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social où elle développe ses théories politiques et philosophiques. Consuelo (1842), le Meunier
d'Ano'ibault (1845), le Péclié de Monsieur Antoine (1847), nous exposent le tableau naïf de cette société future où l'amour amènera la fusion des classes. Le paysan, l'ouvrier, beaux et jeunes, épouseront quelque riche et belle jeune fille, et le problème, — ô simplicité ! — se trouvera résolu. Tout cela, on le voit, est bien chimérique, bien romanesque, et malheureusement aussi, entrecoupé de bien des déclamations philosophiques ou sociales que ne relève même pas une note originale : si elles attestent la bonté de l'auteur, la perfection littéraire, du moins, n'v sag-ue rien.
La troisième manière commence en 1846 et se termine vers 1860. C'est le moment où paraissent la Mai-eau Diable (1846), la Petite Fadette (1848), François le Champi (1850), le Meunier d'Angibault^ André. Le sentiment de la nature qui toujours a été d'une vivacité extrême chez George Sand, même dans ses romans sociaux, remonte à la surface de son œuvre et finit par absorber toute sa pensée. C'est l'influence de Rousseau qui triomphe en définitive, puisqu'elle a appris de lui, comme tous les écrivains de la première partie de ce siècle, à noter la valeur des impressions que donne la nature. Elle a été, en outre, élevée dans ce Berry dont elle comprend la poésie et qu'elle goûte en artiste délicate. La séduction pénétrante des souvenirs
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d'enfance l'amène invinciblement à nous parler de sa chère province : elle sait pénétrer le charme de ses vallées silencieuses, la grâce naïve de ses traditions rustiques et le sentiment populaire dans son langage primitif et sa plus fraîche poésie. Commel'asi bien dit Sainte-Beuve, dans cette partie de sa carrière George Sand a donné à la France ses Géologiques . Certes, ses paysans sont idéalisés, mais ils n'en sont pas moins ressemblants : il n'est pas nécessaire d'être d'une race privilégiée pour sentir le beau et savoir dire comment on aime. La poésie est de tous les mondes, et bien souvent elle est où on ne la soupçonne pas.
Les romans de George Sand sont vrais, en dehors des passages où le lyrisme exagéré succède aux déclamations sociales ; ils sont vrais, parce que sa psychologie, dégagée de toute prétention scientifique, crée des caractères bien vivants. Ceux-ci, en efTet, sont le résultat d'analyses infiniment délicates ; ils ne sont jamais enfermés dans ces formules qui leur donneat de la raideur et de la dureté : au contraire, ils se détachent en silhouettes pittoresques, et ils évoluent continuellement au cours de l'action, tantôt se compliquant, tantôt au contraire se simplifiant de plus en plus, sous la pression des événements extérfeurs. C'est qu'elle a observé la vie: or, dans la réalité, les caractères ne sont jamais
immuables et nettement arrêtés. Par là, elle sort de cet idéalisme dans lequel on veut trop souvent emprisonner son génie, parce que, trop souvent aussi, il faut bien le reconnaître, elle déforme la réalité au gré de son imagination, et pour ainsi dire, malgi'é elle
Mais aussi il faut reconnaître que cette imagination la sert parfois fort bien, en l'aidant à saisir le mouvement des passions, les mobiles d'action les plus cacliés en apparence. Sa fécondité inépuisable est sa seule ennemie : comme elle compose, en général, sans avoir fait un plan, sans savoir où elle aboutira, laissant se dérouler en elle une action à laquelle elle paraît étrangère et dont elle donne seulement la transcription, elle oublie le début du livre où la réalité est très nettement observée. 11 arrive, dès lors, un moment où elle perd pied, ne sachant comment aboutir ou soutenir l'intérêt ; c'est dans ce cas que la fantaisie intervient pour ranimer le récit, soutenir les caractères, mais en altérant les uns et les autres.
George Sand a été l'écho de toutes les aspirations de son siècle : les plus profonds penseurs, les plus grands artistes de notre temps ont exercé sur elle* une influence déterminante. Toutes les manifestations de la pensée contemporaine ont traversé son âme. Aussi, un écrivain qui l'a connue dans les dernières années de sa
vie, Ernest Renan, a-t-il dit avec raison : « Le siècle n'a pas eu une blessure dont son cœur n'ait saigné, pas une maladie qui ne lui ait arraché des plaintes harmonieuses. Ses livres ont les promesses de l'immortalité, parce qu'ils seront à jamais le témoin de ce que nous avons désiré, pensé, senti, souffert ».