‹ Le biscuit de Sevres au XVIIIe siecle (volume 2)Chapitre 4 sur 17 · MADAME DE POMPADOUR ET FALCONET · texte numérisé non relu

MADAME DE POMPADOUR ET FALCONET

En 1753, Madame de Pompadour règne sur la France et de préférence à Bellevue dont le Roi lui a fait hommage à la fin de l’année précédente. Louis XV s’ennuie à Versailles : les résidences à travers lesquelles il promène, suivant les saisons, son ennui, Choisy, Fontainebleau, Compïègne, quoique restaurées à son goût, ne lui suffisent pas. Il semble qu’en l’attirant sur ce coteau, occupé par un couvent de Capucins, d’où la vue embrasse les méandres de la Seine, domine la capitale et découvre en

arrière les vallons boisés de la route de Versailles, la marquise ait cherché la transition entre Paris, le séjour de sa jeunesse, la ville de l’esprit et des arts, et la demeure officielle des Rois, dont l’héritage, véritable fardeau pour son amant, lui a procuré la puissance.

Sur une terrasse appuyée aux rives de la Seine, l’architecte Lassurance a élevé une maison de plaisance plus coquette que somptueuse, composée d'un rez-de-chaussée et d’un premier seulement, toute en hautes fenêtres faites pour laisser largement entrer l’air et la lumière, pour donner le libre spectacle du dehors. Le fournisseur ordinaire du nouveau règne Lazare Duvaux a multiplié dans l’intérieur, décoré par Brunetti et orné des tableaux du Cabinet royal, les meubles d’art, tables en laque garnies de bronze doré, pendules et girandoles en saxe, commodes en vernis Martin ou en chêne, lanternes ciselées pour les escaliers, grands bras de lumière ornés de fleurs de Vincennes, feux de bronze dorés représentant l’Amour et une vestale, Apollon et la Sibylle. Sur les encoignures en bois de rose sont groupés des vases rares de la Chine, des magots et des pagodes, et les porcelaines de la Manufacture de France commandées spécialement aux associés, pots pourris, services de table ou de toilette. Les principaux appartements sont pour le Roi et « Madame », comme l’on dit, avec des chambres pour les ministres, créatures de la marquise, et pour ses familiers, avec les salles de compagnie aussi, et la salle de spectacle destinée à ces représentations par lesquelles Madame de Pompadour excelle à distraire l’ennui du Roi.

Il y a trois ans à peine, alors, que cette demeure charmante est achevée : comme une souveraine fatiguée déjà des hommages d’une cour trop nombreuse, la marquise s’est fait construire à côté, sur l’éperon du plateau, une retraite à elle, un de ces riens élégants et discrets que veulent ses contemporains, bagatelles, babioles ou brimborions. Les plus intimes seuls sont admis à Brimborion, financiers à qui la dame du lieu marie ses petites cousines, les Bouret, les Montmartel ; acteurs de ses comédies, MM. d’Ayen, de la Vallière, de la Salle et grandes dames attachées à sa fortune, Mesdames d’Estrades, de Brancas, de Lauraguais.

Un instant on a pu croire que, cessant d’être la maîtresse, abandonnée

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