‹ Le bilan de la province de 1867 à 1897 [microforme]Chapitre 17 sur 18 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

En faisant une revue des opérations financières de nos prédécesseurs, il est facile de constater que l'orientation de leur politique n’a eu rien de précis ni de bien arrêté.

Pour capter le vote des électeurs en 1892 le gouvernement de M. de Boucherville s’engageait à administrer les affaires avec économie, promettait de diminuer les dépenses et de ne plus avoir recours à de nouveaux emprunts ; en 1897, l'honorable M. Flynn se déclare pour une potitique progressive nullement-en rapport avec les ressources de la province.

En 1892, il s'agissait de tuer le gouvernement libéral ; en 1897, il faut à tout prix se maintenir au pouvoir, et pour cette fin on n'hésite pas à s'engager dans une voie différente à celle qu’on avait prônée susqu’alors.

Devenu Premier ministre à son tour, le Chef actuel de l'opposition, qui avait comme ministre, condamné l’extravagance du régime précédent, et constamment appuyé la politique d'économie et de retranchement de ses devanciers, en un mot, qui avait donné son assentiment au programme formulé par le gouvernement de M. de Boucherville en 1892, ce monsieur oubliant ses promesses antérieures, répudiant par ses actes les déclarations de ses amis, change tout à coup d'opinion et on le voit se lancer dans une voie dispendieuse et extravagante sans se préoccuper des conséquences que pourraient en résulter,

On sait que dans la dernière lutte électorale, le principal article du programme qui figurait sur l'affiche des conservateurs, et celui sur lequel on s’appuyait le plus fortement, c'était d’avoir établi l’équilibre dans les finances et d’avoir tiré la province du cahot où l’avait entraînée 11 mauvaise administration du régime libéral. C'est au moyen de cette annonce, pompeusement étalée aux yeux du public, que l’on comptait obtenir le sudrage des électeurs.

Mais le chef de l’opposition et son trésorier trompaient sciemment les électeurs, car au moment même où ils faisaient ces déclarations ils savaient que l'exercice de 1897 se terminerait par un énorme déficit entre les recettes et les aépenses, ils connaissaient aussi que les ressources de la province étaient insuffisantes pour faire honneur aux obligations qu'ils contractaient avec tant d’imprudene.

On se rappelle que l’administration conservatrice avait, dès son début discrédité et condamné leurs prédécesseurs sous le prétexte que la politique financière de ces derniers avait été ruineuse pour la province, cependant cette même administration termine sa carrière en préconisant tout le contraire de ce qu’elle avait affiché comme un des principaux articles de son programme,

Rien ne n'étonne de leur part, car leur politique n’a été qu’une suite de contradictions du commencement à la fin et ce qui le prouve c’est que ces messieurs, au lieu d'avoir exécuté le programme attrayant qu'ils avaient fait miroiter aux yeux dx peuple, ont énormément augmenté les dépenses, grevé sérieusement la dette, ont eu recours à de nouveaux emprunts dont quelques-uns ont été des plus onéreux, ont imposé des taxes vexatoires et injustement reparties, sous le prétexte qu’elles étaient nécessaires pour reparer, disaient ils les extravagances de leurs prédecesseurs, tandis qu'elles n’ont été employées que pour subvenir à leur prodigalité.

Tel est le véritable bilan de 1892 à 1897 des administrations conservatrices qui se sont vantées si hautement d’avoir tout régénéré par la prudence et la sagesse de leur politique ; malheureusement pour la province, leurs œuvres nous indiquent que trop clairement, combien étaient peu fondées les prétentions qu'elles avaient fait valoir avec tant de coinplaisance aux yeux de la chambre et du pays et peu méritées les adulations qu’elles se faisaient décerner avec tanf d'éclat par une presse intéressée.

D'ailleurs je crois avoir clairement prouvé la fausseté de leurs prétentions. J’ai aussi démontré, je le crois du moins, que le manifeste alléchant dont ils s'étaient servi n'avait été qu’une mise en scêne.

En résumé, ils n'ont fait que remplir le rôle de rusés mystificateurs et d’habiles adeptes d’une méprisable chariatanerie.

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