‹ Le bilan de l'étatismeChapitre 5 sur 55 · Entrepreneur de routes et constructeur · texte numérisé non relu

Entrepreneur de routes et constructeur

de ponts 44.000.000

j23. Constructeur de ports 63.000.000

14 LE BILAN DE l'ÉTATJSME

-Aces chiffres, il faudrait comparer ceux du dernierbudget.

H y aurait lieu ensuite de rapporter les recettes aux dépenses. On constaterait» ainsi que la recette totale ' du Trésor .ne s'est pas, à beaucoup près, élevée proportionnellement autant que le produit ^ des impôts. L'analyse des chiffres, poursuivie en détail, autant qu^il est possible, nous en fournira la raison. On verra alors pourquoi la politique radicalesocialiste, pourquoi l'étatisme se heurtent aujourd'hui à d'insurmontables obstacles. Le bon sens économique reprend le .dessus,, devant la nécessité.

Cette évolution commençait à se marquer dès avant la guerre. « Aveugle, disait M. F. Buisson, en 1913, qui se flatterait de faire durer, tel quel, le radicalisme d'hier. » Et il définissait la situation :

« Résolues les questions d'école, d'église, d'assistance, de liberté, de solidarité. Se posent, au contraire, aiguës, irritantes, confuses, la question de la réforme électorale, la question des fonctionnaires, de leur statut et de leurs droits d'association, la question des monopoles, la question de la réforme administrative dans le sens de la décentralisation régionale, etc. » Et il reconnaissait la crise de l'ancieji Bloc des gauches : « Il est aussi malaisé de nier ce qui nous divise que ce qui nous rapproche. Il y eut un moment où il semblait que nous étions deux partis en un seul... Puisque certains radicaux veulent tout ce que veut le socialisme, sauf à le poursuivre par évolution légale, progressive et padifique, qu'ils le disent tout haut et s'avouent socialisants. Puisque d'autres sentent davantage la nécessité d'un frein qui, sans enrayer le progrès social, en règle l'allure, qu'ils n'hésitent pas à s'avouer non socialisants. » Dès ce moment, | le pacte était dénoncé ; ce n'est pas la guerre qui a déterminé ^ l'éclipsé du radicalisme, elle n'a fait que confirmer un échec, qui était près d'éclater. La convention politique qui répond aujiûm-Ide.cambisme a montré son impuissance, aussitôt j qu'apparurent et se firent pressantes la menace socialiste

LA POLITIQUE liïATISTE ET l'oPLNION 15

contre le capital, et lamenace allemande contre la; France. Gat.la pratiqueidu moindre effort qui lulétait propre entraînait ce peiiplovàmoins se défendreet àmolns travailler- L^épreuve a. animé son. énergie combative : elle lui rendra son énergie laborieuse. Il suffit qu'on lui prouve la vanité d'une politique sociale ( qui ne repose pas sur le fond solide d'une bonne politique économique.

: Si peu qu'elle eût; produit d'effet^ l'économie radicale, ce soicialisrae déteint, commençait dès ce moment d'être contestée. L'étatisme partout menaçant rencontrait des adversairesude plus en plus résolus, qu'approuvait une ;partie de plus en plus grande de l'opinion. Si l'individualisme^. proprement dit: rjBstait mal vu, l'antiétatisme, sortant, peu, à peu des sphères somnolentes où de faibles i disciples répétaient en litanies quotidiennes la doctrine des maîtres, — l'antiétatisme r0prenaitrvie...La réalité se chargeait ; de lui fournir des arguments.

Les sectateurs :de l'État providence réunissaient alors le fruit de leurs prétendues expériences, dans une revue publiée à' Genève sous le titre de « Les Annales de la régie directe », qui -depuis a-disparu. Qn y pouvait lire des affirmations comme celle-ci : « Le monopole privé ^ qui cherche le profit maximum: est plus coûteux que le monopole public, qui n'est: pas t«nu par les mêmes exigences. Il faut, ajouter que l'argent coûte moins cher aux entreprises .pabliques, qu'elles amortissent et réduisent ainsi le chiffre général des dépenses. En revanche, les charges idu personnel peuvent être plus grandes, les régies peuvent aussi chercher un bénéfice, mais elles peuvent faire tout cela dans des limites moins rigides que celles du monopole privé. »

Idéologies d'universitaires, préparant pour les politiques des i arguments à répéter ! Les faits répondaient, avec .des chiffres. Et il fallait tout l' optimisme sonore et réjoui d'un Albert Thomas ^pour faire tenir debout la thèse ideyant les faits. ' Rapportant icn 1914 ie budget des chemins de: fer de l'.État : «Qn. a souvent raillé, disait-il, la formule du réaeaumodièle* »;Lfis résultats. de l'exploitation contenaient la pire raillerie. ::Le^ rapporteur: ne/ pouvait que les constater. Mkis

il faut s'entendre sur le sens de l'expression : réseau-modèle ; c'est tout simplement celui où les travailleurs s'assurent la vie la plus douce. L'effet le plus net de l'étatisation, c'est de constituer un privilège au profit d'une catégorie d'hommes, aux dépens du reste de la communauté.

Comme il existe des commandements de l'Église, il existe les commandements de l'État-patron.

L'État doit à ses employés, à ses fonctionnaires un salaire normal déterminé par le prix de la vie, c'est-à-dire par les besoins des travailleurs.

Il peut rechercher si pour assurer ce salaire^ il doit faire appel aux ressources communes du Trésor.

Car le but, la fin de l'entreprise, — pour une entreprise privée, c'est d'équilibrer son bilan et de rémunérer son capital,— c'est ici d'inspirer aux travailleurs « ce sentiment d'attachement et d'enthousiasme pour l'exploitation d'État dont nous voudrions les voir animés, de cette confiance, de cet attachement à l'entreprise commune que nous souhaiterions sentir chez lui », dit Thomas.

On ne saurait mieux exprimer l'admiration qu'on sent en soi pour un régime économique dont le moins douteux mérite est qu'il favorise à merveille l'ambition politique, suivant le processus souvent observé dans les sociétés qui se désorganisent, où des groupes particuliers se forment, qui se recommandent d'un chef.

« Puis, conclut le même auteur, la grève est venue, les grands troubles, les grands bouleversements. »

Durant la guerre, l'État a tout envahi, il s'est gonflé comme un fleuve. Mais c'était un phénomène d'un ordre spécial. Le filet d'eau de l'ancien étatisme doctrinal a continué de couler de son côté dans son lit de plus en plus sec. On relève au long de ces années quelques éditions nouvelles des vieilles propositions d'avant-guerre : proposition Nadi en 1917 sur le monopole des assurances, dont un professeur de Poitiers, M. Arthur Girault, se fit plus tard le défenseur,

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projet (le loi Klotz du 27 mai 1919, proposition Boussenot de juin 1920 sur le monopole du pétrole, proposition Barthe du 30 juillet 1919 sur le monopole de fabrication et raffinage du sucre.

Quelle était cependant l'attitude des partis?

A la veille de la guerre, le 10 juillet 1914, MM. Landry, Sembat, Albert Thomas proclamaient qu'il fallait s'engager résolument sur la voie des monopoles fiscaux. M. Barthe venait de déposer une proposition de loi établissant le monopole de l'alcool ; il la réédita pendant la guerre. En 1915, M. Ribot déposait un projet de loi instituant un nouveau régime de l'alcool ; l'État se voyait réserver le monopole de la dénaturation. Puis la question tourne ; Barthe rallie la commission de législation fiscale à l'idée de convertir les distilleries agricoles en distilleries d'État. Voilà que les intérêts privés se mêlent à la discussion et, chose curieuse, leurs défenseurs sont ceux qui recommandent le monopole par le seul souci avoué de l'intérêt général. Monopole du sucre, monopole de l'alcool industriel, c'est un député des régions vinicoles qui les préconise. Et peu à peu émerge l'idée du carburant national, qui conciliera les intérêts antagonistes, mais où la doctrine n'a rien à voir.

Le gros du parti socialiste s'en tient au système. Le parti radical-socialiste hésite. Du second, l'on n'a que des déclarations, et qui varient. Le premier prononce en 1920 une vigoureuse offensive.

Ce qui reste du parti radical-socialiste, virtuellement dissocié depuis les querelles d'avant guerre, se trouve aux élections de 1919, rejeté sur ses dernières lignes. De là, il s'efforce de regagner du terrain, en exploitant avec passion le sentiment qui naît, chez nombre de Français, du déséquilibre économique auquel la guerre a donné lieu. Le déplacement de la fortune privée s'est accompagné d'une belle série d'inévitables scandales. Dans un petit nombre de revues et de feuilles quelques vélites radicaux, menant avec eux deux eu trois prophètes vieillis, travaillent à entretenir dans l'opinion l'idée que les affaires se confondent avec la spéculation illicite et sont une forme du vol.

Mais le Parti lui-même se réserve. La prud<5nce est nécessaire dans un pays où la majorité travaillé sur sa propre terre* ou dans sa propre maison. C'est' à peine si quelques déclarations laissent çà et là percer le fond des sentiments. Au Congrès de Strasbourg, en 1920, on entendit, de là bouche d<é' Camille Chautemps les paroles suivantes : « Il importe d^ favoriser l'essor industriel et commercial par- le crédit, pur r accroissement de la marine marchande, par là mise en valeur de notre dommne colonial, par la réorganisation des transports et des mines, par l'utilisation des forces hydrauliques, en un mot p^r l'exploitation de toutes nos richesses nationales, qui doivent être gérées désormais par des organismes publics, où prédominent les intérêts de la collectivité. »

Mais cette thèse qui, comme nous le verrons par la suite^ s'insinue peu à peu dans la réalité, comme elle perd de son tranchant surles lèvres prud^entesd'Herriot. Enl919 auCongrès d^e Paris : « J'appelté votre attention sur la nécessité d'une complète réorganisatioii économique. L'avenir de la France eêt une question de^^prix d^ revient... Il nous faut non pa» des réformes partielles, mais une réforme profo^nde... Pour n'e citer qtie des exemples, notre régime des transpoi?ts, notre régime postal, télégraphique et téléphonique ont fait faillite. » Et au Congrès d^ Lyon, en octobre 1921 : « Nous sommes quaKfiés pour être^ contre' les grandes coalitions économiques soumises au contrôlé et à la direction du capitalisme international, les protecteurs du commerce et de- rindtetrie' en France. Ils ne peuvent que* gagner à cette diffusion dé la propriété privée, d^nt nous demeurons les partisans, à l'accroissement du bien-être général, à la plus grande circulation de Targent. »

Vers le même temps, la Ligue de la Réptiblique, émanation du parti radical-socialiste, et qui se flatte de rafraîchir une f ois ^ dé ' plus la piensée dé ce parti, confiait aux^ journaux une proclamation où, parmi d'autres propositions anodines, elle réclamait le contrôle des banques.

A là différen'ce des radicaux, louvoyant à travers les courants politiqties et les conceptions économiques, ne se découvrant tout à fait que sur là question d'in^pôt sur le

LA VOiATlQDi: KTATÏSTli. i/l l/OPlNION 19

capital, le groupe socialiste de la Chainbro saiaissail au printemps 1920 roccai^ion du grand débat sur la création des nouvelles ressources fiscah^s, pour déposer une proposition de loi complète, en manière de contre-projet, où il expose un plan d'ensemble destiné à couvrir les dépenses de guorre et à rétablir réquilibre financier. Cotte proposition, qui porté en tête la signature de Vincent Auriol, porte dana son texte la marque du curieux et subtil esprit de Léon Blum* C'est par ce dernier d'ailleurs qu'elle fut défendue ensuit/e devant la Chambre.

Le programme socialiste comportait quatre disposition» essentielles : l'impôt direct et progressif sur le capital, l'institution de plusieurs monopoles fiscaux et régies domaniale», la réquisition des valeurs mobilières étrangères et des comptes courants créditeurs à l'étranger, l'organisation publique et locale d'offices du ravitaillement.

Quant aux monopoles, nous retrouvons ici la théorie connue. « Toute industrie monopolisée, en fait, entre les mains d'un petit nombre de producteurs ou de commerçants associés, doit être monopolisée^ .en vdKoifc,. entre* les. mains de l'État, Dès que la liberté de la concurrence se trouve effiectivement supprimée, la main mise de la nation est le seul moyen, ou bien de protéger le consommateur sans défense contre les élévations de prix excessives^ ou bien de fàir« profiter la collectivité tout entière des bénéfices réalisée. Tel est le cas par exemple pour les pétrolesy les sucres-, les assurances, les sels de soude industriels. » >

Aussi réclamait-on :

Le monopole des alcools d'industrie ;

Le monopole d'importation des cafés verts ;

Le monopole de l'achat et de la vente des sels de bouche*;

Le monopole d'importation et de fabrication de» engrais agricoles ;

L'absorption dans le domaine public des gîtes minéraux et des sources d'énergie hydraulique de toute nature, en France, en Algérie et dans les colonies françaises;

Le monopole des pétroles ;

Le monapole de lairaffinerie et de la sucrerie ;

Le monopole des sels industriels de soude ;

Le monopole des engrais chimiques ;

Le monopole des assurances.

Jamais programme étatiste de si large envergure n'avait été formulé. Il se complétait par le projet de maintenir le régime d'approvisionnement général de la nation par l'État, conformément à la « proposition de loi sur les offices publics d'approvisionnement, déposée au cours de la session de 1918, par le camarade Albert Thomas. » Il fallait, en effet, suivant le rapport, au moment de jeter sur la nation une masse formidable d'impôts nouveaux, fortifier le contrôle public sur le cours des denrées nécessaires à la vie. L'adroit sophisme ! Il ne s'agit ici de rien moins que de supprimer l'incidence de l'impôt. Mais comment l'État maintiendra-t-il les bas prix? En vendant à perte au besoin, en continuant de creuser d'un côté le trou qu'il cherche en même temps à combler. Albert Thomas se demandait aussi avant la guerre s'il fallait recourir à la Caisse publique afin d'assurer aux cheminots de l'État un salaire minimum !

Le plan d'ensemble du groupe socialiste gardait la trace de l'étatisme de guerre. Il fut discuté par la Chambre le 15 avril 1920. Mais dès ce moment l'étatisme avait perdu toute faveur. Les contraintes de la guerre restaient encore sensibles aux épaules de nombreux citoyens. Aussitôt après l'armistice, un mouvement énergique s'était dessiné contre les exigences de l'État. L'agriculture, l'industrie et le commerce luttaient d'un commun accord pour rompre les entraves qui avaient paralysé longtemps l'activité. Les abus de l'exploitation administrative se révélaient de plus en plus nombreux, graves et coûteux. La campagne contre les monopoles n'allait pas tarder à se produire ; elle naquit d'un sentiment d'hostilité générale.

Il nous faut ici résumer ce mouvement et dégager ses causes.

L'automne dernier, la campagne contre l'étatisme en

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