II. — Les valeurs engagées dans l’industrie
En suivant pas à pas le processus de la fabrication, nous constatons que les matières premières entrent dans la fabrication, qu'il faut les associer aux approvisionnements pour en obtenir des demi-produits, lesquels seront soumis à leur tour à diverses manipulations pour devenir enfin le produit fini qui entrera au magasin.
De là, un itinéraire à suivre dans ces transformations
et que l’on peut résumer comme suit :
1° Les approvisionnements ;
20 Les matières premières ;
3° Les marchandises en cours de fabrication ou demiproduits ;
4° Les marchandises en magasin ou produits finis.
Ces divers éléments prêtent à de nombreuses majorations, à des évaluations fantaisistes là où les livres manquent de renseignements précis ; il ne faut pas oublier que dans une affaire sérieusement organisée, la comptabilité fournit l'inventaire permanent.
En premier lieu, quelles sont les bases d’estimation des approvisionnements et des matières premières ?
Ces valeurs doivent-elles être inventoriées au prix coûtant, au prix de revient, au prix courant, au prix raisonné ?
Quels sont ensuite les modes d'évaluation Fe demiproduits, des produits achevés ?
Faut-il établir une ligne de débncation entre les
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phases de préparation et de fabrication, en d’autres termes, faut-il considérer les approvisionnements et les matières premières comme valeurs arithmétiques et non comme valeurs commerciales, évaluer les demi-produits. et les produits fabriqués au prix coùtant, au prix de revient, au cours du jour ?
Autant de questions ardues qui impliquent des solu-
tions scientifiques.
1° Approvisionnements.
2° Matières premières.
Dans l’industrie, le terme approvisionnements énglobe les matières autres que celles destinées à l’industriali-
sation ,; ce sont celles qui concourent à la mise en
œuvre, à la production du produit achevé, sans toute-
fois entrer dans la composition de-ce produit.
Comme les approvisionnements et les matières premières sont généralement achetés à des moments propices, où les prix sont favorables, il y a chez l’administration une attention constante portée sur les fluctuations du marché, pour obtenir ces ingrédients aux cours les plus faibles.
Mais, d’autre part, s’il y a intérêt à accumuler des stocks d’approvisionnements et de matières premières
en des temps où le marché est favorable, ne peut-il se
produire par après des déconvenues ?
Les prix d'achat se maintiennent-ils, ou y a-t-il hausse ou baisse ?
Là est la pierre d’achoppement pour certaines admi-
nistrations, car il s’agit d'apprécier ces valeurs en ta-
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blant sur des chiffres quifne vicieront pas le bilan.
Le prix coûtant étant au-dessus ou au-dessous du prix courant, l'administration n’a pas à hésiter, c'est le prix de revient ou mieux le prix rendu à l’usine qu’elle choisira, c'est-à-dire le prix coûtant augmenté des frais de transport, de douanes et autres.
Et la raison de ce choix se justifie à suflisance ; si, par exemple, en prévision d’une hausse des approvisionnements et des matières premières, l'usine avail accumulé des stocks, la baisse survenant, elle se trouverait dans une situation précaire, acculée peut-être à une liquidation qui ne se ferait pas sans appréhensions.
IL faudrait néanmoins, dans cette alternative, inventorier ces éléments matériels de fortune à leur prix de revient et porter au passif, à un poste spécial que nous appelons prévisions sur matières premières et approvisionnements, la moins-value qui les atteint. Au cas où une hausse sur approvisionnements et matières premières est à prévoir, et que l'usine n’a pu se constituer les stocks nécessaires à des prix favorables, ’administration agira sagement en prélevant sur le bénéfice une réserve spéciale pour hausse sur approvisionnements et matières premières.
Cette prévision pour la hausse évitera l’année suivante l'aggravation du prix de revient dont l'influence se répercuterait sur le résultat de l'exploitation.
Enfin, si des stocks ont été préalablement constitués en prévision d’un surenchérissement qui se produit par la suite, les matières premièreset les approvisionnements
seront inventoriés au prix rendu à l’usine et non au
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cours du jour; en agir autrement, serait accuser au bilan
un bénéfice non encore réalisé et étranger à l’industrie,
3° Les marchandises en cours de fabrication.
(Demi-produits.)
Les demi-produits sont les objets qui ont subi un commencement de transformation.
- Ces marchandises en cours de fabrication ont absorbé des approvisionnéments, des matières premières et ces modifications ont nécessité de la main-d'œuvre, dont la rémunération s'ajoute aux approvisionnements et aux matières premières employées.
Lorsque l'affaire est bien menée, le prix de revient des produits en cours de fabrication est mathématiquement précisé par la comptabilité industrielle.
Lorsque les fiches de fabrication sont bien établies et tenues à jour, on arrive aisément à trouver avec exaclitude la valeur des produits en cours de fabrication; ces fiches relatent, en effet, pour chaque série de produits en cours d'achèvement les approvisionnements et les matières premières employées, le montant de la maind'œuvre et des frais de fabrication déboursés ou supportés, ce qui donne le prix de revient industriel de Vobjet en voie d'exécution.
Mais comme il se présente souvent que la comptabilité est défectueuse et qu’il n’est pas possible d'y découvrir le prix de revient du demi-produit, l'administration se voit obligée d’estimer ce demi-produit en prenant pour base le prix de revient de l’objet achevé, et en tenant
compte du degré d'achèvement de l'élément à inventorier.
Une éventualité parfois se produit et qui fait hésiter entre Je prix de revient et le prix de vénte ; avec un brin de réflexion, la solution est aisée.
Prenons le cas extrême d’une usine métallurgique qui est occupée toute l’année à la construction d'ouvrages d’art, lesquels ouvrages lui ont été commandés en bloc et dont le paiement à forfait sera effectué à livraison complète. L'année se termine et le moment est venu de dresser l'inventaire, prélude du bilan qui accusera le montant du solde à répartir.
Voilà un établissement, où l’activité a été constante, où l'administration a agi sagement, et qui va se trouver en face d’une situation singulière ; si le demi-produit est. évalué à son prix de revient, elle ne pourra pas distribuer de dividende, d’où atteinte à sa vogue et à son prestige, et par ricochet, diminution de son crédit dans le monde financier et réduction de la valeur en bourse de ses titres; ces titres, en eflet, jetés sur le marché, à l'annonce d’une non-distribution de dividendes, sont à la merci des fluctuations en baisse.
Ce serait une déception pour la société, si dans de telles conditions, elle se voyait amenée à pareille situation, malgré la bonne renommée qu'elle s’est acquise.
En droit, il y a vente parce que, accord consensuel des parties, accord sur la chose et sur Le prix, et l’estimation est dans le prix conclu, c’est-à-dire au prix proportionnel du demi-produit en fonction du prix total de la vente: on prendra donc comme base son prix de revient jusqu’au jour de l'établissement de l'inventaire et on le majorera de la portion du bénéfice réalisé.
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4° Marchandises en magasin.
(Produits finis et sous-produits.)
L’appréciation de cet élément de fortune n'offre rien de particulier ; c’est au prix de revient que seront estimés les produits achevés et entrés au magasin. Ce prix donné par le livre de fabrication s'entend des totaux des matières premières utilisées, des approvisionnements consommés, des frais d'entreprise et des frais généraux divers, y compris la main-d'œuvre.
Une difficulté pourrait surgir à l’endroit des produits hors d'usage, soit par ancienneté, soit par caprices de mode ; ces objets fabriqués ne jouissant plus désormais d'aucune vogue, ce n’est pas le prix de revient qui leur sera appliqué dans l’évaluation, mais un prix de raison qui servira de base, car ces produits ont une valeur sensiblement inférieure à leur prix de revient. On s’en débarrassera au plus vite s’il y a possibilité, et même à des prix dérisoires, parce que la présence de ces objets au magasin peut devenir pour certains organismes une source de grossissement de l’actif et à ce titre, ce poste ne peut être perdu de vue.
Ilest inutile de rappeler que les marchandises déjà facturées en vente, et qui se trouvent encore au Magasin, ne sont pas à porter à l’actif du bilan. M. Daubresse (1) soulève un autre problème qui ne manque pas d'intérêt. Il étudie le cas de marchandises en retour, refusées par
les acheteurs, chose assez fréquente dans l’industrie.
(1) Du Bilan et de l’Inventaire.
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C’est ainsi que des pièces commandées pour des besoins spéciaux et sur dimensions déterminées, ne peuvent généralement plus convenir à d’autres usages et subissent de ce fait une forte dépréciation ; il faut tenir compte de celle-ci à l'inventaire si l’on s’est borné, comme c’est communément le cas, à les faire rentrer au magasin par le crédit du client. On pourrait de préférence ouvrir un compte « retours » qui permettrait de bien suivre les malfacons.…
Les sous-produits sont des marchandises qui sans toujours être des produits finis, sont livrées à la consommation; ces éléments spéciaux du compte magasin sont à évaluer d'après les mêmes principes que ceux dictés pour les produits finis ou pour les demi-produits, suivant le cas.
Pour ce quiest des résidus de fabrication, notre avis est qu'il ne faut pas les porter à linventaire; cet élément peut parfois être considérable, mais ilne vaut qu’à la condition d’être écoulé; lorsqu'il y a vente de ces résidus, c'est à considérer comme profit occasionnel à
passer àau compte des résultats.