LA POLITIQUE FINANCIÈRE DES CONSERVATEURS
Je me propose maintenant de passer en revue la politique financière de nos adversaires. J'avoue, M. l'Orateur, que sans s'arrêter
assez longuement sur les opérations de nos prédécesseurs, il est bien difficile de préciser l’exacte orientation de leur politique financière,
tant elle a varié dans ses aspects, car ils ont été tour a tour pessimistes, optimistes et opportunistes, [ls étaient pessimistes lorsqu'il s'est agi de ruiner le caractère public de ceux dontilsavaient usurpé la place ; ils étaient optimistes lorsqu'ils se vantaient avec tant d’ emphase d'avoir équilibré les finances ; opportunistes lorsqu’ après avoir prêché l’économie et les retranchements, ils se lanç aient dans une politique dite ‘ progressive ”, tout à fait contraire à ce qu'ils avaient préconisé antérieurement.
M. Hall a été bien déloyal envers ses adversaires dans son exposé budgétaire de 1892 en se servant de tableaux erronés et de chiffres fallacieux, dont le but était de tromper la Chambre et le pays sur la nature et l'étendue des oblig: tions que lui avaient léguées ses prédécesseurs, Cet honorable monsieur avait oublié sans doute qu'il occupait la position responsable de Trésorier de la province, et comme tel tenu d'exposer franchement la situation financière, et de soumettre un état budgétaire, tel qu'il convient à un Trésorier qui respecte la vérité et qui comprend la responsabilité de sa tâche, mais il a préféré se lancer dans une harangue politique dont le but évident était de soulever les passions et les préjugés des électeurs, afin de prouver que l'acte qui les avait portés au pouvoir avait eu sa raison detie. Son discours n'était qu'une charge exagérée contre une administration qui lui portait ombrage: ce n'était, ni plus ni moins le plaidoyer d'un homme de profession de troisième classe et qu'il n'aurait pu faire devant une cour de justice sans s'ex poser à la censure du tribunal. Afin d'exagérer la situation, il confondait, sciemment ou non, le chiffre des obligations de ses adversaires avec celui de leurs prédécesseurs, grossissant outre mesure par ce moyen l'étendue de leur responsabilité sans avoir ni la loyauté ni la franchise d'admettre que cette dépense avait été en partie encourue pour solder les obligations contractées par ses propres amis, avant larrtvée au pouvoir de ceux dont il avait le plus grand intérêt à rainer la réputation, [l n'avait même pas la bonne foi d'admettre qu'une large part des obligations contractées sous le gouvernement Mercier avait reçu l'appui de ses propres amis. Pour bien faire comprendre sa tactique, la Chambre me permettra, j'en suis sûr, d'exposer les procédés de cet honorable monsieur.
A la page 7, de son discours sur le budget en 1892, il! dit: * La A province e dev: ut, au 30 juin 1891 en emprunts temporaires, $2,223,- * 533,89, dépôts de gar antie de chemin de fer $1,973,108.57, fonds en
: fidéicommis 8269, 259. 47. En d’autres termes, dédue tion faite de l’argent en caisse, le déficit d’après lui, était de $4,222,441.41.
‘Cela peut paraitre effravant, disait-il, en parlant de ces $4,222,441.41 mais on peut facilement le vérifier par le discours de mon prédécesseur, le 9 décembre 1899, devant cette Chambre. ”
Il est vrai que nous devions à titre d'emprunts pos aires après quatre années d'administration, la somme de $8t,222,441.41 dont $262,252.47 n’était pas une nouvelle dette; déduction faite de ces 262,252, 47. la balance est de $2 3,960,188.94.
Mais il faut déduire $1,142,829.65, payé à même ces emprunts,
pendant ces quatre années, sur les obligations existantes avant le 31 de janvier 1887, et qui n'avaient pas été couvertes par l'emprunt de 1888, dont le produit avait été de 83,378,332,50, pour liquider audelà de $4,500,000 en chiffres ronds, la balance attribuable au régime Mercier sur cette somme de $83,960,000 8e réduit donc à $2,817,170,35 et non à $4,222,441.41,
Cette dépense est facile à expliquer ; nous avions à payer pour le règlement des biens des Jésuites $400,000, et la Chambre avait voté unanimement en 1888 des subventions à des compagnies de chemins de fer pour une somme de $82,898,000, et en 189,0 pour la même fin $4,400,000 ; ces subsides ont naturellement nécessité de forts déboursés et ii ne faut pas oublier qu'au 30 juin 1891 nous n’avions pas encore fait un seul emprunt permanent pour les obligations contractées sous le régime Mercier. Le seul emprunt était celui de 1888 de $3,378,332.50 employé pour solder une partie de leurs propres obligations.
L'honorable Trésorier pourtant connaissait ces faits, mais il n'en dit rien, afin de faire paraître aux yeux de Ja Chambre que le gouvernement Mercier était responsable pour une dépense du doubie de ce qu'elle était en réalité.
L'honorable monsieur voulait évidemment induire la Chambre
en erreur en exprimant de la frayeur au sujet des emprunts auxquels nous avions eu recours pour solder leurs propres obligations et couvrir les dépenses extraordinaires qui avaient été votées par la Législature et considérées par elle comme imputables au compte du capital.
Cette fraveur n'était donc que de la mise en scène, car il savait fort bien que toute dépense pour les chemins de fer a toujours été, par tous les gouvernements qui se sont succédés depuis 1874, considérée comme une dépense imputable au compte du capital et remboursabie par des emprunts permanents, mais non payables avec le revenu ordinaire,
D'ailleurs, le tableau suivant qui indique que. a été l'excés de la dépense sur le revenu sous le régime conservateur de 1874 à 1887, excédents qui ont tous été couverts par des emprunts permanents, aurait dû le rendre un peu plus circonspect dans sa critique su lea emprunts effectués sous le régime libéral ; cependant, avant d’être étonné comme il le prétenduit, de l'excès de la dépense sur le revenu sous le régime libéral, il aurait dû, il me semble, se rappeler quelles avaient été les opérations financières de ses propres amis amis le 31 janvier 1887.
TABLEAU DES RECETTES ET DES DEPENSES DE LA PRO: VINCE MONTRANT LE DEFICIT DE CHAQUE ANNEE
1875 Recettes ordinaires, 82 036. 868.91
—— spéciales. , Dépenses ordinaires. , — spé.iules. , 1376 Recettes spécinles. .
— ordinaires, Dépenses ordinaires.
— spéciiles., 1577 Recettes ordinaires.
— spéciales.
Dépenses ordinaire”. .
spéciales. .
15,8 Rezettes ordinaires.
—— spéciales. .
Dépenses ordinaires. .
spéciales. .
Déficits 240,070,93 ——— 2,266,939.81
Tot1l de l'excès de la dépense sur le revenu de 1874
Dépenses ordinaires. .
— spéciales.
1380 Reccttes ordinaires.
spéciales.
Dépenses ordinaires.
spéciales .
1881 Recettes ordinaires.
—— spéciales. .
Dépenses ordinaires. .
—- spéciales. .
4882 Recettes ordinaires.
— spéciales. .
Dépenses ordinaire . .
spéciales. .
ee
Total de l'excès de la dépense sur le revenu de 1878 LR OU RMS RE ST PAT 7,468,431.46 Moyenne par année.....,...,.,,,.... 1.867,107.86 1883 Recettes ordinaires. 2,705,707.21 — spéciales.. 90,266,30 — 2,8145,973.51 Dépenses ordinaires. 3,096,943.27 — spéciales .. 715,499.67 -——— 3,812,442.94 1884 Recettes ordinaires. 2,823,569.30 -———— 966,169,43 —— spéciales... 280,151.92 ———— 3,103,717.22 Dépenses ordinuires.. 3,124,619 94 spéciales.. 718,489.72 ———— — 3,843,109.65 ———— 739,392.44
1835 Recettes ordinaires. 2,926,147.95
— sp“ciales.. 42,671.84
-—— 2,968,819.79 Dépenses ordinaires. 2,936,733.86 — spécinles.. 683,737.26
1886 Recettes ordinaires. 2,949,562.15:
— spéciales... 114,811.67
Dépenses ordinaires.. 3,032,607.25
— spéciales., 520 091.22
1887 Recettes ordinaires. 2,963,566.62— -—— 488,234.65 - spéciales.. 38,143.00
Dépenses ordinaires. 3,288,797.78 — spéciules.. 1,141,307.12 ————— 4, 430,104 50 ———— 1,426,393.28
Total de l'excès de la dépense sur le revenu de 1832
MR ee le ee A ta ete RE TE EU 4,274,141.13 Moyeune par année......,.,,,.... 854 828.23.
Dépenses Recettes Déficits
Total de l'excès de la dépense su: le revenu de 1883 à 1891..,... 6,050,674 76 Moyenne pur année..,....,, ... 1,512,608 69
Tel est le montant dépensé en plus que les recettes de 1888 à
Dans ce montant il ne faut cependant pas oublier qu'une somme considérable a servi à solder les obligations contractées avant 187 s'élevant en chiffres ronds à 3 millions. Cette dépense au-delà de nos recettes peut être comparée favorablement avec celles de nos prédécesseurs de 1874 à 1887 et de 1893 à 1897. Ainsi si vous dédui-
sez ces $83,000,000.00, le découvert annuel entre les recettes et les dépenses est de 8762, GÉS ce qui compare très avantageusemenc avec les déficits de nos prédécesseurs.
Dépenses Recettes Déficits 1893..5,010,977 94 4,391,770 48 649,207 46 1594..5,243,372 76 4,2(10,533 61 982,839 15 1895..6,050,247 86 4,321,928 12 728,319 24 1896..4,349,893 59 4,327,910 55 21,983 04 1597..6,200,402 49 3,877,303 18 2,32:,099 31
——— — 4,105,448 20 Si nous ajoutons à ce montant le pro-
duit des nouvellks taxes. ..........,,.. 2,262,452 55 En tome RER US 6,967, 200 75 Muyc Ne PAT ANNÉE. .......,.,... 1,393,580 15
Ainsi donc ces messieurs ont dépensé au-delà des recettes normales une somme de 4,705,448.20 et plus le produit des nouvelles taxes au montant de 2,262,452.55 formant un total de 6,967,900.75. Dans le montant ci-dessus il a Cté payé pour subventions aux chemins de fer, accordées en 1888 et 1890, soit : 3 millions. Le découvert annuel eût été de 8793,580.15 sans le produit des nouvelles taxes.
L'on voit par ces chiffres combien peu fondée était la déclaration de cet honorable monsieur qui prétendait que l'administration financière du régime Mercier avait été ruineuse pour la province. Il ne pouvait pas être sérieux, car en jetant un coup d'œil sur ce tableau l’on constate que l'excès de la dépense sur le revenu, en moyenne, figure avec avantage non-seulement avec les opérations antérieu res à 16 887, mais méme avec celles de ceux qui se vantent d'avoir restauré l’état financier.