en chevron; machines .pour border les chapeaux de feutre; machines pour coudre les tresses de chapeaux de paille; machines pour coudre les devants de chemise; machines pour corsets; machines pour gants; machines diverses pour la couture des bottes, bottines, souliers; machines pour coudre les boutons; machines pour assembler les lés de moquette; machines pour plusieurs rangs de coutures sur courroies; machines pour sellerie ou bourrellerie; machines pour bâches, voiles, prëlarts; machines pour sacs. Parmi ces couseuses, quelques-unes travaillent à fil poissé, ciré ou huilé. Nous aurons à revenir plus loin sur la couture des chapeaux, des gants et des chaussures.
L'une des catégories les plus intéressantes est celle des machines à broder, dites causo-brodeurs. Dès i855, apparaissait le couso-brodeur Thimonnier-Magnin, récompensé par une médaille de i" classe. En 1867, Hugand exposait à son tour une couso-brodeuse fonctionnant avec des crochets, opérant sur quatre fils et donnant des produits remarquables en broderie, soutache et application d'Angleterre. Bonnaz montrait lun des premiers spécimens de sa machine à broder, formant un point de chaînette vu du côté de la boucle : celte machine, rendue pratique Tannée suivante, se répandit bientôt en France, en Suisse, en Angleterre, aux Etats-Unis, et acquit à Tarare, Saint-Quentin et Saint-Gall, la même célébrité que le métier Jacquard à Lyon. Après avoir décerné à Bonnaz les éloges les plus mérités, le rapporteur du jury de 1878 citait également d'autres machines exposées par M. Comély et par MM. Hurtu et Hautin. A l'Exposition de 1889, on trouvait au premier rang M. Cornély, avec des combinaisons nouvelles réalisant tous les points de broderie imaginables, soutachant, festonnant, donnant le j)oint de ganse ou d^. cordonnet, imitant la peluche ou le velours de Gênes, etc; on revoyait aussi le couso-brodeur Bonnaz et le bras-brodeur Hurtu-Hautin; une machine dite éventailkuse-brodeuse autonuUiquey pour la broderie en forme de palmette, faisait le plus grand honneur à M. Darracq. En 1 900, la maison Coruély gardait incontestablement la première place;
elle produisait une admirable série de machines à un fil (soutacheuses, festonneuses, machines à broder les bas ou les gants), de brodeuses k plusieurs fils, de machines à plusieurs aiguilles n employant qu'un fil, de perleuses. J^ France conserve la suprématie qu'elle a acquise depuis la découverte de Tentraînement universel par Bonnaz.
Pourvus d'une seule aiguille ou, du moins, d'un nombre restreint d'aiguilles, les couso-brodeurs n'ont qu'une capacité de production bien inférieure à celle des grandes machines à broder, dues au génie inventif de Josué Heilmann, contremaître alsacien. Le mécanisme de Heilmann, breveté en tSâg et construit dans les ateliers d'André Kœchlin, fut exposé en i83/i et provoqua l'admiration du public. Il ne comprenait pas moins de i3o aiguilles à deux pointes, enfilées par le milieu, qui passaient et repassaient au travers de l'étoffe tendue verticale;nent. Deux jeux de pinces , adaptées à des chariots de part et d'autre du tissu, se fermaient périodiquement après avoir saisi les aiguilles, pour les manœuvrer en faisant l'oflSce des deux mains d'une ouvrière brodeuse. Le châssis portant l'étoffe s.e déplaçait sous l'action d'un fort parallélogramme articulé ou pantographe, dont le style suivait sur un tableau les contours du dessin. Toutes les lignes, tous les contours de ce dessin se trouvaient dès lors fidèlement reproduits. Incompris en France, Josué Heilmann dut vendre son métier en Suisse, où il ne tarda pas à se multiplier. Sauf des perfectionnements de détail, la machine Heilmann sert encore à la grande fabricaXion mécanique; elle offre une puissance étonnante : en 1878, le rapporteur du jury évaluait à 5oo,ooo environ le nombre journalier de points fournis par une machine suisse de 9s5 aiguilles, sous la conduite d'un homme et de deux femmes, et faisait remarquer que, pour produire manuellement le même travail, il faudrait 5o brodeuses.
En 1900, M. Saurer, d'Arbon (Suisse), exposait une machine dérivée ^e celle d'Heilmann, faisant de même le point de passé, mais présentant des transformations profondes et constituant un véritable chef-d'œuvre de mécanique. Tous les mouvements, sauf la conduite du pantographe, ont été rendus automatiques; les chariots n'ont plus à
subir leurs longs déplacements ; un dispositif ingénieux assure le remplacement des aiguilles dont le fil est épuisé par d'autres aiguilles enfilées; Tenfilage se fait au moyen d'une machine spéciale. M. Saurer accouple deux métiers, pourvus ensemble de 6 ù II aiguilles. Chaque aiguille donne environ 8,000 points doubles par journée de dix heures.
Une autre catégorie de métiers à broder est celle des métiers dits à fil continu^ véritables machines à coudre munies d'aiguilles multiples. Ces aiguilles ne traversent pas le canevas; elles piquent dans le tissu et font de l'autre côté une boucle à travers laquelle passe une navette; le fil de la navette se croise avec celui de l'aiguille pour former le point. Ici encore, les organes fonctionnent mécaniquement; seul, le pantographe se manœuvre à la main. Un modèle exposé en 1900 par M. Saurer présentait 46o aiguilles, fournissant 100 points à la minute.
3. Matériel de la confection du vêtement. — Les inventeurs se sont ingéniés à. réaliser des appareils pour la prise des mesures et le tracé de la coupe. Des appareils de ce genre ont pam à presque toutes les Expositions, depuis 1827, sous le nom de somatomètres , bustomètres, patronomètres , conformateurs, etc.
Dès 1867, on a songé à se servir de la scie à ruban pour découper les étoffes. Le ruban est, suivant la nature du tissu, à tranchant rectiligne ou à dents arrondies, fonctionnant en sens inverse de leur marche habituelle. Il importe, afin d'éviter la rupture fréquente des lames, de donner aux poulies un diamètre suffisant. L'emploi des modes de graissage perfectionnés et le montage des axes sur billes permettent de diminuer notablement les résistances passives.
Les bustes et les mannequins, propres à l'essayage des effets, sont devenus l'accessoire presque obligé de la machine à coudre. Certains industriels ont poussé le raffinement jusqu'à établir des mannequins élastiques, suivant les variations du corsage et les modifications dues à la grossesse.
Bien que fort ancien, l'outillage à presser et à repasser a reçu d'utiles améliorations, ayant pour objet principal de réduire la fa-
tigue causée par la manœuvre, de pourvoir au chauffage du fer par un foyer intérieur continu, d'éviter les gaz délétères. Une solution élégante donnée récemment au problème du chauffage intérieur consiste à utiliser Tare voltaïque ou les résistances électriques.
Les tissus se plissent à laide de machines appropriées, par exemple au moyen de cylindres-laminoirs et d un peigne dont Tavancement détermine la largeur des plis.
Des appareils simples et commodes permettent de faire aisément les boutons d'étoffe et de les assortir par suite aux vêtements.
Cette nomenclature pourrait être indéfiniment allongée. Il n'y a plus qu une chose qui ne relève pas de la mécanique industrielle : c'est le goût.
4. Matériel de la fabrication des chapeaux. — Les propriétés feutrantes du poil et de la laine semblent avoir été utilisées de temps immémorial : la laine feutre naturellement; mais le poil demande une préparation qui s'apelle secrétage et qui consiste en un traitement au nitrate de mercure.
A la fin du xviu* siècle, l'industrie des chapeaux de feutre de poil se pratiquait dans de petits ateliers disséminés sur tout le territoire. L'outillage, des plus simples, comprenait un arçon, un bassin chauffe à feu nu, quelques tables et quelques formes en bois.
Maintenant, cet outillage est bien transformé.
Tout d'abord, il y a des machines à couper le poil. Jadis, la tonte se faisait à la main, avec une paire de ciseaux, ou plutôt avec un ciseau droit. Une couperie mécanique, fondée à la Briche en i8a5, ne réussit pas, et ce fut seulement en i8/i2 que la première machine pratique put être rapportée des États-Unis par M. Othon de Clermonl. Peu de temps après, M. Bouhey, alors simple ouvrier mécanicien, créa un type qui lui valut à l'Exposition de 18/19 ^^ première médaille et qui ne devait pas être surpassé.
C'est également M. Bouhey qui, imitant une souffleuse anglaise introduite vers i845, établit en 18/18 la première souffleuse française, pour le criblage du poil ou sa répartition en divers numéros.
Le bastissage à l'arçon était fort lent : un bon ouvrier bastissait