‹ Le biscuit de SèvresChapitre 3 sur 9 · LA · texte numérisé non relu

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N des amis de Sèvres qui contribua le plus au progrès et à la vogue de la Manufacture, l’académicien d’Hulst, signalait, en 1752, à son directeur Boileau la nécessité d’apporter plus de perfection encore aux ouvrages de sculpture, et, pour y réussir, de mettre un chef qui, dans les ateliers, donnât à ces statuettes « le coup de maître ». Le choix qui fut fait, pour répondre à ce vœu, d'Etienne Falconet, a déterminé le caractère et la fortune du biscuit de France. Pendant plus de dix ans, le maître, obligé de nourrir une famille nombreuse, mais élève de Lemoyne et émule de Pigalle, a fourni à la Manufacture ses plus belles œuvres, le meilleur de son temps et de son génie. La plus grande partie de sa production artistique, à l’époque la plus féconde de sa vie, s’est confondue avec la production du biscuit de Sèvres, à laquelle il a donné, sans jamais la signer, son impulsion et sa marque. Dans son atelier de Paris il a imaginé presque tous les modèles que la sculpture en porcelaine de Sèvres a édités de 1756 à 1757. Aux ateliers de la Manufacture, il en a surveillé chaque semaine l'exécution, avec le concours de jeunes artistes qu’il a inspirés et formés : Liance, Huet, Leclerc, Tristan, Duru, Le Riche, Perrotin. L’inspiration générale se ressent de l'influence de Boucher. Elle est abondante et variée, spirituelle et légère. Mais le dessin et la forme demeurent d’un maître qui, devant ses confrères de l’Académie, définissait sa manière « l'étude la plus profonde des sculptures antiques, la connaissance la plus parfaite des muscles, la précision du trait ».

C’est bien là le mérite de ces groupes de nymphes, d’enfants, de la Pêche, la Chasse, Léda ; de ces figurines célèbres comme l'Amour et son pendant, la Baigneuse et sa réplique, d’un chef-d'œuvre comme le Pygmalion. Le ciseau de Falconet, par ces œuvres, a consacré le biscuit. Mais il a su ne pas le dénaturer, lui conserver son caractère à la fois de bibelot et d'œuvre d’art. L’Académicien n’a pas craint de continuer, avec Boucher, cette série de petites statuettes d'enfants qui, dans les séries de la Maison, portent désormais son nom; toute une galerie de silhouettes paysannes et de types populaires, tels que la société du temps se plaisait à les voir au théâtre : le Petit Sganarelle, le Petit Faucheur, la Faneuse, la Fermière, le Pâtissier, les Joueuses de Guitare et de Castagneïtes, le Veilleur, les Savoyards. Il les a groupés encore dans des scènes de village, dans la série des plaisirs champêtres : le Tourniquet, la Loferie, le Montreur de Chiens savants, les Buveurs de Lait. Un biscuit demeure, pour ce grand artiste, ce qu’il doit être, une occasion de sourire. II redira des contes de La Fontaine : le Sabofï cassé, la Feuille à l'envers, les Trois Contents. Atlentif, pour plaire, aux goûts de la société, il notera les danses à la mode à l'Opéra, Ia Danse héroïque et le Pas de Cinq, réglés par Vestris et La Guimard à la manière nouvelle de 1760, dans le monde qui se plaît aux Allemandes récemment importées. Chaque année, son ciseau suivra les succès des comédiens, artistes de l’'Opéra-Comique et de la Foire, les saynètes sentimentales, les parodies et les vaudevilles de Favart, de Vadé et de Poinsinet, de Sedaine, de Philidor et de Monsigny : le Maître d'Ecole, l'Amour Précepieur, Annette et Lubin, la Bohémienne, On ne s'avise jamais de tout, la Fée Urgèle, l'Oracle, Y Ecosseuse.

La collaboration, pendant dix ans et plus, de ce maître à qui l’Académie ne fit point oublier les conditions de son talent, réglé par la matière et le goût de son public avec des ouvriers d’art devenus à son école de véritables artistes, a produit à Sèvres ce qu’il y a eu de mieux en ce genre, bibelots encore par leurs proportions et le sujet, mais objets d’art par la perfection et la grâce.

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