LE RAVITAILLEMENT EN DENRÉES ALIMENTAIRES
Nous avons exposé de façon très sommaire l'organisation du Ravitaillement depuis l'origine de la guerre jusqu'au décret du 30 novembre 1917, qui prescrivait la réquisition générale des céréales à partir du 1^^ janvier 1918.
Le même décret fixait à la fois les prix d'achat des denrées réquisitionnées chez le producteur, pour le compte de l'État, la commission accordée aux intermédiaires, commerçants, courtiers, boulangers et meuniers achetant en son nom, le prix de cession desdites denrées aux meuniers, le prix de vente de la farine par les meuniers aux boulangers, comprenant la rémunération allouée aux premiers, et réglait enfin les conditions suivant lesquelles les préfets devaient prescrire aux maires d'arrêter la taxe exacte du pain.
A partir de ce moment, l'État s'est constitué l'acheteur unique des céréales indigènes, comme il l'était déjà des céréales exotiques. Le ravitaillement de la France en céréales diverses, en farine et en pain, est organisé sous la forme d'une régie rigoureuse ; les particuliers mêlés à cette organisation ne sont plus que les courtiers et agents de l'État.
Reste à savoir combien ce régime a coûté.
Plusieurs chiffres ont été fournis, fixant le déficit éprouvé par le premier compte spécial dit : alimentation en blé et en farine de la population civile^ ou plus brièvement : compte de Ravitaillement^ qu'avait institué la loi du 16 octobre 1915,,
auquel les lois du 20 avril et du 30 octobre 1916 ordonnèrent d'imputer les opérations relatives à d'autres denrées et produits de première nécessité (1), et dont la loi du 9 août 1920 vint ordonner la clôture. Ce compte était divisé en deux sections, l'une retraçant les opérations relatives aux céréales et denrées utilisées pour la fabrication du pain, l'autre embrassant le reste des affaires négociées ; la première pouvait et devait se liquider en perte, puisque l'État avait résolu de s'endetter pour la vente du pain, la seconde au contraire devait se solder en blanc, sans déficit et sans gain. Quelle est donc la perte finale ?
Les chiffres proposés, ici encore, — et quoique le compte soit arrêté depuis le 31 août 1920 pour les engagements de dépenses, depuis le 31 mars 1921 pour les paiements et recouvrements, — sont tout à fait provisoires : les comptes définitifs se feront attendre longtemps.
D'après le calcul que nous avons fait sur les comptes spéciaux, le compte du ravitaillement se solderait par un déficit de 5,607.904.000 francs.
Le service du Ravitaillement a publié en 1921 un fort instructif et pittoresque ouvrage, où il raconte sans sévérité excessive sa propre histoire. Le compte qu'il présente offre un solde des excédents de dépenses d'environ 5.635 millions 653.986 fr. 57.
Ces deux chiffres sont à peu près équivalents. D'un côté comme de l'autre, la dotation initiale de 120 millions qui ne fut jamais renouvelée depuis 1915, est incluse dans le total.
D'autre part, une situation provisoire, arrêtée le 30 juin 1920, faisait ressortir le déficit résultant des opérations sur les blés et farines à 5.853.999.878 francs, mais sans compter les excédents de recettes réalisés grâce aux opérations sur les sucres, les cacaos et les cafés.
(1) Loi du 20 avril 1916 : sucre, café, huile et essence de pétrole, pommes de terre, lait, margarine, graisses alimentaires, huiles comestibles, légumes secs, engrais commerciaux, sulfate de cuivre et soufre.
Loi du 30 octobre 1916 : beurres, fromages et tourteaux alimentaires.
Voir aussi lois du 17 avril et 29 juillet 1916 concernant taxation et réquisition de Tavoine, de Forge et du seigle.
TE RAVIIAILLICMKNT
Or cette même situation estime lesdits excédents à 626.106.016 francs de telle sorte que la perte finale ressortirait à 5.227.893.862 francs (1).
Trois comptes également officiels : deux résultats sensiblement différents ; la marge est de 400 millions, près d'un dizième. Il convient d'examiner les choses d'un peu près.
Voici comment se présente, dans l'ouvrage publié par le service intéressé, (L'e//or^ du raç^itaillement français^ p. 149) la Récapitulation des excédents de dépenses sur les recettes (1915-30 juin 1920) pour les opérations sur les « Blés et Farines et Succédanés du Blé » :
Années 1915-1916 et 1^^ semestre 1917. . Fr.
Droits de douane . . .
2« semestre 1917. . .
Droits de douane . . .
Ristournes aux boulangers pour la réduction du prix du pain
2e semestre 1917. . .
1er semestre 1918 . .
Droits de douane . .
2e semestre 1918. . .
Droits de douane . .
1er semestre 1919. .
Droits de douanea .
2e semestre 1919, ré sultat provisoire. .
Droits de douane . .
1er semestre 1920, re sultat provisoire.
Droits de douane . ,
Total général