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bilité-matières n'était pas moins exactement tenue : les quantités entreposées dans les magasins étaient dénombrées dans un inventaire trimestriel. Si peu satisfaisant qu'il soit d'ordinaire, le système de la régie intéressée, où le concessionnaire agit au nom de l'État et met à sa disposition son organisation commerciale, s'est ainsi révélé préférable à la gestion directe par l'administration. La preuve en est faite par les résultats ; c'est ici seulement que l'on n'a pas à constater une perte brute d'exploitation, le produit des ventes ayant été supérieur au montant des achats.
Au déficit du premier compte spécial, institué par les lois du 16 octobre 1915 et du 20 avril 1916, il faut ajouter la perte qui ressortira de celui qui lui a succédé, en vertu de la loi du 9 août 1920. Cette perte est évaluée au 31 mars 1921, dans le tableau général des soldes de comptes spéciaux, à 956.452.000 francs. On ne peut guère espérer qu'il revienne grand'chose au Trésor, sous forme de crédits annulés, des 1.304.250.000 francs portés à l'état B, annexé à la loi du 12 août 1920, qui fixe le budget du Ravitaillement pour la période comprise entre le 15 août 1920 et le 15 août 1921.
La situation du compte nous est connue, telle qu'elle se présentait le 31 octobre 1921. L'examen qu'on en pourrait faire démontrerait combien l'établissement d'un budget, portant prévision de recettes et de dépenses, se prête mal à l'activité d'une entreprise exposée aux fluctuations économiques. Il est bon que l'on s'en convainque : l'incompatibilité du commerce et de l'administration se manifestera ainsi sous un nouvel aspect.
Au budget du compte spécial, dressé le 12 août 1920, figurent parmi les dépenses prévues :
les achats de céréales indigènes pour • . Fr. 6.060.000.000 les achats de céréales exotiques pour .... 2.898.000.000
Le 31 octobre 1921, il n'avait été engagé pour les premiers que 1.909.160.596 fr. 52 de dépenses ; pour les seconds, il en
avait été engagé 2.571.639.689 fr. 56 soit une économie totale de 4.477.199.713 francs.
D'autre part les recettes avaient été évaluées : pour les cessions de céréales indigènes à Fr. 7.051 .400.000 pour les cessions de céréales exotiques à . . 1 .321 .750.000
Elles se sont élevées en fait :
pour les premières à 1.352.688.702
pour les secondes à 1.400.000.000
soit un manque à gagner total de 5.620 millions.
Il apparaît par là que le compte spécial, en pleine liquidation, est en retard de plus d'un milliard sur les pronostics. Mais à quoi servent des évaluations que la réalité dément à ce point ? Il sera toujours vain de tenter d'appliquer aux transactions commerciales, qui, sur certains produits tels que le blé et le coton, exposent le négociant à des fluctuations de cours imprévues, un régime budgétaire, dont le seul usage est d'assurer le contrôle des fonds nécessaires à l'entretien d'une administration peu mobile, que la règle de la pénultième année détermine de fort près. Gomment comparer l'évolution économique et ses amples crises périodiques, impossibles à maîtriser, avec le monotone mouvement du mécanisme bureaucratique, dont on sait par expérience que les dépenses s'enflent suivant un progrès lent et continu ?
Un jugement décisif a été porté sur les mérites de la gestion d'État du Ravitaillement par des hommes qui l'ont observée dans son fonctionnement intime. Reproduisons, en terminant ce chapitre, les conclusions du contrôleur des dépenses engagées dans son rapport de 1920 : elles résument dans les termes les plus clairs toute l'étude qui précède.
« Une entreprise privée, qui agirait ainsi serait vite acculée à la faillite. »
En effet l'organisation est mauvaise : point de liaison organique entre les services techniques et le service financier : Traduisons : point de comptabilité commerciale. Impossibilité d'établir de façon exacte les résultats de chaque opération et
par conséquent de déterminer rigoureusement les prix de revient et les prix de cession. Le bilan du compte spécial, d^ailleurs inexact, retarde d'un an sur les faits. Son utilité est nulle.
Point d'aptitude commerciale : les marchés sont conclus suivant la méthode la plus propre à forcer les cours, et Ténormité des dettes contractées a contribué à ruiner le change français. Les missions envoyées à l'étranger se sont distinguées souvent par leur incompétence.
Pourtant des hommes de valeur ont prodigué leurs peines au service de l'État, marchand de comestibles. Mais l'énergie individuelle ne suffit jamais à détourner le courant que des influences trop vastes, et d'ailleurs insaisissables, déterminent, La plus puissante volonté ne peut agir que si elle dispose d'un instrument maniable. Il en est ici comme du machinisme. A mesure que les organismes grandissent, il faut qu'ils s'organisent. Mais on n'organise rien artificiellement. Un organisme commercial, c'est un concours d'activités disciplinées. Dans l'État la même discipline ne se peut imposer que par une contrainte de caractère militaire.
« Des agents du Ravitaillement, dit le contrôleur des dépenses engagées, ont signé des contrats qu'ils n'auraient certainement pas conclus pour eux-mêmes et dont ils n'auraient pas voulu accepter les risques, s'ils avaient dû les supporter personnellement. »
Et voici la conclusion dernière :
« Il est impossible d'évaluer la part de responsabilité du Ravitaillement, mais on peut assurer que celui-ci^ qui devait combattre la cherté de la çie, a contribué à V augmenter. »
Les dépenses nettes à la charge du Trésor peuvent donc être présentées ainsi :
Frais d'administration à la charge du
budget : 1914-1920 Fr.
Compte du Ravitaillement n^ 1
— no2 (chiffre provisoire)
LE RAVITAILLEM'EXT 147