‹ Le bilan d'un siècleChapitre 66 sur 69 · LINGERIE · texte numérisé non relu

LINGERIE

ils payaient la façon par la remise de marchandises rentrant dans leur spécialité; depuis, grâce aux efforts de quelques hommes de bien, ce mode de rémunération a disparu. En 1867, les vitrines du Champ de Mars contenaient de nombreuses pièces de lingerie entièrement faites à la machine, y compris les boutonnières. Le chiffre d'affaires do rindustrie parisienne atteignait 4o ou 5o millions. La France gardait d'ailleurs sa suprématie pour les objets de îuxe; elle avait développé dans des proportions considérables sa fabrication d'articles de (jualité ordinaire et moyenne.

L'Exposition de 1878 donna une nouvelle consécration à notre suprématie. Toutefois la concurrence de l'Allemagne devenait menaçante : nos voisins d'outrè-Rhin gagnaient du terrain à l'étranger par leurs articles à bas prix, imitant nos modèles et nos formes. Les marques françaises étaient trop souvent contrefaites.

Sous le coup d'un danger pressant, la France redoubla d'efforts, sut se résoudre aux sacrifices nécessaires, perfectionna son outillage, améliora ses procédés de fabrication, multiplia ses modèles, s'ingénia à rechercher chaque jour des nouveautés, poursuivit l'ouverture de débouchés extérieurs, indépendants de ceux qui lui étaient déjà acquis. Tant de peines et de soins ne restèrent pas stériles. L'Exposition de 1889 attesta une fois de plus les mérites artistiques et professionnels de la France. Tous les visiteurs admirèrent les qualités de notre lingerie : beauté sobre de la coupe, nouveauté des formes, goût irréprochable, diversité des tissus, composition soignée et choix heureux des dessins, opposition agréable des couleurs, habileté de main des ouvrières, conscience dans le travail. Malgré la concurrence de Vienne, de Berlin, les produits français s'imposaient au monde entier. De grands progrès avaient été réalisés pour les articles d'exportation, grâce à l'amélioration du matériel, à une division plus rationnelle du travail et à l'économie de main-d'œuvre qui en résultait. La couture mécanique était arrivée à un tel degré de perfection que, souvent, on ne distinguait pas sans difficulté les pièces faites à la machine des pièces faites à la main.

Depuis, la France n'a nullement démérité, et l'Exposition de 1900 a été, comme ses devancières, un triomphe pour son industrie. Cepen-

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dant, si nous restons maîtres du marche intërieur, nos ventes à l'étranger éprouvent une diminution progressive, qui affecte principalement les articles de consommation courante. Beaucoup de pays d'Europe ou d'Amérique, où le travail de la lingerie confectionnée était inconnu, ont organisé des ateliers de confection et de couture; la production s'est décentralisée à l'abri des tarifs douaniers protecteurs. La lutte des peuples exportateurs a d'ailleurs pris un caractère d'âpreté inouïe. Pourvue des outils les plus ingénieux et les plus divers, ainsi que d'un personnel d'ouvrières robustes et appliquées, approvisionnée par l'Alsace de tissus blancs ou imprimés d'un renom universel, puisant à la source même la matière première de sa fabrication, l'Allemagne ne cesse de réaliser des conquêtes à l'extérieur. En Autriche-Hongrie, Vienne et Prague ont beaucoup perfectionné leur fabrication. Des manufactures gigantesques et dotées d'un puissant outillage se sont créées aux Etals-Unis. La Grande-Bretagne est favorisée par l'abondance de la matière première et par l'étendue de son domaine colonial. Au delà des Alpes, les Italiens sont des producteurs sérieux et redoutables; on ne peut qu'être frappé de la régularité et du blanc de leur lingerie.

Chez nous, tandis que la chemiserie en détail s'est répandue sur toute la surface du territoire, la chemiserie en gros reste localisée dans quelques départements, Seine, Seine-Inférieure, Nord, Cher, Indre, Indre-et-Loire, Gironde, Loiret, Somme, Loir-et-Cher, oii existent d'importantes manufactures travaillant à la machine et employant des milliers d'ouvrières. Les tissus de coton proviennent, pour la plus large part, des Vosges et, pour le surplus, de la Seine- Inférieure, de l'Angleterre, de la Suisse; Rouen dispute à l'Alsace la fourniture des tissus imprimés; suivant leur destination, les tissus de fil sont demandés à l'Irlande ou à Armentières, Lille, Vimoutiers, Soissons, Gérardmer; Reims, Elbeuf, Louviers, Roubaix, Bar-le-Duc livrent les tissus de laine. Née lors de la guerre de Crimée, la chemise de flanelle, faite d'abord en laine pure, puis en laine et coton, a engendré la chemise de flanelle-coton, très usuelle parmi les artisans pour lesquels elle remplace les cotonnades; la flanelle de coton trouve d'ailleurs aujourd'hui d'autres emplois fort nombreux. Neuf-

château el Vaucouleurs ont une véritable spécialité en ce qui concerne la fabrication des gilets et des chemises de flanelle; les ouvrières reçoivent leur travail par l'intermédiaire d'entrepreneurs.

Pour la lingerie de femme el d'enfant, beaucoup de maisons françaises se sont spécialisées. De même qu'autrefois, Paris est le centre principal de production, crée les ipodèles, confectionne les articles de luxe et de haute fantaisie , distribue en province les tissus destinés aux autres articles et recueille les produits confectionnés. Fréquemment, les pièces doivent passer par les mains de plusieurs ouvrières spécialistes ou même par plusieurs localités. La fabrication en gros tend à se décentraliser et à se disperser. On sait le rôle de la broderie dans la lingerie de femme ; les indications précédemment données au sujet de cette ornementation du linge me dispensent dy insister, non plus que sur les dentelles. Les tissus de coton viennent des Vosges, de Saint-Quentin , de Tarare , de Rouen ; les tissus de fil , de Belfast, Lille , Cambrai, Valenciennes, etc.; les tissus de laine, de Reims, Rouen, Roanne ; les tissus de soie, de Lyon ou d'Angleterre et surtout d'Asie.

La valeur moyenne des importations de lingerie cousue, pendant la période 1898-1900, a été de 700,000 francs, répartis entre les provenances d'Allemagne, d'Angleterre, de Suisse et de Belgique. Nos exportations, dirigées vers l'Algérie, l'Angleterre, la Belgique, les Etats- Unis, le Mexique, Madagascar, le Brésil, l'Indo-Chine, l'Egypte, se sont chiffrées par 2 3 millions de francs ; en 1889 , elles avaient dépassé 55 millions.

7. Bonneterie. — Au cours de ce chapitre, j'ai déjà retracé brièvement l'historique des machines à bonneterie. Mes indications sur les progrès de cette branche de la production en seront abrégées d'autant.

Vers 1 84o , l'outillage de la France comprenait : le métier à bas de Lee, avec adjonction de la mécanique à pied Delarothière ; le métier à chaîne, qui, combiné avec la mécanique Jacquard, fournissait à la fantaisie des articles d'un prix de revient peu élevé ; le métier circulaire à mailleuses et à platines. Les travaux de dévidage et de couture se faisaient à la main ; le tissage était confié à des façonniers travaillant chez eux ou par petits groupes, sans qu'il existât encore

d ateliers agglomérés. Parmi les centres de fabrication, quatre occupaient de beaucoup le premier rang: Le Vigan (2,600 métiers), pour la bonneterie de luxe, et en particulier pour le bas à maille fine en soie et fil, brodé ou à jours ; la Picardie, pour la bonneterie de laine , qui s y était implantée dès 17 45 ; Troyes et la région avoisinante (io,4oo métiers), pour la belle bonneterie de coton; Falaise, pour les articles circulaires de qualité commune. On évaluait à 55 millions de francs la production totale de la France, en i846. Notre prédominance dans les articles de luxe était incontestée; mais, pour la bonneterie ordinaire, Tindustrie de la Grande-Bretagne et celle de la Saxe nous suscitaient une concurrence redoutable.

Après une période critique, de 1830 à i83o, TAngleterre avait amélioré son matériel et appliqué la vapeur à la commande des métiers déjà partiellement automatiques. Depuis plus d'un siècle , la Saxe se servait du métier Lee; en i85i , elle prit à l'Angleterre ses métiers tubulaires à côtes ; les principaux éléments de succès de ce pays consistaient dans sa main-d'œuvre économique et dans ses tendances à chercher des aflFaires au dehors.

Lors de l'Exposition de i855, deux médailles d'honneur furent décernées, l'une à un industriel du midi de la France, l'autre à une société de Nottingham.

A partir de i855, on aborde l'ère la plus intéressante. Le bas de soie a presque disparu de la toilette de l'homme et lutte péniblement contre le bas en fil d'Ecosse dans la toilette de la femme : aussi la bonneterie de soie n'entre-t-elle plus que pour 9 millions dans la production totale de la France, évaluée eniSôaàyo millions, alors qu'avant 1789 elle en constituait la moitié ; les efforts des fabricants doivent se concentrer sur les articles de grande consommation. Dressons en passant l'acte de décès du bonnet de coton, auquel l'un des rapporteurs les plus érudits de nos Expositions universelles consacrait une oraison funèbre tout à fait élégiaque, probablement en souvenir du bonnet d'ordonnance qu'il avait porté à l'Ecole polytechnique.

Menacés par l'étranger et mis en éveil par les théories libre-échangistes, nos industriels se décidèrent à transformer complètement leur outillage et à modifier profondément les conditions du travail ; ils

montèrent des ateliers à la vapeur et introduisirent en France les métiers anglais, ainsi que les appareils accessoires, comme bobinoirs, machines à coudre et à remmailler. L'esprit de recherche se développa chez les constructeurs français : de 1861 à 1867, on ne compta pas moins de i3i brevets. Au delà de la Manche, les nouveaux métiers de A. Paget et de Cotton, à mouvements complètement automatiques, devenaient, le second surtout, les producteurs par excellence de l'article diminué. Quant à l'Allemagne, elle avait adopté, dès Torigine, le métier Paget. En résumé, quand s'ouvrit la seconde Exposition internationale de Paris, l'Angleterre avait pour elle la supériorité de son matériel ; l'Allemagne gardait l'avantage d'une main-d'œuvre économique ; la France gagnait du terrain dans la production des articles ordinaires et conservait sa prépondérance pour les articles de luxe.

Dei867ài878,la bonneterie française fortifia sa production mécanique. Entra temps, l'Allemagne allait de l'avant, dépassait même la France dans la modification et l'accroissement de l'outillage. L'Angleterre dominait les deux nations rivales.

Pendant les onze années comprises entre 1878 et 1889, les brevets se multiplièrent au point de dépasser le chiffre de 6 o ; mais ils n'avaient trait, pour la plupart, qu'à des perfectionnements de détail, à des procédés spéciaux de fabrication ou de production d'articles de fantaisie. Malgré tous les efforts des constructeurs, le métier Paget et ses similaires cédaient devant le métier Cotton. Divers types de tricoteuses mécaniques commençaient à se répandre. Le métier rectiligne.àcôtes avait reçu de grandes améliorations. D'autre part, le métier circulaire était rentré brillamment en scène, lors de la création du jersey et des articles coupés en laine.

L'Exposition de 1889 ^^ caractérisa par l'apparition d'articles nouveaux, tels que le jersey, les tissus de coton fin et les produits de la tricoteuse, par l'envahissement de la fantaisie sous toutes ses formes, par la baisse considérable des prix de vente. Cette baisse avait atteint 35 à /lo p, 1 00 en dix ans ; elle devait être attribuée à la perfection de l'outillage, à la réduction de valeur des matières premières et à la surproduction. L'intermédiaire du façonnier avait disparu ; le travail en atelier s'était développé.

Gomme auparavant, la bonneterie de coton constituait la pius large part de la production nationale; Troyes en restait le siège principal, pour les beaux articles diminués ou coupés. La bonneterie coupée de laine était admirablenuent représentée par le jersey et par l'article dit hygiénique^ que le docteur Jâger venait de mettre à la mode en Allemagne; mentionnons aussi les articles au crochet de Roanne, de Paris et des Pyrénées, encore fabriqués pour la majeure partie à la main et luttant avec vaillance contre l'importation allemande. Notre bonneterie de soie gardait ses qualités de goût et d'exécution ; elle se trouvait en bonne situation, sauf dans la ganterie à laquelle l'Allemagne avait porté de rudes coups ; on évaluait son chiffre d'affaires à i o millions. Une catégorie intéressante, celle de la bonneterie tricotée à la machine Lamb, circulaire ou rectiligne, demeurait fidèle à ses bonnes traditions : les appropriations multiples de la tricoteuse mécanique à la fabrication de l'uni ou de la côte, son prix modique, le peu d'apprentissage qu'elle exigeait, son aptitude à fournir des articles entièrement finis , lui assuraient un essor considérable. La bonneterie de lin n'existait plus en France.

Dans son ensemble, la bonneterie française était une grande et belle industrie, dont le chiffre d'affaires oscillait autour de i yÔ millions. Elle avait subi, dans ses allures, des modifications assez profondes : à la fabrication sur commande s'était substituée la fabrication par avance, avec stocks à l'usine ; les grands magasins de Paris s'imposaient comme des intermédiaires obligés, facilitant l'écoulement des produits, mais faisant la loi pour les prix de vente ; à l'inverse des ouvriers travaillant chez eux, ceux des ateliers avaient vu leur condition sensiblement améliorée. Le rapporteur du jury reprochait à nos fabricants de recourir trop souvent aux maisons de commission et de grever ainsi leurs marchandises, alors que les Anglais et les Allemands créaient eux-mêmes des comptoirs.

Nous avions en face de nous l'Angleterre, merveilleusement pourvue, aussi bien pour les moyens de production que pour le système commercial , et l'Allemagne , qui possédait un outillage à peu près équivalent au nôtre , dont la main-d'œuvre était économique et qui savait écouler ses produits. L'Espagne, l'Italie, la Suisse tenaient déjà une large

place dans la fabrication des articles coupés et progressaient dans les articles diminués.

Au cours des dix dernières années du siècle , le goût des fabricants s'est affiné. La ramie a tenté de prendre place dans la série des matières premières, à côlé du coton, de la laine et de la soie : je ne cite pas le lin, car on ne Tutilise plus; la bonneterie dite dejil est de la bonneterie de coton, faite avec du fil perse assemblé, tordu, gazé, puis laminé. Délaissés après 1889, les articles en jersey ont reparu; de nombreux objets sont fabriqués en tissu des Pyrénées, se distinguant par l'aspect molletonné que lui donne une préparation spéciale au moyen de la machine à lainer. Presque tous les manufacturiers abandonnent Tancienne spécialisation. Troyes continue à être le principal centre de la bonneterie française.

La France se heurte, à l'étranger, contre la rivalité toujours plus agissante de l'Allemagne. Aujourd'hui, la Saxe monopolise, pour ainsi dire, la fabrication des tissus pour gants.

Notre importation et notre exportation ont été en moyenne les suivantes, pendant la période 1 898-1 900 :

IMPORTATION

Bonneterie de coton (Allemagne) 2,890,000 francs.

Bonneterie de laine (Allemagne, Angleterre, etc.). i,3 10,000 Bonneterie de soie (Suisse , Allemagne , Angleterre). 7 3o',ooo ^

BXPORTATIOfl.

Bonneterie de coton (Angleterre, Algérie, Belgique, République Argentine, Indo-Chine, Mexique, Brésil, Madagascar, États-Unis, etc.). 16,000,000

Bonneterie de laine (Angleterre, Belgique, Algérie, République Argentine, Espagne, Allemagne, États-Unis, Chili, Suisse) 3,890,000

Bonneterie désole (États-Unis, Angleterre, etc.). . . 706,000

Les sorties de bonneterie de coton avaient dépassé 3 7 millions en 1889, celles de la bonneterie de laine 18 millions en 1890 et celles de la bonneterie de soie 2,875,000 francs durant la même année.

8. Ganterie. — Sous la première République et le premier Empire, les gants étaient extravagants et les mitaines prodigieuses. Avec la

IMVBIIIEMK lATIORALK.

Restauration, ils prirent, comme le costume, des allures plus simples et se rapprochèrent de leurs formes et de leurs dimensions actuelles. Payen, rapporteur du jury départemental de la Seine pour l'Exposition de 1827, enregistrait les remarquables progrès de la ganterie parisienne et les attribuait à la meilleure qualité des peaux de chevreau, à la solidité et à la finesse des coutures ; il estimait à 3 millions par an la production de Paris en peaux ouvrées de toute nature.

Bientôt se développait la coupe mécanique des gants de peau, soit à l'emporte-pièce , soit au calibre, par le procédé Jouvin, qui devait exercer la plus heureuse influence sur l'avenir dç la ganterie française. Un ingénieux système de numérotage permettait de faire fabriquer ou de trouver sans difficulté des gants d'un ajustage irréprochable.

Lors de l'Exposition de 1889, notre exportation avait augmenté. Paris tenait toujours la tête, mais la vieille fabrique de Grenoble reprenait son essor. Vers cette époque, le gant était orné, aux attaches, de petits crispins, de festons, de ruches, de crénelures ; de longues mitaines noires s'alliaient aux canezous de blonde des femmes. Ce genre devait plus tard céder le pas aux gants à jour en soie de Chine, aux gants d'Espagne ou de Suède , aux gants de castor ou de chevreau glacé, aux gants mousquetaires, aux gants Colombine, etc.

Une crise funeste suivit la Révolution de 1 848 ; le chiflFre d'affaires de la ganterie de peau parisienne, qui avait dépassé 1 4 millions en 1 8^7 , éprouva une réduction de plus de moitié. Mais cette crise fut de courte durée; car, dès 18/19, Natalis-Rondot, rapporteur du jury, constatait une situation prospère; la France vendait au monde entier, surtout aux Etats-Unis et à l'Angleterre ; sa production montait à 36 millions, dont 1 6 pour la fabrique parisienne et 1 pour celle de Grenoble.

Quand eut lieu la première Exposition internationale à Londres (i85i), l'Angleterre avait progressé, grâce aux mesures libérales prises par Robert Peel pour l'importation des peaux; la ganterie y occupait 35,000 ouvriers et sa production annuelle atteignait de 18 à 9 o millions de francs ; cependant la consommation intérieure continuait à préférer les gants français. L'Autriche fabriquait pour li millions. En Allemagne, Berlin, Postdam, Magdebourg et Halberstadt cherchaient, sans beaucoup de succès, à nous imiter. Notre industrie

présentait une immense supériorité et avait un chiffre d affaires de 4 7 millions,

La seconde Exposition universelle, celle de Paris (i855), retrouva la fabrique française en pleine activité : les trois quarts de ses |)roduits s'écoulaient aux Etats-Unis et en Angleterre.

D'après une enquête instituée en 1860 par la Chambre de corn merce de Paris, le négoce de la capitale s élevait à i5 millions, dont 8 pour l'exportation.

Au moment de l'Exposition de 1863 à Londres, la production française était estimée à 5o millions environ, sur lesquels la France ne gardait que deux dixièmes; quatre dixièmes allaient en Amérique, trois en Angleterre , un en Russie , en Allemagne et en Italie : l'excellence de la coupe par le procédé Jouvin et la perfection de notre mégisserie maintenaient la supériorité de nos produits. Les industriels anglais fabriquaient bien la ganterie forte.

Favorisée par le régime économique, la ganterie française produisait, en 1867, P^^^ 7^ ^'* ^^ millions et employait de 65, 000 à 70,000 personnes, chamoiseurs, mégissiers, teinturiers, coupeurs, dresseurs, couseuses, piqueuses, etc. La France conservait le premier rang sur tous les marchés du monde; mais elle avait éveillé une vive émulation à l'étranger, et le rapporteur du jurj de l'Exposition, poussant un cri d'alarme, préconisait le système de la division du travail.

Malgré la perturbation jetée par les événements de 1870-1871, nos fabricants n'avaient pas trop souffert, lorsque, tout à coup, affluèrent sur le marché des gants d'assez belle apparence et d'un prix peu élevé, venant de Belgique, d'Autriche, de Saxe, du Luxembourg. Ils comprirent la nécessité absolue de perfectionner leur outillage et de rechercher une main-d'œuvre plus économique. Le rapporteur de l'Exposition de 1878, à Vienne, les poussa du reste dans cette voie en leur conseillant de ne plus reculer devant l'adoption de la couture mécanique pour les gants de qualité courante et ordinaire. On rencontre les mêmes conseils sous la plume du rapporteur de 1878, qui préconisait en outre la réunion aux ateliers Àe ganterie, du travail de mégisserie et de teinture, afin de centraliser le contrôle

sur toutes les opérations. A cette date, notre production ne s'était pas sensiblement accrue depuis 1867.

Nos concurrents allaient d'un pas plus rapide que nous dans la transformation de leurs procédés; ils créaient de vastes manufactures, y introduisaient les perfectionnements modernes, appliquaient la division du travail, réunissaient la mégisserie, la teinture, la couture, la broderie. La situation devenait critique. Aujourd'hui, tout est sauf. Les fabricants français ont généralisé l'emploi des machines, élevé de grandes usines commandées par des moteurs à vapeur, hydrauliques ou à gaz, substitué la lumière électrique au gaz qui altérait les couleurs, établi des agences et des comptoirs aux Etats-Unis, dans l'Amérique du Sud, en Angleterre, en Australie. Dès 1889, ^^^^^ production représentait au minimum 90 millions.

La ganterie de Paris est toujours réputée pour les articles de choix et de fantaisie. Grenoble a la fabrique la plus importante de gants secondaires ; cette ville et la région avoisinante produisent aussi de beaux gants glacés et des gants de Suède remarquables; elles emploient â5,ooo ouvriers ou ouvrières et font pour 35 millions d'affaires. Milhau (10 à 11,000 ouvriers ou ouvrières et i5 millions d'affaires) se consacre à la spécialité des gants d'agneau. Cette spécialité est également celle de Saint-Junien. Niort fait les gants militaires en mouton-chamois, et Ghaumont les gants de chevreau. La France fournit les meilleures peaux de chevreau et d'agneau de lait.

A la fin du siècle, l'Angleterre gardait à peu près ses positions de 1889. L'Allemagne a augmenté et amélioré sa fabrication; elle profite des avantages d'une main-d'œuvre à bon marché. De puissantes manufactures se sont installées aux États-Unis, et la France n'est pas sans en souffrir. En Italie , Naples progresse grâce aux salaires restreints de ses artisans. Vienne et Prague ont une production active.

Deux faits dominent les dernières années : l'accroissement de la consommation et la baisse des prix.

Les importations d'Angleterre, d'Italie, d'Allemagne, sur le marché français, n'ont pas dépassé en moyenne 1,1 10,000 francs pendant la période 1898-1900. Notre exportation, principalement destinée à

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