‹ Le bilan d'un siècleChapitre 51 sur 69 · IT · texte numérisé non relu

IT

IHPMHBMI «ATlOaALI.

13 chapeaux par jour. De Glermont importa en 1862 la bastisscusc américaine, qui avait pour principe i aspiration du poil projeté par un soufflet sur un cône percé de trous (brevet français Burr et Taylor, de i85o); Laviiie modifia cette machine, dont l'Exposition de i855 montrait un spécimen capable de bastir journellement 5oo chapeaux. A la même époque. Caillot de Sées inventait Yarçanneuse mécanique, bastissant 70 chapeaux par jour et convenant bien aux petites manufactures. La bastisseuse reçut plus tard un complément indispensable, Tinjecteur, dont le modèle devenu usuel est du belge Rochet(i863).

Au bastissage succède le sémaussagey qui constitue un commencement de feutrage. Une machine importée d'Espagne (1881) a permis d'exécuter aisément cette opération en pressant la cloche entre deux cônes mobiles.

Jadis, pour fouler la cloche, l'ouvrier la manipulait longuement, enroulée autour d'un mandrin de bois, et la plongeait de temps à autre dans de la lie de vin. Impoi*ée en i85a par de Glermont, la/ou/ewc américaine dut à Laville de sérieuses améliorations. Vimenet, Français établi en Belgique, créa ensuite une excellente machine à rouleaux garnis de bois, tournant en sens différents avec un mouvement de va-et-vient. La lie de vin, qui faisait des chapeaux durs et empêchait la teinture en couleurs claires, fut remplacée par de l'acide sulfurique dilué, dont l'emploi assura la souplesse des chapeaux, permit de leur donner les nuances les plus tendres et valut à la fabrique d'Aix-en-Provence une réputation universelle. On a continué à utiliser les foulons à marteaux, concurremment avec les fouleuses.

Après avoir subi le foulage, la cloche doit être débarrassée des jarres restant à sa surface! Cette opération se fait à l'aide de la ponceuse, inventée en France vers 186/1. À la même époque, nous arrivaient d'Angleterre les dresseuses de foule et de teinture.

Peu à peu, le matériel s'est complété, pour la mise en forme et Tappropriage, par des presses hydrauliques comme celle de Légat (1867), ^^^ camhreuses, des toumurières, etc. La machine à coudre est venue elle-même apporter son concours à la fabrication. *

En ce qui concerne les chapeaux de latne^ le matériel comprend d'abord des machines préparatoires, effectuant le lavage de la laine, le séchage, la carbonisation des matières végétales par des agents chimiques ou Tégrateronnage qui extrait mécaniquement ces matières.

Les machines spéciales employées à la confection proprement dite sont : le loup, qui ouvre la laine et la prépare au cardage; la première carde, au moyen de laquelle on commence à placer les fibres parallèlement les unes aux autres; la deuxième carde, finissant le cardage, disposant la laine sur un double cône et formant ainsi deux chapeaux qui sont ensuite séparés (appareil importé d'Angleterre en 1860); la sémomseuse, feutrant les cônes cardés; Isifauleuse; la dresseuse défoule.

Quant au matériel dappropriage et de finissage, il est le même que pour les chapeaux de feutre.

L outillage de la fabrication des chapeaux de paille offre plus de simplicité que celui des chapeaux de feutre ou de laine. Des machines ont été créées pour le découpage des feuilles de latanier. I^es tresses sont assemblées mécaniquement : c'est de 1868 que date l'importation en Angleterre des premières machines faisant la couture à points invisibles. Pour la mise en forme, on s'est servi d'abord de iours à cylindreTy puis de presses hydrauliques ou autres, enserrant par exemple le chapeau entre deux formes de métal chauffées au gaz. Il y a lieu de mentionner les opérations de blanchiment ou de teinture et d'apprêt à la gélatine, à la gomme, au vernis, etc.

Jusqu'ici, la machine n'a pu pénétrer sérieusement dans l'industrie du chapeau de soie.

5. Matériel de la fabrication des gants. — Au xviii^ siècle , l'outillage pour la fabrication des gants se bornait à peu de chose. La peau était découpée avec une paire de ciseaux, et l'ouvrier faisait les coutures à l'aiguille.

Xavier Jouvin a eu le mérite de transformer cette industrie. Il imagina en 1817 des emporte-pièce compliqués, permettant de couper d'un coup les diverses pièces, puis, en i835, l'ingénieux sys-

tème de mesures, universeUement adopté depuis. La France lui dut sa première manufacture , installée dans Tlsère.

Une machine à coudre les gants fut exposée en i855; mais la première machine pratique a été celle de Thorloger danois Henricksen, présentée à l'Exposition de 1867, P^^^ exposée de nouveau en 1878 avec des perfectionnements. Le nom d'Henricksen et celui de Jouvin dominent l'industrie des gants.

Depuis, les machines spéciales à coudre les gants se sont multipliées. Il existe aussi des meules en émeri pour amincir les grosses peaux, des machines pour poser les boulons, des machines à tambours de peluche pour le lissage définitif.

6. Matériel de la fabrication des chaussures. — Le travail mécanique de la chaussure ne remonte guère qua i85o ou i855; sa naissance a coïncidé avec celle des premières manufactures. Stimulés par la cherté de la main-d'œuvre, les Américains ont imaginé des outils remarquables; une part assez large d'invention revient aussi aux industriels français.

Dès le début, les fabricants eurent recours aux emporte-pièce avec balancier pour le découpage du cuir; des dispositions nouvelles ne tardèrent pas à être inventées aux États-Unis.

Autrefois, le cambrage des tiges s'effectuait à force de bras et demandait une main-d'œuvre considérable; aussi la tige était-elle le plus souvent réunie à l'empeigne par une couture en rosette. Simon, corroyeur à Paris, établit en i838 une machine à cambrer très pratique, qui figura à l'Exposition de 1889 et dont les bons résultats firent successivement adopter la guêtre en cuir pour l'infanterie et la botte cambrée pour la cavalerie. Cette machine reçut plus tard des perfectionnements de détail.

L'idée d'appliquer la couture mécanique à l'assemblage des pièces du dessus tenta les fabricants de machines à coudre; en 1867, Howe, Grower et Baker présentèrent des machines agencées pour coudre le cuir, pour assembler ou piquer les tiges.

En 1867 également, Sylvain Dupuis exposait une excellente machine à monter; la section américaine à l'Exposition de 1889

comprenait des modèles nouveaux, de beaucoup supérieurs, notamment celui de Paine, et le progrès s'est poursuivi jusqu a la fin du siècle.

La fixation des semelles peut se faire mécaniquement, soit au moyen de chevilles ou de vis, soit par la couture. Déjà au xviir* siècle, les chevilles étaient en usage dans certains pays; à l'Exposition de i855 apparurent les machines américaines à cheviller, dont Ténorme succès aux Etats-Unis ne fut ralenti que par l'invention de la couture mécanique; le procédé n'a jamais rencontré beaucoup de faveur en France. C'est Duméry qui, en 1844, vulgarisa les chaussures vissées: Sellier, Lemercier et .Goddu inventèrent ou perfectionnèrent des machines pour cette fabrication et y employèrent du fil continu en laiton; dans les premières machines, le filet de vis se produisait au moment où le fil allait pénétrer le cuir, tandis que, dans la dernière, il était formé à l'avance.

Il y a plus de cent ans que la couture traversant de part en part la semelle intérieure, l'empeigne et la semelle extérieure fut définitivement abandonnée, dans le travail à la main, pour le système des deux coutures réunissant, l'une la semelle intérieure, l'empeigne et la trépointe, l'autre la trépointe et la semelle extérieure. La célèbre machine, inventée en 1869 par l'américain Lyman Reed Blake, faisait la couture de part en part et à chaînette, d'abord sur bigorne fixe, puis sur bigorne tournante; celle de Keats (1878) donnait la même couture, mais avec deux fils (navette). En 1889, l'imitation mécanique de la couture première ne paraissait pas encore avoir réussi; la couture deuxième triomphait, au contraire, avec la machine Batley et Keats.

Mollière, de Lyon, prit le premier, eh 1 85 5, un brevet pour le finissage de la chaussure par des appareils rotatifs : une fraise dressait les lisses et les talons; un disque chaufl^é intérieurement eflVctuait le finissage. L'américain Tapley vint ensuite et donna au fer un mouvement rapide d'oscillation. De ces deux types d'appareils dérivent toutes les machines de finissage qui ont si puissamment contribué au développement des manufactures de chaussures.

Je ne saurais donner une notion plus précise de la fabrication

mécanique actuelle qu'en rappelant la sërie des machines exposées et mises en action, dans les galeries de notre dernière Exposition, par la (f Collectivité américaines? (procédé du cousu-trépointe) :

1** Machine à graver la semelle première;

a*" Machine à relever la gravure de cette semelle;

3** Machine à entoiler la même semelle, en collant la toile, sauf au droit du talon, à Taide dune composition caoutchoutée;

U"* Machine opérant le montage de la chaussure, après fixation de la première semelle et de la tige sur la forme (lorgane principal est une pince tirant les différentes parties de la tige comme le ferait un ouvrier avec une pince à main; un semenceur automatique fixe la tige par des pointes sur le pourtour de la première semelle; à l'endroit du talon, on ne se sert pas de la pince, mais une petite plaque tend et rahat la tige, que le semenceur fixe au moyen de petites semences; à la pointe, la semence est remplacée par un fil de fer, dont remploi supprime le faufilage);

5*" Machine à coudre, au point de chaînette, la trépointe sur la chaussure et à l'assembler, en même temps que la tige, sur la lèvre relevée de la première semelle (le fil se poisse sur la machine même);

6® Machine enlevant, par un couteau circulaire à tranchant dentelé, les parties de tige et de trépointe qui dépassent le point;

7° Machine martelant la couture, laplatissant et relevant la trépointe;

8** Presse pour le collage de la seconde semelle sur la première, dont la partie creuse, à l'intérieur du bourrelet formé par la couture, a été préalablement garnie au moyen de cuir ou de liège et de colle;

9*" Machine à semenceur automatique, enfonçant des clous sur le pourtour de remplacement du talon;

1 o"* Machine pour couper régulièrement le bord de la semelle et de la trépointe, à l'aide d'une lame oscillante, et pour graver la semelle, à l'aide d'un couteau oscillant, sur l'emplacement où sera pratiquée la couture;

11"* Machine pourvue d'une hélice à rotation rapide, amincissant la cambrure et ouvrant la gravure de la semelle;

13"* Machine, à alêne, aiguille et navette circulaires, effectuant la couture, au fil poissé, de la semelle sur la trépointe;

1 3® Machine à disque rotatif pour rabattre la gravure par-dessus la couture;

i4** Machine à porte-ouvrage oscillant et à rouleau animé d'un mouvement de va-et-vient, en même temps qu'il tourne et s'incline, pour faire disparaître toutes les irrégularités qui existent sur la surface extérieure de la semelle;

i5® Machine rainant la trépointe aux endroits où elle est traversée par la couture;

i6** Machine pour fixer le talon sur la chaussure, au moyen de clous qui se rivent d'eux-mêmes à l'intérieur, et pour y adapter le bonbout;

17** Machine à cheviller le bonbout;

18** Machines à fraiser et à gouger les talons;

19*" Machine à fraiser les lisses, c'est-à-dire les bords de la semelle ;

3 0** Machine à gratter les talons;

31** Machine à petits fers oscillants, chauffés par le gaz, le pétrole ou l'alcool, pour faire briller les bords de la semelle, passés au noir;

9 3*" Machine à papier de verre et meule d'émeri pour gratter le dessous de la semelle, les cambrures et le bonbout;

3 3** Machine analogue, terminant le ponçage dans les parties d'accès difficile;

3 4** Machine à brosses en crin et en étoffe, déformant à froid la semelle et le talon;

3 5^ Machine à brosse et tampons, pour nettoyer la tige et les cambrures;

36** Machine imprimant la marque de fabrique.

7. Matériel de la fabrication des fleurs artificielles. — Naguère encore, les fleurs artificielles étaient presque exclusivement fabriquées à la main. Pendant les dernières années du siècle, M. Clément a doté cette industrie de machines fort ingénieuses, dont l'objet est surtout de découper les pétales et de les gaufrer.

Page 1