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LA POÉSIE NATURALISTE

La fougue et l'exaltation qui avaient caractérisé la poésie romantique tombèrent après 1850 et disparurent d'une façon définitive : Théophile Gautier doit donc vraiment être considéré, ainsi que nous l'avons dit déjà, comme un poète de transition, d'instincts et de goûts romantiques encore, mais qui présage pourtant Tavènement dun art nouveau.

Le romantisme, cependant, eut encore des fidèles, mais si passionnés qu'ils fussent ii se considérer comme ses derniers représentants, il n'en est pas moins évident qu'ils l'ont trahi plus d'une fois ou qu'ils ont subi l'influence des mouvements violents imprimés à la poésie en des sens très divers, par des esprits curieux d'une voie encore inexplorée.

Au nombre de ces fidèles sont : Théodore de Banville et Louis Bouilhet. Certes, Théodore de

Banville a un talent bien original, bien séduisant parfois ; mais clans quel chemin sans issue son romantisme ne l'a-t-il pas engagé : il a voulu faire de la fantaisie, et il en a fait d'étincelante, — mais combien froide et stérile aussi ! Car c'est un tour de force bien étrange et vraiment assez puéril, que de prétendre ramener à de simples difficultés métriques et à des combinaisons de rythmes, les sensations, les sentiments et mêmes les pensées. Quand on se fait une pareille idée de la poésie, on commence par écrire les Cariatides et on finit par les Odes funainbulesques , c'est-àdire qu'on exagère avec le temps sa souplesse d'acrobate jusqu'à déconcerter les plus patients amateurs de semblables tours de force. C'est ce qu'a fait Banville : mais vraiment avait-il bien le droit de se dire romantique, lui dont l'âme fut aussi exempte de tempêtes que son esprit était vide d'idées?

Louis Bouilhet ne se contenta pas de cette apparence romantique : il eut dans le cœur toutes les orageuses passions de 1830 ; il eut l'amour exagéré de l'orientalisme et il adora dans les rythmes cette fantaisie capricieuse qui chez Banville tenait du délire. Les Festons et astragales (1859) sont très significatifs à cet égard. Mais déjà Bouilhet, — comme son ami Flaubert, dont il dut ressentir l'influence, — cherche à s'orienter vers la réalité ; il veut reconstituer la vie romaine dans un petit

conte érudit Mélsenis (1851) qui nous fait songer k Salammbô; il veut aussi rendre la vie contemporaine, adapter la poésie à la science dont les réalités ne lui paraissent pas indignes d'être chantées, puisqu'elles attestent le génie de l'homme. Tout cela, c'est du naturalisme en germe, et si confuse que soit encore l'impression laissée par Bouilhet, on sent en lui, plus nettement peut-être qu'en tout autre à ce moment, quelque chose qui finit, mais aussi autre chose qui commence.

Je ne sais si Charles Baudelaire n'aurait pas aussi quelque titre à se réclamer du romantisme : ce serait, dans tous les cas, en ce qu'il a de moins louable qu'il s'y rattacherait. Il a, en effet, la « pose )) des romantiques vulgaires. Sa plus grande jouissance est d'indigner le bourgeois — 0 haine du bourgeois, que de crimes littéraires on a commis en ton nom ! — Pour y mieux réussir, Baudelaire se fait immoral à dessein ; il étale des détails répugnants, nauséabonds, tout en grimaçant un rire satanique, à la seule pensée delà stupéfaction du lecteur. Le bourgeois aime la vie, la savoure avec délices : Baudelaire, hanté par l'idée de la mort, s'y complaira d'autant plus qu'elle éveillera chez le bourgeois une idée importune. Bien plus, il la peindra en ce qu'elle a d'horrible, dans la pourriture du tombeau... Mais faisons bien attention qu'ici sa manie romantique est

dans un accord parfait avec son propre tempérament.

Car, si sa poésie n'est nullement l'épanphement d'un sentiment individuel, — comme il aurait fallu pour qu'elle fût vraiment romantique, — si elle n'est pas non plus le produit d'une ferme conception intellectuelle, quoi cju'en ait dit Barbey d'Aurevilly, elle tient au naturalisme en ce qu'elle vient, pour une grande partie, des organes des sens, — et ce qui la distingue, entre toutes, — d'une exaspération, d'une excitation contiiiue des sens. Et encore, ici, faut-il distinguer: toutes les impressions produites sur la vue du poète sont médiocres ; Baudelaire n'a rien d'un peintre, comme il convient à un homme qui n'est romantique c[ue par manie. En revanche, l'odorat et le toucher sont exceptionnellement développés chez lui. Ainsi, la mort le frappe d'abord, à la manière d'un Villon, d'un homme du xv® siècle, comme une conception étouffante etquil'opprime. Mais, il est réellement incapable de se maintenir dans celte région supérieure de l'intelligence ; pour comprendre la mort et la faire comprendre, il faut qu'il descende dans le domaine des sens, qu'il touche le cadavre, qu'il en respire la putréfaction. A cause de cela, nous pouvions noter, tout à l'heure, l'accord de son tempérament poétique et de sa « pose » étudiée et voulue.

Il aime à traduire, en des expressions inquié-

tantes, les odeurs qu'il a senties, les contacts délicieux ou désagréables que sa main a rencontrés : voyez ses fleurs définies parle parfum, ses chats, à la fois par le toucher et l'odorat ; vous aurez alors l'impression d'une nature sensuelle organisée avec une délicatesse qui en fait la véritable originalité.

Chez Baudelaire, l'idée s'épanouit le plus souvent en symbole : par là, il excelle à relever les conceptions les plus ordinaires. La forme des vers est, pour lui, l'objet d'une préoccupation extrême : généralement sonore et pleine, elle atteste un art laborieux mais dont la prétention n'est pas absente. Sa facture est assez puissante, en somme, pour avoir exercé sur notre temps une influence qui n'est pas encore effacée.

Théophile Gautier avait, nous l'avons vu, indiqué le premier aux poètes l'art de sortir d'euxmêmes et d'exclure le moi romantique de la poésie lyrique : Théodore de Banville, Louis Bouilhet, Charles Baudelaire avaient travaillé, eux aussi, dans une mesure assez considérable, à affranchir le lyrisme de l'individualisme. Ce fut Leconte de Lisle qui acheva cette tache difficile et délicate. Ame inquiète et désespérée, il ne voit dans le monde qu'un perpétuel écoulement, qu'une succession indéfinie de phé-

nomènes. La mort seule est immuable. Suivez-le, des Poèmes antiques (1853) aux Poèmes harhares (1859), des bords enchanteurs de la terre hellénique, vers les glaces de la Scandinavie, des déserts de la Judée ou des bords du Gange jusqu'au raide escalier des Cordillères ; promenezvous avec lui à travers les religions disparues et les civilisations éteintes, et vous aurez l'impression, très nette, de Féternelle illusion, sans cesse renaissante, par laquelle l'homme cherche à se duper lui-même : rien n'est, en réalité, et Dieu lui-même n'est qu'une forme de l'insaisissable idéal.

Mais derrière ce pessimisme navrant de Leconte de Lisle, ce n'est pas l'impassibilité qu'il fautchercher. Sitout n'est qu'apparence fugitive, cette apparence est belle, au moins, et le poète cherche à en fixer la beauté. Voilà pourquoi ses paysages, radieux, aveuglants même comme le ciel des tropiques sous lequel est né le poète, sont modelés en plein relief, avec quelque chose de cette fermeté marmoréenne des antiques dont il fut toujours l'admirateur passionné. Telle description, par sa précision, fait songer à Homère ou à Théocrite.

Ce n'est pas une marque d'impassibilité non plus que cette effusion de pitié dont l'œuvre de Leconte de Lisle est parfois rapidement traversée : les vivants souffrent ; ils les plaint ; il fait

pour eux appel à la mort bienfaisante, trahissant ainsi les émotions d'un cœur dont il voudrait dissimuler les battements :

Et toi, divine Mort, où tout rentre et s'efface. Accueille tes enfants dans ton sein étoile ; Affranchis-nous du temps, du nombre et de l'espace Et rends-nous le repos que la vie a troublé !

Si toute une âme est dans ces vers lamentables, ils ne sont qu'un éclair aussitôt éteint qu'aperçu. Car Leconte de Lisle ne veut pa& qu'on devine son moi, sa personne, dans les angoisses dont il se fait l'éloquent interprète. Lui-même l'a dit, avec hauteur :

Promène qui voudra son cœur ensanglanté, Sur ton pavé cynique, ô plèbe carnassière !... Je ne te vendrai pas mou ivresse et mon mal. Je ne livrerai pas ma vie à tes huées. Je ne danserai pas sur ton tréteau banal. Avec tes histrions et tes prostituées.

C'est ainsi qu'il s'attache à dérober ses souffrances derrière les souffrances de l'humanité. Le mal dont elle souffre n'est-il pas le sien ! Et, dans cette revue mélancolique des civilisations et des religions, à laquelle il nous convie, ne traduit-il pas l'éternelle déception de ses aspirations et de ses rêves comme des nôtres ? Par là, Leconte de Lisle objective définitivement le

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sentiment lyrique et rompt les dernières attaches de la poésie avec le romantisme.

, Vers 1865, un certain nombre de jeunes disciples de Leconte de Lisle, de Théophile Gautier et de Théodore de Banville, fondèrent, chez l'éditeur Lemerre, un recueil poétique, paraissantpar fascicules et qu'ils intitulèrent le Parnasse. Les parnassiens s'imposèrent de réagir contre la subjectivité romantique en face de la nature, soit qu'ils s'elTorçassent d'exprimer les merveilles de la science moderne ou d'interpréter en les rajeunissant les idées et les symboles antiques. Copier la nature en supprimant tout obstacle entre elle et l'œil qui la voit, c'était lîi vraiment faire entrer la poésie dans le domaine du naturalisme. Mais les parnassiens ne se contentèrent pas d'être naturalistes par le fond : ils voulurent l'être jusque dans la forme. C'est pour cela qu'ils matérialisèrent en quelque sorte la poésie, en attachant à la recherche de l'expression, du çerhe, une importance capitale. Ils proclamèrent alors la nécessité de faire des rimes parfaites, d'employer des mots expressifs, pleins, de ciseler la phrase avec une probité, une conscience d'artistes.

Sans doute, dans cette recherche acharnée d'une facture savante, quelques-uns n'ont réussi

qu'à torturer la poésie par des rythmes bizarres, qu'à étouffer l'idée sous l'éclat trompeur des faux brillants. Mais les Maîtres véritables sont-ils responsables des fautes de leurs disciples maladroits ? Quoi qu'il en soit, il faut reconnaître, chez les chefs de file dn Parnasse, une perfection rare dans l'expression, et qui met vraiment en relief la pensée enchâssée dans le pur métal du « verbe » le plus exquis.

Au premier rang parmi ces Maîtres, plaçons M. Sully-Prudhomme, un philosophe préoccupé, avant tout, de l'exactitude des termes et de la netteté dans les idées. L'influence naturaliste est caractérisée, chez lui, par un ardent amour de la science, qu'avec une concision remarquable, il a su faire entrer dans le domaine de la poésie : son poème du Zênitli est, à cet égard, un incomparable modèle. Si variée que soit la matière qu'il traite, c'est toujours, au fond, une doctrine qu'il formule avec la précision d'un philosophe doublé d'un savant. Le poète latin Lucrèce a été son modèle : il a même traduit le premier livre de son œuvre, apparemment pour assouplir son inspiration au rythme de la poésie philosophique. C'est de là qu'il est parti pour écrire ses œuvres de large et puisssante humanité, les Vaines tendresses [187 6), la Justice (1878), \c Bonheur (1888).

Comme Leconte de Lisle, INI. Sully-Pru-

(Ihomme dérobe soigneusement sa personne derrière ses vers d'une impersonnalité très marquée. Et cependant, il a dû soufiFrir, lui aussi, cet exquis et délicat pessimiste, dont la mélancolie discrète a des larmes pour toutes les déceptions, pour toutes les douleurs humaines. Mais c'est à peine si, par endroits, dans V Habitude, par exemple, transparait quelque chose de sa propre expérience du malheur, qu'il noie le plus ordinairement dans le flot de l'universelle souffrance.

Tout ce qu'il a écrit, en effet, soit sous forme de poème continu, soit en sonnets alternant avec des quatrains, tout ce qu'il a composé n'est que le développement d'une vérité philosophique, qu'une constatation d'un lait de la vie morale ou sociale. C'est dans un cercle, assez étroit d'apparence, mais en réalité immense, inépuisable, que se meut sa poésie toute remplie de notations pénétrantes et qui forcent la curiosité ou l'inquiétude.

Ainsi, dans la Justice, il passe en revue l'univers, observant sans cesse la haine, l'àpre lutte, la sauvagerie humaine : mais, en dernière analyse, après avoir en vain cherché partout la justice, il nous la montre réfugiée dans le sanctuaire de la conscience. Dans l'épopée symbolique du Bonheur, il constate que ni les sens, ni la méditation, ni la science ne sont capables de

nous rendre heureux : le bonheur est, pour hii, placé plus haut; il est, avant tout, dans le sacrifice...

Que quelques vers prosaïques aient échappé à l'inspiration de M. Sully-Prudhomme, on ne saurait vraiment en accuser que l'introduction, récente encore, dans la poésie, des choses de la science. Mais vraiment, cette inspiration subtile et évocatrice s'allie avec une telle puissance de composition et de clarté, que M. Sully-Prudhomme est et restera, à juste titre, l'initiateur incontesté des poètes attachés à la théorie du naturalisme scientifique proprement dit.

L'évolution de la poésie contemporaine n'a pas seulement abouti à la forme scientifique du naturalisme : elle s'est encore appliquée à rendre les aspects divers de la vie de chaque jour, dans sa réalité la plus absolue.

M. Eugène Manuel fut le premier qui chercha à nous faire pénétrer, en de petits tableaux délicats et d'une fine discrétion, dans l'existence familière des gens du peuple; il rend avec émotion les scènes de mœurs observées dans la rue ou dans les ateliers ; certains de ses coins parisiens sont vraiment exquis. Cependant, sa forme est encore toute classique; de plus, la sensibilité, grâce à laquelle, dans ses Pages ijitimes (1866), ses Poèmes populaires (1871), il pénètre au fond des âmes pour en panser les plaies, provient

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chez lui d'une certaine conception idéaliste : or, cette conception dérobe souvent au lecteur les figures que le poète a eues sous les yeux, et c'est elle seule que l'on voit alors. M. Eugène Manuel ne tient donc qu'à demi à la poésie naturaliste familière.

Plus hardi est M. François Coppée. Avec modération et tact, il a débuté en réintégrant dans la poésie la personnalité lyrique du poète, par exemple dans le Reliquaire (1866), recueil d'une mièvrerie un peu affectée, mais qui n'en, prouve que mieux la souplesse du talent de l'auteur. L'influence naturaliste est très nettement marquée chez lui, et cela tient, en partie, au milieu dans lequel il a d'abord vécu : les petits bourgeois, les petits marchands, le peuple des faubourgs, voilà ceux qu'il a coudoyés dans, sa jeunesse laborieuse et pénible, et auxquels il n'a cessé d'être fidèle. Il a senti la paix de leurs plates intimités, et il a pris plaisir, avec eux, aux insouciantes envolées du dimanche, vers les horizons de la banlieue parisienne. A ces contacts d'une banalité assez ordinaire, son esprit s'est insensiblement habitué, et M. François Coppée dans les Humbles, dans Promenades et intérieurs (1872), a dégagé sous une forme pénétrante et délicate, la poésie de la vie des petites gens, l'harmonie des spectacles naturels les plus modestes. — A juste titre, peut-être lui a-t-on

reproché de manquer de souffle et d'ampleur. Mais un courant de si large sympathie, de pitié si sincère, circule à travers son œuvre, qu'on serait mal venu de lui reprocher ce qui n'est guère, — on peut le croire du moins, — qu'un procédé littéraire pour accommoder son inspiration aux sujets qu'il traite. On doit donc savoir gré à M. François Coppée d'une tentative courageuse autant que pleine de périls : il a réussi à faire entrer définitivement la poésie dans le domaine du naturalisme; la tâche était assez difficile pour qu'on en puisse considérer les résultats dans leur ensemhle, sans s'arrêter aux détails d'exécution.

Plus accentuée encore est la note naturaliste, dans la Chanson des Gueux (1876) et dans la Mer (1886) de M. Jean Richepin. Cet héritier de Villon sait peindre en traits d'une vérité saisissante, — parfois même poignante, — toute la misère des truands de Paris, des vagabonds, des marins. L'argot de tous ces gueux, de ces loups de mer, est reproduit en une langue richement rythmée, martelée parla main puissante d'un artiste, fidèle observateur des réalités les plus difformes, auxquelles il sait donner un intérêt de sentiment qu'atténue la crudité de son réalisme.

C'est en vain que M. de Hérédia, un échappé

du Parnasse, cherche à renouer quelque chose de la tradition romantique, en emprisonnant un sujet mythologique ou historique dans chacun des sonnets éclatants qu'il a réunis en 1893, sous le titre de Trophées : M. de Hérédia est un attardé, un disciple de Théophile Gautier ; il lui emprunte cette fermeté dans le dessin, cet éclat dans les couleurs qui donnent à sa poésie, par leur particularité même, l'apparence d'un art plastique. C'est un ciseleur d'une incomparable habileté, mais qui ne fera point école, quoi qu'en puissent penser ses admirateurs.

En poésie, comme en toute autre conception littéraire, l'avenir est au naturalisme, élargi, attendri de néo-christianisme ou de symbolisme, si l'on veut, mais qui n'en reste pas moins le centre de tout le mouvement auquel nous assistons aujourd'hui.

Les néo-c/u-êtiens, comine on les appelle, semblent bien, aux regards superficiels, réagir contre cet entraînement, par les délicates et naïves idylles bibliques, par les légendes idéales qu'ils mettent à la scène. Et l'on cite M. Maurice Bouchor, dont les drames joués par des marionnettes, représentent Tohie, Noël, la Légende de sainte Cécile, en des vers délicieusement mystiques et transparents comme les dentelles d'une nappe d'autel. ^lais qu'on y regarde de plus près, et l'on verra comment cet idéalisme se combine

avec le naturalisme naïf des anciens Noëls de nos trouvères et parfois même de nos vieux conteurs.

Quant aux symbolistes, ils eussent pu rendre quelques services à la poésie, en réagissant contre le « verbalisme » exagéré de certains parnassiens. Mais, il eût fallu un autre talent que celui de M. ■Mallarmé pour accomplir une pareille tâche : l'obscurité est son moindre défaut, comme celui de presque tous les adeptes du « symbolisme ». — Je mets cependant bien à part, dans ce groupe, un poète de réelle valeur : Paul Verlaine. Son œuvre, toute remplie d'angoisse mystique et de naïveté dans le sentiment, est composée, àe^nis Paj-allèlement (1889) en remontant jusqu'à /«(//s et naguèt'e[\.S^o) el']\\s(\y\h. Sagesse (1881), avec un art compliqué, savant, mais qui n'en laisse pas moins une impression très vive, de naturel et de tendresse vraie.

Au milieu du travail prodigieux qui s'accomplit en ce moment dans la poésie, au milieu de l'encombrement des tentatives multiples opérées par de très nobles esprits, pour s'engager dans des voies inexplorées, il est bien difficile de s'étendre longuement sur les essais intéressants de M. Henri de Régnier, de M. Yiélé-Griffin ou de M. de Montesquiou. A peine peut-on s'arrêter un instant sur le nom de M. Cazalis dont le pseudonyme littéraire est Jean Lahor. Historien de la littérature hindoue, Jean Lahor est un poète

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panthéiste, dont le pessimisme douloureux, inspiré du boudhisme,. lui a dicté, sous ce titre, Vlllusion (1888), des chants d'une navrante et poignante énergie.

Ce ne sont là, du reste, que des indications, et les symbolistes, non plus que les « lomanistes » qui voudraient nous ramener à la langue de Ronsard et de ÎNIarot, ne feront jamais prévaloir leurs doctrines. Rien de bien net ne se précise encore, pas plus du côté des Jean Lahor, des Henri de Régnier, des INIontesquiou, que dans le groupe des poètes rustiques qui marchent èi la suite de MM. André Lemoyne, François Fabié et André Theuriet : un naturalisme vigoureux et sain inspire les œuvres de ces derniers, sans que leur poésie paraisse autre chose cependant qu'un essai sincère, généreux, mais isolé.

Et pendant ce temps, dans la versification, les vestiges des anciennes règles semblent disparaître peu à peu. Le type du vers classique est bien mort. On cherche à combiner des rythmes nouveaux, à assouplir encore le vers. Les plus téméraires vont même jusqu'à franchir la limite des douze pieds imposés aux vers les plus longs, jusqu'à supprimer la rime... Peut-être oubliet-on beaucoup trop que la parfaite raison est l'ennemie de toute extrémité. Quoi qu'il en soit, sachons attendre : avant peu, très probablement,

nous verrons quelque chose se dégager de tant de confusion, et la victoire, n'en doutons pas, restera aux fervents du sens commun.

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