Lois dn 22 décembre ITSS, IS février et 4 mai
2, Histoire du Blanc, par M. le docteur Gaudon.
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JalouBie que le temps et la force des choses parvinrent seuls à éteindre. Ainsi, les corps administratifs étaient établis dans la partie haute, la plus peuplée alors. Les habitants delà partie basse en conçurent de l'ombrage, et le 18 prairial an V (6 juin i797). Us présentèrent à la municipalité une pétition, dans laquelle ils lut demandaient de tenir invariablement ses séances dans la maison des Augustins. Après mûre délibération, la municipalité déclara le 27 juillet suivant, qu'il serait impolitique de changer l'ordre de choses étabh ; mais comme le local de ses séances offrait de grands inconvénients, elle décida d'aller s'installer sur le quai du port, dans la maison du citoyen Giberton, qu'elle afferma à cet effet, moyennant 120 livres par an.
La ville basse, en revanclie, possédait au premier étage du couvent des Augustins une bibliothèque publique dont l'organisation, sinon la création, remonte au 23 thermidor an V (10 août 1797). Son règlement, très-complet, que j'ai lu dans les registres des déhbératioQS municipales, me porte à croire que cette collection qui, hélas, a disparu, avait une certaine importance. Qu'est devenue, notamment, la bibliothèque du château de Bélibre, dontle Conseil général de la commune avait, dès le 5 septembre 1793, demandé le dépôt h la maison commune, pour servir à l'instruction des habitants du district? Aujourd'hui les livres de la ville du Blanc occupent deux ou trois rayons au fond d'une armoire et on les emporterait facilement dans une malle de voyage.
Les regiBlrea des paroisBes. — Serments cMiiues. — Les religlenaea de rbfipital soub Ir Terreur. — Soumiasioa aux lois ; serment eoDdIllonnel ; prêtres réfractalrea. — La Tahrigne de Ssini-GjrMi : Ea pauvreté. — Descente des cloches ; destmotion des oroii ; tgrmelnre des églises. — Transformation du oouïent des Augustlns ; dêmoimon de la flèche ; fabrique de salpêtre ; clubs ; prisons. — Château. — Portes de ville.
E plus ancien registre municipal que J'aie pu retrouver remonte seulement à l'année i79S, et sa première page constate un fait important pour le clergé et la municipalité. Il s'agit de la prise de possession, par l'autorité municipale, des cahiers des paroisses qui existaient h cette époque, de SaintrCyran, Saint-Étienne et Saint-Génitour, accompagnée de l'inventaire de ces cahiers, qui fut dressé par le maire et le procureur de la commune, le 29 octobre 1792.
Les curés, de temps immémorial, mus surtout depuis le XVI"* siècle, constataient les naissances, les mariages et les décès de leurs paroissiens sur des registres qu'ils déposaient ensuite aux greffes des bailliages. L'Assemblée nationale, par son décret du 25 septembre 1792, leur retira ce soin et confia exclusivement aux municipalités la tenue des actes de l'état civil. Ce décret porta un coup sensible h l'influence du clei^é. II consacra la séparation de rétablissement reli^eux et de l'autorité
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politique. Les prétrea n'eurent plus & exercer que des fonctions sacerdotales.
Le 29 octobre 1792, à huit heures du matin, le msire du Blanc, accompagné du procureur de la commune et assisté du secrétaire-greffier, se transporta chez les citoyens curés de la ville ; 1&, il dressa l'inventaire des registres de baptême, de mariage et de sépulture qui se Irouvûent entre leurs mains ; après quoi il les emporta à la mairie.
Seize registres furent saisis chez le curé de Saint- Ëtienne. Le plus ancien remontait au 13 novembre 1669. À Saint-Génitour, on trouva vingtrsept liasses, dont la plus ancienne commentait au 1" mai 1603. Saiot>Gyran possédait soixante-neuf cahiers ne datant que de 1707. Le dernier acte insent par le clergé, au Blanc, le flit par le curé de Saint-Étîenne, le 27 octobre 1-799.
En môme temps qu'on dépouillait le clergé de ses antiques attributions, on exigeait de chacun de ses membres une garantie sur laquelle je n'ai pas à m'expliquer ; j'entends parler du serment civique. Il y avait, dans chaque é^se paroissiale, un livre particulier sur lequel le secrétaire-grefQer de la municipahté écrivait aara frait, la prestation de serment du curé et des vicaires '. Le sermeqt devait être prêté le dimanche, & l'issue de la messe paroissiale, en présence du Conseil général de la commune et des Qdëles *.
1. Décret dn M tout 1790 t\p la eolulitalion c4tUb da dersé. 3. Loi do 26 décembre 1190.
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lieSijSQvierlTdSilecitoy^Claud&JosephD**, vicaire de Saint^Génitour, déclara &u gceff& de U Maine <[u'il avait l'intention de prêter le serment civique. Le 37 du même mois, le Maire et les membres du Conseil général de la commune se transport^reot solennellement en l'église Saint-Géniteur, à 10 heures du matin, & l'iseue de la messe paroissiale, célébrée par le citoyen curé, hk le citoyen D'" prêta en leur présence et devant les paroissiens, le serment de « veiller avec soin sur iee fidèle» de 11 ladite paroisse dont il partageait la direction, de ren^lir » tes fonctions avec exactitude, d'être fidèle à la loi ». A la suite du procès-verbd de cette cérémonie, on lit eu ct^aptères imparfaitement effacés : «De maintenir de tout M ton pouvoir la canêtitution décrétée par t Assemblée natiit- » noie et acceptée par le Soi. » Le Roi, sept jours auparavant, avait été ^illotiné et la nouvelle de sou exécution était à peine parvenue h la connaissance des autorités du Blanc.
Le 3 mars 1793, un second vicaire de Saint-Génitou? prêtait serment dans les mêmes conditions.
Le 23 nivôse an U, 12 janvier 1794, Marguerite G'" et Oabrielle V"", sœurs de la congrégation de la Providence de Saumur, employées & l'hôpital du Blanc, jurèrent & leur tour, « d'obéir à la natio et à la loi, de maintenu- la » liberté et légalité et de les défendre au péril de leur vie. » — Il est. intéressant de remarquer qu'à ce moment la terreur était & son comble. On se souvient aussi que le décret du 18 août 1792 avait supprimé toutes les congrégations religieuses et, dès lors, on peut s'étonner
IS LE BLANC ET SA MUNICIPALITÉ
(Je la présence tardive des relipeuses de Saiimur à rbdpital du Blanc. L'explication de cette apparente anomalie se trouve dans l'article II du mâme décret, qui avait admis une excefition en faveur des congréganistes des deux sexes employés dans les hôpitaux et maisons de chanté. Ceux-là eurentla faculté de continuer à servir les pauvres et soigner les malades, mais à titre individuel seulement
Le 21 germinal an II (10 avril 1794), trois frères, l'un ci-devant curé, les deux autres ci-devant Bernardins, sans vouloir prêter le serment civique, déposèrent entre les mains du Conseil général leurs lettres de tonsure, sous-diaconnat, diaconoat et prêtrise, en déclarant qu'ils n'exerceraient dans aucune commune du district les fonctions sacerdotales.
Le S4 germinal (13 avril 1794), je note le serment de Jeanne de C", Marie-Anne D"", et Marguerite G™, exreligieuses de l'abbaye de Loogefond, maison du ci-devant ordre de Pontevrault. Ce serment devait avoir pour but de conserver à ces religieuses la peosion qui leur était fournie h. titre de secours ou d'indemnité depuis la suppression de leur ordre.
Plus tard, le 15 messidor an III, (3 Juillet 1795), ua prôtre, Philippe D*", déclara àlamunicipalité qu'il se soumettait aux lois de la Elépublique et demanda la permission d'exercer son ministère dans les édiûces destinés h, la célébration des cultes, dont la commune était en possession au premier jour de l'an II. Cette soumission et cette demande nécessitent uue explication. On sait qu'au
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mois de novembre 1793, le culte catholique avait élé aboli et remplacé par celui de la Saison. Comme conséquence, la municipalité du Blanc, le 18 pluviôse an II (6 février 1794), sur l'ordre du Directoire du district, avait opéré la fermeture des églises, considérées comme bien national. Mais, après la chute de Robespierre et la fameuse insurrection du 1" prairial, la Convention, par la loi du 11 prairial an III (30 mai 1795), autorisa les habitants des communes h. se servir de nouveau, pour l'exercice de leurs cultes, des anciens édifices religieux qui n'avaient pas été aliénés. Aux termes de la même Ipi, il suffisait, pour exercer le ministère d'un culte quelconque dans ces édifices, d'avoir préalablement déclaré où l'on entendait l'exercer et d'avoir, dans la forme que je viens d'indiquer, fait sa soumission aux lois. On assista alors, non pas au Blanc, mais à Paris notamment, à un étrange spectacle : les offices catholiques se célébraient jusqu'à une heure déterminée dans les églises qui, aussitôt après cetts même heure, étaient livrées à d'autres pratiques, h celles, par exemple, du culte de la nature, suivies parla secte des Théopkilanthropes.
En juillet 1795, deux autres prêtres font leur soumission. On remarque ensuite, dans ce même ordre de faits, une délibération municipale, barrée et annulée, et qui par cela môme, est d'autant plus intéressante aujourd'hui. Elle est datée du 17 messidor an III (5 juillet 1795); je la reproduis textuellement : « Aujourd'hui, 17 messi- » dor, l'an 3"' de la République, le Conseil général de » la commune du Blanc en séance publique et perma-
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» nento, est compara Antoine-Alexis X***, prttre, lequel» » déclara qu'il se propose d'exercer dans l'étesdua do » cette communs le mimstèrs du culte connu sous la a décooiiiiation do Caikoliqvt, Apoitolique et Romain, m tans vouloir Jamais se prêter i rien de ce gui pourrait )* M être coTttraire quant au civil et au politique, et a » requis qu'il lui fioit décenié acte de sa soumissiou aux » lois de la République et a signé sa soumiasion, de » laquelle déolaration il lui a été décerné acte, conformé- M tuent & laloi du 11 prairial an III. »
Les signatures habituelles ne sont pas apposées au baa de cet acte singulier, demeuré & l'état de projet, parce qu'il ne sembla pas, aux yeux de la municipalité, réaliser le vœu de la loi sur la constitution civile du clergé. ÛQ lit en marge : « Déclaré nul et non avenu par » ia municipalité, le 1* fmotidop (31 août), et il a été » écrit audit X"** le dit jour, pour qu'U eût \ faire sa sou- » mission sous les peines portées par la loi du tl prai- » rial dernier, n Deux mois "après, l'abbé X*" faisait sa soumiasion pure et simple ; mais il se ravisait tûentât et nous le retrouverons au nombre des ecdésiastiquea condamnés & la récluaioii.
De juillet 1795 h. juin \1^, dans la commune du Blanc, vingt-trois prêtres obéirent aux pi-escriptions des lois révolutionnaires ; mais il est juste de faire remarquer qu'un certain nombre d'entre eux figure à différentes reprises dans les registres, pour renouveler un serment déjà prêté, conformément à la loi du 39 fructidor imV.
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J« oote, ea paaaul. une autre exigence h l'âgard du clergé. Le 13 Juillet 1796, od lui iajpoaa l'usage du OAleodrier républicain- Tous lea ecclâaiasti(iue8 n'étaient pat d'humeur ausai accommodante que ceux dont Je \ieni de parler- Je trouve dans une délibération du 18 avril 1793, un tableau des prêtres non letnnentét, domicàliéa daoa la commune du Blauo. Ces prêtres étaient MM. Ijouia Guider, Cbappellet et LafT&ire. Plus tard, le premier jour complémentaire de l'an V (16 septembre 1797), la munioipalité ordonna de tranaférer dana le plus bref délai, avec les ménagements que la loi commande, en la maison de réclusion de Gb&teauroux, trois prêtres : MM. Cbappellet-Fontvieîlle, Pelacoux-Manvault et François Bus- Bon de l'Age. M. Delaooux-Marivault déclara h l'agent municipal cbargé de l'exécution de cette mesure qu'il était prêt à le suivre et ne demandait que le temps de ramaeaer les effets qui lui seraient nécesatûres en prison. M- ChappeUet-FontvieilIe répondit qu'il eftt bieu voulu obéir ; mais que ses inârmités ne hii pennettaient pas d'aller à cbeval ni même en voiture et qu'il produirait un certificat des ofûciers de aanté qui le soignnient. Il dut rester au Blanc. D'autres prêtres furent encore inquiétés. Un arrdtédu Smessidor An VII (36 juin 1799), nous apprend qu'& cette date la maison des Augustins servait de prison aux prêtres insoumie et radus.
Nous venons de voir la municipalité substituée au dergé dans la tenue des actes âe l'état dvil; elle va maintenant interwatr dan» l'admimstratioii des biens
ïî LE BLANC ET SA MUNICiPALlTé
temporels et des revenus des paroisses.. Le 13 mai 1793,
la municipalité examina les comptes du citoyen François CoUin, ci-devant procurer fabricien et administrateur de 'la paroisse de Saint-Gyran. Il résulta de cet examen que depuis le 3 juin 1786 jusqu'au l" septembre 1792, la dépense de la fabrique s'était élevée à la somme dé 383 livres 16 sols et 9 deniers, tandis que la recette n'avait pas dépassé 242 livres 3 sois et 9 deniers. Cette fabrique n'avait pour toutes ressources, paralt-il, qu'une rente de 18 livres, due par les héritiers Bernard-Mauvise et la location des bancs et des chaises. La municipalité dut même, lé 23 juillet 1793, avancer une somme de H2 livres 2 sols, au citoyen Lajuverni, ciergier, pour l'entretien du luminaire de Saint-Cyran , depuis le 10 août 1791 jusqu'au 23 décembre 1792. Le 2 brumaire an III (11 novembre 179i), la commune afferma le cidevant presbytère de Saint-Étienne avec le jardin et lu, vigne qui en dépendaient. Le droit de couper l'herbe des cimetières faisait également l'objet d'une location.
Les monuments religieux, au Blanc, eurent leurs vicis situdes aussi bien que la religion et le clergé. Le couvent des Récollets devint une caserne de volontaires rassemblés pour veiÛer à la sûreté publique (25 mai 1793). Cependant, on y respecta le logement occupé par le curé de Saint-Cyran. En juillet 1799, une centaine dé prisonniers de guerre occupèrent le même couvent.
Le 18 septembre 11193, le Conseil général exécuta les ordres du district qui lui avait enjoint de faire des-
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cendre, dans le délai de viugt-quatre heures, toutes les cloches de la ville. Toutes ces cloches étaient destinées & être fondues, soit pour frapper de la monnaie, soit pour fabriquer des canons. Le Conseil général avait convoqué les charpentiers du Blanc et ceux-ci, pour descendre les cloches, demandàrent d'abord SOO livres, puis 480. Le Conseil jugea cette prétention exorbitante et il trouva plus simple de procéder par voie de réquisition. Six ckarpentiers durent, pour commencer, se transporter le lendemain matin à Saint-Génitour.
Le 8 frimaire an II (8 novembre 1793), sur la rédamation de la Société populaire, la municipalité nomma des commissaires qui eurent pour mission de faire abattre toutes les croix existant dans la commune, et d'enlever les ornements des éghses, notamment les galons d'or et d'argent qui durent être portés au Directoire du district et ensuite vendus au profit des indigents. Ces mesures ne furent, sans doute, qu'imparfaitement exécutées, car elles furent l'objet de plusieurs délibérations ultérieures.
Le 18 pluviâse an II (6 février 1794), ainsi que je l'ai déjà dit, le Conseil général se transporta dans les différentes églises, en fît fermer les portes, et se saisit des clés, après avoir fait sortir préalablement les chaises et autres objets appartenant aux particuliers.
Le 38 floréal an III (18 mù 1795) le Conseil général décida l'établissement d'une horloge dans le clocher de SainUCyran, point cuhninant de la ville. J'ignore si cet utile projet fut jamais exécuté; il n'existe, en tout cas, aucune trace de cette horloge ai^ourd'hui.
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De tous les édifices religieux du Blanc, le couveat dee AugusUns fut celui qui subit les plus profondes modiflcatioQS et les appropriations les plus diverses. Dès le 3 novembre 1789, un décret de l'Assemblée nationale avait mis les biens ecclésiastiques k la disposition de la natioû, et le gouvernement, pressé par la nécessité de satisfaire ses créanciers, avait ofdooné la vente de 400 millions d^ biens du domaine de l'Église. Le couvent ée% Augustms fut mis eu adjudication devant le Direotoire du district, le 30 mai I79â ; la ville dti Blanc s'en rsndU adjuâicataire. Dans une délibération du 9 novembre de la même année, elle nous initie h ses embarras flnanciers et cherche le moyen d'effectuer le premier paiement de son acquisition. Il fUt décidé qu'on vendrtut, jusqu'à concurrence du premier terme, les portions du couvent qui n'étaient pas indispensables à la commune. Le 4 mars 1793, la ville détermina les portions sacrifiées. G'étiùent l'wicienne écurie, le hangar avec une partie correspondante de la cour, le parloir et le portail, monté en pierres de taille.
Le A août 1793, le Conseil général décida que les dépenses nécessitées par l'entretien de la maison commune étant considérables, il importait de se défaire de tous les obj ets inutiles et dan gereux. La fièche du clocher des Augustiiis menaçait ruine et fatiguait la charpente par sou poids ; on la fit descendre. On démoht sur trois faces le cloître, dont la couverture et la charpente étaient dans un état de dépérissement complet; on en vendit les matériaux. Le Conseil décida, également, la conversion de
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réglige en halle ; à cet effet, il Qt ouvrir k porte principale doniuiDt accès d«ii3 le nouvel établissement, fit démolir le« autels et leurs degrés. Uae seconde porte fut ouverte dans la gouttiàre du côté du dottre, pour aller it la grande porte. On ouvrit une troisième porte dans la gouttière de k maison conventuelle pour entrer dans le prAtoire, Les travaux nécessités par la démolition de la Sèche furent adjugés, le (1 aoûtl793, au citoyen Gnédin, moyennant 60 livres; mus le Conseil se réserva expressément le coq qui surmontait le clocher. La démolition du cloître fut adjugée le 25 août «93.
Le 6 février 1794, le citoyen Droux, commissaire de la régie nationale des poudres et salpêtre, afferma pour trois ans, moyennant 300 livres, le cellier, la cour, le jardin et le corridor ayant vue sur le Jardin du couvent, aâo de s'y livrer & la fabrication du salpêtre, si importante & cette époque.
Le 36 Janvier 1798, la halle fut définitivement installée dans l'église, au milieu de laquelle on plaça le poids national. Il existait alors trois chapelles. On ouvrit une porte cochère'dans celle du milieu et les deux autres itirent converties en boutiques. Aujourd'hui, la vieille église abrite encore les trétaux des bouchers et si cette vulgaire destination peut froisser le sentiment religieux, il faut avouer que l'art ne trouve rien & regretter dans la nudité glaciale de ce monument sans caractère. Quelques rares vestiges de sculptures représentant un feuillage tÛBé, indiquent l'ogive d'une porte du XVI' siècle. Un petit socle orné d'une sitnple moulura et d'un écuBSon
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Bans armoiries, qui devait supporter une statuette, forme saillie dans les murs. Au-dessus de l'emplacement du maître-autel, dans le pignon Est, U existe encore une inunense baie ogivale, béante et coupée de minces colonnettes ; elle rappelle celle de l'église des Gordeliers, & Ghftteauroux; mais les vitraux qui l'ornaient oat totalement disparu.
Au mois de mars 179f), sur la pétition de plusieurs citoyens, l'administration municipale autorisa l'établisBement d'un cercle constitutionnel dans une des salles des Augustins, h la condition que la constitution et les articles organiques seraient respectés par ses membres. J'fd déj& dit que la société populaire et la bibliothèque de la ville étaient installées dans le couvent. Uu poste de gardes nationaux y avait été établi et on l'orna extérieur remeat du trophée d'armes qui décorait l'arbre de la liberté de la grande place, quand cet arbre fut abattu.
Le 8 messidor an VU {26 juin 1799), une partie du couvent fut convertie en prison destinée & recevoir les prêtres insoumis et reclus. Quelques vieillards se souviennent encore d'avoir vu ces figures vénérables apparaître & travers les barreaux des fenêtres qui donnent sur la Cow aux Moines, où est actuellement installé le tribunal. Je signale, en terminant, la présence ,de OQze cents prisonniers de guerre dans la halle (andenne é^se], où on les avait installés provisoirement lors de leur passage, le 17 octobre 1799.
Un mot encore, en dehors des édifices religieux et pour compléter cet historique monumental. Le cb&teau devint
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une sorte de geôle destinée h. loger les prévenus. Ils y occupaient une des salles situées au-dessus de la rivière. En 1798, les anciennes portes de la ville furent démolies. Ellles menaçaient ruine et devenaient dangereusesi par suite de la chute des pierres qui s'échappaient des cintres. Ces portes étaient fort étroites et fort basses; elles s'opposaient au libre passage des voitures et charrettes qui, pour les éviter, devaient faire de longs détours.
Certifieita de cirlsme et de rËaidenee. — Ub diplomate ; lettre de Bunbonif ; *ermenl prêté pu proevreur. — La 1<» dea Hupeot* d'après Merlin et Chaumelte. ~- Portrait d'une jeune aristocrate. — Troubles en Vendée ; mesures Bévëres contre les suspecls ; modéraUoD de la municipalité ; elle refuse de violer le seeret des lettres ; elle rend le* luspei^ &la liberté. — Anivéede LqeoneauBlaao; redoublement de rigueur coolre les snspects ; allfn^iBlives d'indulgence et de sévérité. — Acte oonsUlutiounel du 2* juin 1793 ; l'élargi sse ment dËDoitit dea suspects en est la conséquence.
mis avDQs Yu de quelle fac<Mi rwitorilé rjvolutrânoaire prétendait courtier sous sa domï- I nation le (dergë fmaçais. Les fondioraiaires publics, et, pour dire 'vrai, la masse entière des citoyens, subissaient aatantqueles ecclésiastiques l'action jalouse du gouvemement, ombrageux d l'eKoès, parce qu'alors il se SMitait faible et attaqué. La Révolution avait en face d'elle des adversaires avérés et trës-redontahles, asEtETément; eaais elle traigaait, par dessus toat, les ennemis et les conspirateurs de l'intérieur. Elle en voyait partout. Dans son inquiétude, autant pour se rassurer elle-même que pour connaître on augmenter le nombre de ses partisans, elle exigeait, eous les formes les plus diverses, de ceux qui devaient compler aVec elle, la Bf^nnelle acceptation de ses principes et de ses kns. Me pensait wqbÏ vOâiiiatir A Bsa sort Ions «aux mat'
quels, par la menace et la crainte, elle arrachait un aveu sans valeur, parce qu'il manquait d'indépendance.
Les fonctionnaires, c'était juste, devaient prêter le serment de Qdélité a & la nation », ce qui voulait dire & la Révolution. Les simples citoyens, pour ne pas être considérés comme ennemis, suspects ou émigrés, et traités -comme tels, devaient obtenir un certiflcat de civisme et, dans certains cas, un certificat de résidence. Le certificat de civisme était un acte qui avait pour objet d'attester qu'une personne avait rempli, dans toutes les circonstances, les devoirs que la loi prescrivait h tout citoyen. Ce certiQcat était nécessaire dans la plupart des situations de la société, notamment pour échapper h la loi des suspects. Il était délivré par le Conseil général de !a commune, approuvé par le Directoire de district et visé par le Directoire de département. Le certificat de résidence, également délivré par la municipalité, était l'acte oxigé par les lois de la Révolution h l'effet d'établir, vis-à-vis du gouvernement, qu'un individu n'avait pas cessé de résider en France. Les certiâcats de résidence étaient exigés de tout individu qui, inscrit sur la liste des émigrés, voulait se faire rayer de cette liste- Les oHIciers municipaux étaient chargés de recevoir le serment d'un grand nombre de fonctionnaires. Un décret du 17 novembre 1790 obligeait, notamment, les ambassadeurs et autres agents diplomatiques français en pays étrainger, & prêter entre leurs mains, au Jieu de leur départ^ lorsqu'ils sortaient du royaume, le serment ci'
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vique qui était congu dans les termes que j'indiquerai plus loin.
C'était pour obéir h. ce décret que le citoyen L. M., ftgé de 25 ans, écrivit, le 26 octobre 1793, & son père, administrateur au Directoire du Blanc, une lettre datée de Hambourg, que ce dernier déposa le 30 novembre 1792 sur le bureau de la municipalité qui en ordonna la lecture.
Dans cette lettre, le citoyen L. M. exposait que, pour courir la carrière diplomatique, du consentement de ses père et mère, il était parti du Blanc au mois de novembre 1791 et avait suivi M. de Braiu, nommé ministre plénipotentiaire de France en Danemark. Il déclarait que, n'ayant pu partager les sentiments aristocratiques de ce ministre, il avait quitté Copenhague, s'était retiré & Hambourg, ville libre, d'où il avait écrit au citoyen Lebrun, ministre des affaires étrangères de France, pour lui faire part du projet qu'il avait de se perfectionner dans la connaissance des langues allemande et anglaise et obtenir de lui la permission de passer l'hiver en Allemagne. Il ajoutait que, voulant manifester sa soumission aux lois et régler sa conduite sur les décrets de la Con. vention nationale, il demandait que la municipalité voulût bien l'admettre à renouveler son serment civique.
La délibération continue en ces termes : « La muni- » cipalité, approuvant le parti sage pris par ledit An- H toine L. M- dans les circonstances di^ciles où il s'est » trouvé, prenant une grande opinion de son patriotisme et appréciant son désir d'acquérir des connaissances
M LE BLANC ET SA MUNICIPALITE
s utiles pour servir la p^jne, l'admet au renouvellement » de 80Q serment civique et autorise Antoine-Gérôma » ti. M.; Boa père, k le prêter pour lui.
» Et, aussitôt, le dit Aatoine^jérôme L. M., ci-préseot » h notre séance, s'est levé et ainsi qu'il y a été autorisé M paj* son fils, a prêté entre nos mains le sennent qu'il » a déji prêté pour lui-même, d'être Qdèle à la Nation, M de maintenir la liberté et l'égalité ou de mourir en » les défendant. »
Malgré cela, notre compatriote sentait bien que sa situation n'était pas absolument sâre ; il craignait que sa résidence hors de France ne le fit considérer comme un émigré et, pour éviter ce danger, il crut devoir prendre toutes les précautions possibles. C'est pourquoi BOUS retrouvons, le 31 janvier 1793, pour la seconde fois, devant le Conseil général, son père qui s'exprima ainsi : • Citoyens nmg^strats, mon fils aîné, ci-devant » attaché à la légation du Danemark, et actuellement n résidant à Hambourg auprès du citoyen Le Hoc, mi- « nifitre plénipotentiaire de la République près les » princes et états du Cercle de la Basse-Saxe, es m'é- » orivant le 17 âécemi>re dernier, m'a chargé d« vous » remettre une lettre qu'il a rboimeur de vous écrire. » Et il déposa sur le bureau la lettre annoncée.
Ouverture faite de cette lettre, il en fut fait lecture publique ainsi que du certificat de civisme qui s'y trouvait joint. Après cette lecture, sur la motion d'un des iSiembres du Conseil, la municipalité «rrâta que mention honorable serait faite sur les rostres ', que la lettre
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demeurerait déposée dans les archives et que le certificat de civisme délivré au citoyen L. M. par les Français résidant à Hambourg et le citoyen ministre Le Hoc, serait transcrit au bas de la délibération.
Voici la transcription de ce document :
n Nous, soussignés, citoyens fïaniiais résidant & Hambourg, » attestons que le citoyen Antoine L. M., natif du Blanc, dé- » partement de llndre, actuellement en cette ville pour son » éducation, n'a jamais manifesté d'autres sentiments que ceux •> du vrai patriotisme, que ses actions et ses discoars n'ont » point démentis, et qu'il a assisté è. toutes les assemblées « civiques qui s'y sont tenues. Pleinement convidncus de son >' rivieme, nous nous sommes empressés de lui délivrer le préi> sent certificat qu'il noue a demandé pour témoignage de son i> attachement aux 'vrais principes et à notre heureuse géné- >' ration.
» Hamboui^, le S6 novembre, l'an I" de la République.
i> Signé : etc. »
i< Nous, ministre plénipotenti^re de la République française » prés les princes et états du Cercle de !a Basse-Saxe, sur a l'exhibition faite par le citoyen Antoine L. M., ci-devant » attaché & la légation de Danemark, du certificat de la muni- » cipalité et du visa du directoire du Blanc, domicile de son » père, et du certificat de civisme ci-dessus, des Frangais » résidant en cette ville, attestons que ledit citoyen Antoine » L. M. réside&Hamboui^ depuis deux mois, ponryapprendre « les langues allemande et anglaise et que sa conduite y a fou- >> jours été dans les principes d'un vrai patriote et républicain
» françaÎB, en foi de quoi noas lui avoue fait délivrer le présent, n pour valoir ce que de raisou.
» A Hambourg, le 13 décembre 1792, l'an I" de la Répu- » bllque.
» Le ministre de la République. Signé : Le Eoe. Par le mî- » nistre, le premier secrétaire de la l^Uon, signé : (illiBible). »
« Nous, chai^ des affaires du consulat général de la Repu- » blique fhincaise en Basse-Saxe, cerUfions que les actes de H l'autre part sont véritables et que foi doit y être ajoutée, tant » en jugement que dehors, en foi de quoi nons avons signé le » présent et è icelui apposé le sceau de la chancellerie.
H Au consulat général, à Hamboui^, le 19 décembre 1792, H l'an I" de la République françidse. — Signé : Lagace. »
Le cerli&cat de civisme avait une importance capitale, comme il est facile d'en juger, puisque grAce & lui, il était po^ible d'échapper aux efTets teriibles de la loi 3ur les suspects, et pour le bien comprendre, il suffira de connaître celte loi. Elle date du 17 septembre 1793. Barère de Vieuzac, membre de la Convention et rapporteur du Comité de salut public, l'a réprouvée dans les termes les plus énergiques ; dans ses Mémoires, il la qualifie d'épouvantable, et certes il seridt difficile d'invoquer une opinion plus autorisée '.
1. Mémùirea de Barère, tome II, page IIS. Paria 1842. Voir aned me» Recherches sur le Tribunal criminel du département de FIndre,
Chlteauroux, 1876.
sous LA RÉVOLUTION. Î5
D'après cette loi, œuvre de Merlin (de Douai), étaient réputés suspects :
« !<■ Ceuxqui, soit par leur conduite, soit par leurs relations, » Boit par leurs propos ou par leurs Écrits, se sont montrés K partisans de la tyrannie, du fédéralisme et ennemis de la » liberté;
Il 2° Ceux qui ne pourront justifier de la manière présente )) par la loi du 21 mars dernier, de leurs moyens d'exister et » de l'acquit de leurs devoirs civiques;
» 3" Ceux il qui il a été refusé des certificats de civisme ;
» 4° Les fonctionnaires publics suspendus ou destitués do I) leurs fonctions par la Convention nationale ou par ses » commissaires, et non réintégrés;
» 5° Ceux dits oi-devant nobles, ensemble les maris, femmes, » pères, mères, fils ou filles, frères ou sœurs et agents d'émi- » grés, qui n'ont pas constamment manifesté leur attachement » & la Révolution ;
» 6' Ceux qui ont émigré dans l'intervalle du 1" jnillet 1789 •> !t la publication de la loi du 8 avril 1792, quoiqu'ils soient » rentrés en France dans le délai fixé par cette loi ou précé- .1 demment.»
Cette loi, comme l'&VEÛt demandé Danton dans la séance du 4 septembre 1793, plaçait Ut terreur à l'ordre du jour, surtout en l'appliquant d'après les idées de
Chaumette, qui déclarait suspects :
« lo Ceux qui, dans les assemblées dn peuple, arrêtent son » énerve par des discours astucieux, des cris turbulents et des » menaces;
n Z' Ceux qui, plus prudents, parlent mystérieusement des
36 LK BLANC ET SA MUNICIPALITÉ
:> malbeore de la République, s'apitoient sur le sort du peuple, 11 et sont toujours prêU i. répandre de mauvaises nouvelles avec )> une douleur affectée ;
n 3* Ceux qui ont changé de conduite et de langage suivant » les événements ; qui, muets sur les crimes des royalistes et des » fédéralistes, déclament avec emphase contre les fautes légères » des patriotes et affectent, pour paraître républicains, une » austérité, une sévérité étudiée, et qui cèdent ausaitAt qu'il » s's^t d'un modéré ou d'un aristocrate ;
» i" Ceux qui plaignent les fermiers, les marchands, contre 1) les^els la loi est obligée de prendre des mesures ;
» 5° Ceux qui, ayant toujours les mots de Liberté, Répuu hlique et Patrie sur les lëvrea, fréquentent les ci-devant no- » blés, les prêtres, les contre-révolutionnaires, les aristocrates, » les feuillants, les modérés et s'intéressent i leur sort ;
M 6° Ceux qui n'ont pris aucune part active dans tout ce qui >i intéresse la Révolution, et qui, pour s'en disculper, font » valoir le paiement de leurs contri ballons, leurs dons patrion tiques, leurs services dans la garde nationale par remplace- M ment ou autrement ;
n 7» Ceux qui ont reçu avec indifférence la Constitution ré- » publicaine et ont fait part de fausses craintes sur son établis- » sèment et sa durée;
H 8° Ceux qui, n'ayant rien fait contre la liberté, n'ont aussi )i rien fait pour elle;
Il 9° Ceux qui ne fréquentent pas leurs sections et donnent » pour excuse qu'ils ne savent pas parler ou que leurs affaires » les en empêchent;
n 10° Ceux qui parient avec mépris des autorités constituées, n des signes de la loi, des sociétés populaires, des défenseure » de la liberté;
DigitizeabyGOOJ^Ie
sous La révolution. 37
» 11* Cens qui ont signé des pétitions contre- révolution- » naires ou fréquenté dés clubs ou sociétés anti-civiques ;
» 12* Ceux qui sont reoonnus pour avoir été, de mauvaise » foi, partisans de Lafayette, et ceux qui ont marché au pas ds H charge au Champ-de-Mara '. »
Croirait-on que les citoyens auxquels on refusait le certiQcat de civisme n'avaient môme pas le droit de connaître les motifs de ce ref\is et pourquoi ils étaient maintenus sur la fatale liste? Ils n'avaient, par conséquent, aucun moyen de se disculper, et la loi du 30 janvier 1793 dispensait ceux qui délivraient les certificats d'expliquer les motifs de leur refus. Le 22 février 1793, le Procureur dé la commune du Blanc requit l'exécution de cette loi et le Conseil général arrêta que, désormais, il ne serait plus accordé ou refusé de certificats de civisme qu'au scrutin secret. « Pour y parvenir, dit la dé- » libération, le citoyen maire, lorsqu'il se présentera » quelqu'un qui requerra un certificat de cette espèce, >) le priera de se retirer; ensuite, il posera la question » ainsi : « Sera-t-il accordé un certificat de civisme au » citoyen ui, qui se présente pour l'obtenir? » Chaque » membre présent au bureau sera invité h mettre sur » un bulletin oui'ou non et h\e déposer dans le vase placé » sur le bureau. Le dépouillement de ces bulletins sera y> fait par le maire en présence des membres du Conseil. » D en proclamera le résultat. La majorité absolue des
1. Augustin Ch&llcmeL Histoire-Musée de la République françaiie I, p. 3St.
SB LE BLANC ET SA MUNICIPALITÉ
u dits membres présents sera nécessaire pour l'obten- >> tiOQ ou le ref\is desdiU certi&cats. Alors, le maire » invitera le pétitioQnure à rentrer dans la. salle pour u recevoir son certiâcat ou recevoir de la bouche du » maire k dénéf^ation qui lui en sera fùte. »
D'après les registres municipaux, le Conseil général, dans sa séance du 7 mars 1793, donna à différentes personnes onze certificats de civisme '. Iln'en refusa qu'une fois seulement, le 8 avril 1793, au citoyen Etienne Bei^ nard, qui le demandait afin de pouvoir exercer l'état d'avoué près le tribunal du Blanc, par le motif qu'il ne s'était p|s présenté dans le délai de la loi. Les avoués, d'après la loi du 29 Janvier 1793, devaient, dans un délai de quinze jours, justifier de leur civisme pour pouvoir continuer leurs fonctions.
Les certificats de résidence furent délivrés en bien plus grand nombre. La loi sur les émigrés exigeait qu'ils indiquassent le signalement de ceux qui les obtenaient-
1. Liste des personnes auxquelles Turent accordés des cerUflcats de cl^1ame dans la séance du 7 mars 1793:
!<■ Silvûn Basaant, ci-devant brigadier d'ordre dos Termes et alors uommia au Directoire de district ;
2> Jean-BapUste Dion, vicaire de Saint-Oénitour ;
30 Gaude BasUde, homme de loi ;
40 Philippe Bastide, curé de Sainl-Ëtienne;
50 Antonin-Plerre Fonlenette;
G° François Valllaal, caré de S^nt-Cyrao ;
7° Jeaa-Baptiste Rehreger, prêtre ;
8» François Lefleur, prêtre ; '
9° Alexandre Buason de l'Age, prêtre, ex-bemardin;
iOo Louis Bussoo de l'Age, prAtre, ex-bemardln;
il" Nicolas Cannet.
t, G 00»^ le
sous LA RÉVOLUTION. 39
Aussi, en parcourant les registres, retrouve-t-on une série de portraits qui seraient bien curieux si les originaux eussent été des personnages importants à cette époque. Pour en donner une idée, qu'on me permette de révéler que la citoyenne Bichier, qui, en 1793, était Agée de dix-neuf ans et demi, était haute de cinq pieds ; qu'elle avait la Qgure ronde, le i^nt et le menton également ronds, un nez court et des yeux bleus surmontés de sourcils ch&tains : ensemble charmant, si la bouche n'eât été un peu grande et le nez un peu gros '.
1. LiBle dea habitants du Blaoc auiquela fut oocordè le oerUBcat de réridencB : , ■
2é février 1793. — Marie-SîMoe-Cl^re QuUIemot-Leguier, èponse de
Antoine-Morin- Laurent Bichier, émigré.
3 Man 1793. — Jeuiue de La MaiiËre, veave de Bernard de Mbuvlse de ViUierB.
FraagolB CoUin-Luniolère, commoadtmt e a second
de la garde nationale du Blanc.
Antoine-Pierre Fontenette, ci-devant caplt^ne as
grenadiers au régiment Danphin-Inbnlerie.
Dorotliêe QDignier, épouae de Pierre du Ligondûs,
émigré.
Louia Gulgnler, prêtre.
Louis-René Goignier, citoyen de cette ville.
Jeanne-Mai^erileLaTaire, épouse de Pierre-René- Hyacinthe Milon, émigré.
Charlotte-Françoise Menou, épouse de Chartes
BardlD, émigré.
Chariot le- Angélique-Radegonde Ranvle, épouse de
Henri Bardin, émigré.
Jeanne Des Marquest.
9 mars IT93. — Ursule-Marie Marmitte.épauBedeAnloine-CharleB- Pierre Augier, émigré, Henri-Joseph Des Marques!, père. '
U LE BLANC ET SA MUNICIPALITÉ
La liste des gens auxquels furent délivrés les certificats de résidence, est exclusivement composée des royalistes de la commune, cela se comprend. On se convaincra facilement, en la parcourant, du modérantisme dont étaient animés les officiers municipaux du Blanc. Malheureusement, ils devaient avoir la main forcée par les exaltés et les violents du parti victorieux : phénomène qui, malheureusement, se produit fatalement en temps de révolution.
Le 23 mars 1793, plusieurs citoyens des deux parties de la ville entrèrent dans la salle des délibérations du Conseil général. Ils exposèrent que les insurrections survenues dans les départements de la Vendée et autres circoEVoisins, avaient mis celui de l'Indre dans la nécessité d'envoyer la force armée au secours de ces départements. 600 hommes, dont 60 pour le district du Blanc,
10 mara 1793. — Charlotte BrouiUac, épouse de Silvain LalTaire,
émigré .
Léonard Buesoo, demeurant dans la maison de
la ciloyeDoe de Villiere, sa belle-mère.
Marie-Anae-Dorloe Foumier, épouse de Pierre
Lagélye.
Anne-Madelelce-Baudy, épouse de Pierre Pinaull,
émigré.
22 mars 1793. — Jean-Baptiste Relriger, ci-devanl receveur de la
régie générale.
7 avril 1793. — Joseph Mangin, propriétaire de Fond, en sa
maison, à la Vaulpaudière.
11 avril 1793. — Marie Au^er, veuve Bichier. ;— François Ouiot. 20 avril 1793. — PierreDesMarquetaetMarie-LooiseValanclenne,
son épouse.
Jean BcUeau, second juge au tribunal du Blanc.
sous LA RÉVOLUTION. il
composaient le contingeitt de l'Indre. Ils devaient partir la lendemain 23 mars, pour aller à Tours, au secours da leurs frères. D'après les pétitiorwaires, il était & craindre que l'insurrection, venant & se propager, les effets ne s'en QsBent sentir jusque dans la ville du Blanc. Au nom des voloutaires prêts à partir, ils demandùent que pendant leur absence on pourvût à la sûreté de leurs f&- ' mîUes. Ils demandaient qu'on surveill&t tous les étrangers qui étaient ou reviendraient dans la ville, ainsi que les habitants qui pouvaient être suspects, notamment les prêtres non assermentés, les familles des émigrés et leurs domestiques.
En réalité, les événements auxquels faisaient allusion les pétitionnaires, étaient fort graves. La guerre de Vendée débutait. Le 10 mars 1792, les conscrits de Saint-Florent avaient refusé de s'enrôler & l'occasion de la levée des 300,000 hommes. Le tocsin avait sonné dans plus de 500 villages et les Vendéens s'étaient emparés de la petite ville de Machecoul. Cathelineau et StofBet s'étaient mis à leur tète, et, le 15 mars, ils prenaient ChoUet. Charette, d'Elbée, Bonchamps, La Rochejaquelein avaient, h leur tour, tiré l'épée. Charette avait battu, le 19 mars, & Saint-Vincent, le général républicain Marcé et l'avait refoulé à quinze lieues de là. Déjà l'armée vendéenne atteignait le chiffre de 30,000 hommes ; elle occupait l'Anjou et une partie du Poitou.
Dans ces circonstances, le Conseil général de la commune du Blanc envoya deux commissaires vers les citoyens administrateurs du district pour se concerter
41 LE BLANC ET S& MUNICIPALITÉ
BUT les mesures à prendre. Il arrêta que les suspects seraient consignés dans leurs maisons, ainsi que leurs domestiques, tntUei et femelles, jusqu'à nouvel ordre, iou3 peine d'arrestation réelle '. Il fut permis seulemeot, pour l'approvisionnement des maisons consignées, aux domestiques femelles, de sortir depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher; mais sans pouvoir francbir les limites de la ville.
Ceci se passut le 23 mars. Dès le 29, la municipalité saisissait l'occasion de montrer ses sentiments bienveillants envers les citoyens qu'elle n'avait frappés qu'à regret. Une suspecte, la citoyenne Momet-Augier, dans
< . Lisle des suspects :
Jean Pinault, sa sœur, ss bru, son frère, sit femme ;
Augier^Hanboulet, sa famille et Oabrielle Musé, s& remme ;
La veuve BIchier et ses enfaDts ;
La femme Laioucbe el ses enfants ;
Les filles Marans ;
La femme Chateaubodeau et BoUmarmln, ton père ;
La veuve Lagélye ;
Ia femme Laffalre ;
La femme Miloa ;
La famille Cbapellet-Duteil ;
Les femmes Heui el Charles Bardin ;
L« femme Mongin de Forges ;
Los filles Mangin d'Ouince ;
La temm(î Ligondès ;
LalTùre, Guisnier et Chapellet, prêtres ;
Auprétre ;
François Cbapellet ;
Joseph Mangin de Vaulpaadière ;
Desmarquest, «ou onde, son frËre et la (llle dite Saint- Hilair*.
une lettre au Conseil, avait exposé que le i" avril suivant on devait procéder à la vente des meubles de sa maison de Boisménard, située dans la paroisse de Saint^Hilaire. Il était donc nécessaire qu'elle s'y rendit avec son domestique, en m6me temps que le commissaire du directoire de district nommé pour procéder h la vente. Le Conseil général accorda sans avcune difficulté, à la citoyenne Momet-Augier, la faveur qu'elle sollicitait.
Dans la séance du 4 avril, un membre du ConseU avait proposé, comme moyen de surveillance à l'égard des suspects, de décacheter les lettres qu'ils écriraient ou recevraient. Le Conseil s'y refusa, déclarant qu'il ne connaissait pas de loi qui l'autorisât & agir ainsi.. En faisant cette déclaration, la municipalité du Blanc s'inspirait des sentiments extrêmement honorables dont Mirabeau s'était rendu l'éloquent interprète, le 37 juillet 1789, dans une circonstance analogue*. « Est-ce h un M peuple qui veut devenir libre», s'écriait-il, n&empmnu ter les maximes et les procédés de la tyrannie ? Peutr-il » convenir de blesser la morale après avoir été si » longtemps victime de ceux qui la violèrent ? Que ces » politiques vulgaires qui font passer avant la justice ce » que, dans leurs étroites combinaisons, ils osent appeler » futilité publique, que ces politiques nous disent du » moins quel intérêt peut colorer cette violation de la
1. CEuvres de Mirabeau. Répoase & uae proposition de M. de Chanlenay.
Il LE BLANC ET SA MUNICIfALITÉ
« probité nationale. Qu'apprendrons-nous 'par la honu teuse inquisition des lettres ? ... »
Cependant, plusieurs suspects réclamaient contre la mesure dont ils avaient été frappés. Gabriel Massé, Jean et Philippe Pisault et encore Chapelet du Theil, avaient adressé dans ce sens plusieurs lettres au Conseil général.
Obéissant & ses sentiments naturels, qui étaient doux et bienveillants, le Conseil prit, le 16 avril 1793, un arrêté basé sur ce que les troubles de la Vendée étaient apaisés et que les citoyens partis pour la défense de la République étaient de retour. Les républicains avaient, elTfectivement, remporté, le il avril, une grande victoire sur les Vendéens et dispersé la grande armée, dite d'Anjou et du haut Poitou. En conséquence, le Conseil général leva les arrêts qu'U avait donnés ; mais les suspecta ne devaient pas jouir encore de leur liberté.
Le môme jour, 16 avril, le représentant du peuple Lejeune, commissaire de la Convention nationale dans le département de l'Indre, arriva au Blanc. Le premier soin de cp personnage fut de se présenter 6 la maison commune, ainsi que l'indique le procès-verbal suivant :
i( Ai^ourd'hui, 16 avril 1793, leConseil général de » la commune du Blanc, assemblé en séance publîqne, » occupé d'affaires publiques, l'huissier du dit Conseil a M annoncé le citoyen Lejeune, comnïissaire de la Con- » vention nationale. Entré, ila requis l'enregistrement de H la loi du 9 mars dernier, concernant les pouvoirs délé- » gués aux dtoyens représentants du peuple dans le
sous LA RÉVOLUTION. U
» territoire de la République. Oui, le procureur de la » CommuQe, le conseil permauent de la municipalité du » Blanc a arrftté l'enregistrement de la dite loi et donné M acte au dit citoyen Lï^eùne de sa présentation. Signé : » S. P. LfiiBUNE, commissaire de la Convention natio- » nale dans le département de l'Indre. (Suivent les antres u signatures.)»
Dès le lendemain, il avril, Lcgeune ^sistait & la séance du Conseil général et prenait connaissance de l'arrêté de la veille en faveur des suspects. Cette mesure ne pouvait convenir à ce perscHinage qui avùt pour mission de terroriser le dépuTtement. Sur-le-champ, il requit que le malencontreux arrêté fût immédiatement rapporté pour n'avoir aucun effet et que lea mesures de sûreté qui avaient été prises le S2 mars précédent fussent continuées, qiamt owc maitres et <mx maîtresses seulement. Puis, non content d'exprimer verbalement sa volonté, il la consigna par écrit. La municipalité, tremblante et docile, s'empressa d'obtempérer aux injonctions du dangereux proconsul. Elle rapporta son arrêté, en mûntenant, toutefois, l'exception qu'eUe avait précédemment admise en faveur des domestiques qui purent sortir et vaquer aux affaires de leur service dans un rayon de deux lieues. La citoyenne Des Marquets, de Sainb-Hilaire, étant dans la nécessité de sortir de la maison qu'elle habitait au Blanc, avait demandé l'autorisation de se retirer à Saint-Hilaire. Il lui fut etyoint de ne pas s'éloigner de la ville et d'y chercher un autre logement.
U LE BLANC ET SA MUNICIPALITÉ
Malgré tout, les suspects ne se décourageaient pas de se plaindre. Philippe Pinault, entre autres, continuait h réclamer avec une ténacité qui ne connaissait pas d'obstacles. II déclarait au Conseil que, par suite de sa détention dans la maison de sa sœur, sa santé s'était profondément altérée, ainsi que l'attestait le double certiScat d'un médecin et d'un chirurgien, et il prétendait que le seul moyen de la rétablir consistait à lui permettre de prendre l'air et de se promener. Il n'avait pas craint d'en écrire au citoyen Lejeune, qui daigna lui répondre de Bél&brequela municipalité étaitabsolument maîtresse de faire droit à sa demande et de prendre telles mesures que sa sagesse et sa prudence lui suggéreraient. Le Conseil, en présence de la réponse inattendue du commissaire delà Convention, s'empressa de permettre au citoyen Pinault de sortir chaque jour à partir de deux heures de l'après-midi jusqu'à huit heures du soir, mais sans pouvoir franchir l'enceinte de la ville ni communiquer avec les autres personnes détenues et consignées {2 mai !793). A peine cette décision était-elle connue, que le citoyen Reignier, notable et chirurgien, en proûta pour solliciter semblable faveur à l'égard du citoyen Chapellet du Theil, dont la santé réclamait également de l'air et de l'exercice. Chapellet du Theil obtint également de pouvoir sortir ; mais seulement pour aller à son jardin de Labre usse.
Sur ces entrefaites, le général républicain Quétineau avait été successivement battu le 25 avril et le 3 mai 1793, aux Aubiers et ft Thouars. L'insurrection ven-
sous LA RÉVOLUTION. 47
déenne s'étendait chaque jour et la ville de Pontenay, qui bientôt après devait succomber, était déjà menacée par d'Elbée. La municipalité du Blanc crut alors devoir redoubler de rigueur envers les suspects. Dans la déli- ■ bération du 9 mai 1793, il est dit n que les ennemis de » la République se multiplient de plus eu plus ; que le » danger dont on est menacé exige une surveillance plus » active et des mesures plus rigoureuses contre tous » les suspects ; que le Conseil était informé par les » députés extraordinaires qu'il avait envoyés dans le » département de la Vienne, que les ennemis de la u République ravageaient les propriétés et massacraient » les patriotes avec un acharnement sans exemple ; que n le rassemblement de ces hommes pervers était com- » posé de ci-devant nobles, de prêtres réfractaires aidés » par des gens qu'ils avaient fanatisés, qui portaient » partout le fer, le feu et la désolation ; qu'il était d'in- » térêt général de prendre les précautions exigées par » des circonstances aussi critiques que malheureuses. » Sur les conclusions du Procureur de la commune, il fut arrêté « que tous les ci-devant nobles détenus en M chacun leur domicile, seraient réunis pour plus grande )< sûreté, savoir : les hommes d'un cfité et les femmes 11 de l'autre, de manière qu'il ne pût exister aucune 1) communication entre eux. « Il fut décidé, cependant, « qu'avant de recourir à cette mesure, il en serait référé » au département par la voie du directoire de diâtrict ; Il mais que, provisoirement, les détenus demeureraient 11 consignés chez eux, y compris même leurs domes-
48 LE BLANC E.T SA MUNICIPALITÉ
» tiques, mflles at femelles ; qu'il eerait seulement per- » mis & un seul domestique de chaque maison de sortir 1) deux heures chaque jour, depuis sept heures Jusqu'à )> neuf heures du matin, sans qu'ils pussent communi- » quer directement ou indirectement avec qui que ce » fftt, excepté avec les personnes capables de les appro- » visionner. Il était, en outre, recommandé expressé- » ment h tous les citoyens de les surveiller scnipuleu* » sèment et de les dénoncer en cas de contravention. »
Les plaintes, aussitôt, se Srent de nouveau entendre, et le i4 mai 1793, la municipalité, ne sachant comment répondre à toutes les demandes qui lui étaient adressées, désigna deux de ses membres auxquels elle abandonna le soin d'accorder aux citoyens de l'uu et de l'autre sexe, la permission d'aller dans les maisons des citoyens consignés, pour y travailler, vendre des marchandises et se hvrer à la culture de leurs terres. Philippe Pinault, en particulier, continuait à se faire remarquer par ses réclamations obstinées et il réussit à obtenir la promesse qu'il recouvrerait sa liberté s'il produisait un certificat de civisme signé et approuvé par vingt-cinq citoyens du Blanc. Le 14 mai, il présenta, revêtue de vingt-six signatures, cette précieuse pièce qui constatait que depuis la révolution, Pinault avait donné les preuves du patriotisme le plus épuré. La municipalité s'exécuta et leva la consigne h son égard; mais en lui déclarant qu'il ne pourrtdt sortir de la commune sans permission.
Enfin, le 33 juillet 1793, eut lieu l'élargissement définitif de tous les suspects. Il faut rechercher dans les
sous LA RÉVOLUTION. 4>
événements politiques contemporains les motirs de cette importante mesure. A la suite du coup d'État jacobin du 31 mai, la Montagne avait renversé les Girondins. La premier soin des vainqueurs avait été d'organiser un gouvernement. A cet effet, ils proposèrent la Constitution de 1793, qui fiit acceptée par la Convention. Cette constitution et la fameuse déclaration des droits de l'homme et du citoyen, qui enformùtle préambule, étaient bitôées sur la souverùneté du peuple. Jamais le peuple n'aurait été plus à même de participer aux afBaires publiques si on s'en f At tenu au texte de l'acte constitutionnel du 34 juin 1793, car il avait le droit de voter lui-même sur toutes les lois que le Corps législatif proposait & son acceptation. Mais l'article 39 rendait ce droit illusoire. L'acte constitutionnel avait été élaboré sous l'influence de Robespierre, par le Comité de salut public auquel on avait adjoint les représentants Couthon, SainWust, Berlier et Ramel ; l'ancien avocat général au Parlement de Paris, Hérault de SécheUes, en était le rapporteur. Il écrivit, k ce siyet, au citoyen Desaulnays, cette lettre cuiieuse :
« 7 juin, l'an 2 de la République.
» Cher Concitoyen,
» Chargé avec quatre de mes coliques de préparer pour lundi un plan de constitutian, je vous prie en leur nom et an mien de noua procurer sur-le-ohamp les lois de Mines, qui
M LE BLANC ST SA HDNICIPALITÉ
doivent SB trouver d&na un reou^ de lois grecques. Nous ea avoua un besoin urgent.
» Signa : Hérault (dk Sëchellu) *.
» Salut, amiUé, fraternité au brava oitoyen Desaulnays. »
La CIoDstituUon, h peine votée, fiit envoyée è l'acceptation des assemblées primaires qui l'acceptèrent h, une immense mt^orité. C'était un grand événement, et il semblait aux Montagnards que tout allait sourire à leurs vœux. C'est alors que la municipalité du Blanc crut pouvoir octroyer aux suspects, en l'bonneur du nouveau régime, la liberté qu'ils désirùent si ardemment. Voioî l'arrêté:
« Considérant que cette dite ville et la commune de ce M district ont accepté avec empressement l'acte consti- » tutionnel, que beaucoup de villes et de communes en » ont fait autant, suivant que l'ont annoncé les papiers » publics ; qu'il y a lieu d'espérer que tous les habitants » de la République mettront le même empressement à » exécuter les lois et décrets de la Convention nationale » et des législatures qui lui succéderont ; que, par con- » séquent, le bon ordre et la tranquillité renaîtront dans » la République ; — Arrête: que les citoyens et citoyennes » d'icelle ville consignés chez eux par les arrêtés des « S2 mars et n avril dernier, s'étant conduits de ma- » nière & ce qu'il ne soit parvenu contre eux aucune
1. GoUeofion de M. Bénrd. ~- ChalIamaL BUtoirt-mutie dt ta R^bUque fhmçaùe, tome I, p«se 316.
sous LA RÉVOLUTION. SI
» pltdnte au dit conseil, ont la liberté d'en sortir & partir u de ce jour, sauf l'exécution du décret de la Convention. » qui porte que les parents des émigrés dans les degrés » y portés, ne pourront sortir de leurs municipalités » respectives sans la permission d'iceUes ; arrôte » que la décision leur aéra notifiée par les huissiers dii B conseil.
A partir de ce moment, il n'est plus question de suspects au Blauo.
Riaetton contre les parllMiu de Robesplem aprti le 9 thenntdor. — Minion du représentant Cherrier dans le département de l'Indre. — La municipalité dn Blano refiue de s'associer b l'œuvre de proscription résultant de la loi dn 21 germinal an III.
■A S politique, l'action appelle nécesBairement t la réaction. Sons la Révolution, lee passions i surexcitées outre mesure provoquèrent de S fréquents revirements par suite desquels les vainqueurs de la veille devinrent le lendemain des vùncus et des proscrits. C'est ainsi que la faction jacobine, toute-puissante après le 31 mai par suite de la chute des Girondins, croyait triompher sans obstacle lorsqu'elle fut tout & coup précipitée aux gémonies. Au 9 thermidor, la dictature de Robespierre s'était écroulée sous le poids de ses propres excès et de rindignation publique. Le pays, las de sang et de terreur, s'était décidé à déchirer le voile funèbre sous lequel il étouffait. ÂussitAt, la société française sa sentit renaître et une immense réaction se manifesta contre les hommes du 31 mai.
A Paris, la jemeue dorée se h&t& de briser les bustes de Marat. Dans certaines provinces, le mouvement de l'opinion fut si violent que les enfants eux-mêmes traitaient les Jacobins de Marat et de Chalier, considérant ces noms
M LE BLANC ET SA MUNICIPALITE
comme la plus sanglante it^ure qu'on pût jeter h la face d'un ennemi *.
Non contenta de livrer au supplice Robespierre et ses principaux auxiliaires, la Convention ordonna dans toute la France, par la loi du 21 germinal an III, le désarmement de ceux qui avaient participé aux horreurs commises sous la tyrannie qui avait précédé le 9 thermidor *. Les Jacobins furent & leur tour mis hors la loi ; on prït h leur égard des mesures de sûreté générale,
1. La maidclpiliU dn Bhno, par un arrtté du S venUM an HI' (13 terrier 1199), fat forcée de défeodre aux babitanU da Blano et aux eii&nte d'iAJnrier guelquea-UDS de leurs oondtoïenH en les traitant de Marat et de Chalier.
3. Loi qui ordonne le désarmement de oeui qui ont portloipé aux borreara oommlsea boub la iypaDoie qui a précédé le 9 thermidor.
Du 2) serminal an Ht (10 avril 1795),
La Convention nationale, après avoir entendu le rapport de se» Comitéa de salut public, de sûreté générale et de iégislatioa, réunis, décrète ce qui soit :
Article 1". — Le Comité de sAreté générale est chargé de prendre tontes les mesures néoessalres pour faire désarmer, sans dUai, les homme» eonnus dans leurs aectioDs comme ayant participé aux Uorrenra commisea aoua U tyramiie qui a précédé le 9 thermidor.
Art. S. — Les représentants du peuple en miaaion sont chargés de prendre les mSmes mesures dans tea départemenla soomla & leur anr-
Art. 3. — Dans les départements où il n'y a pas de repréaentants, lea administraliong de district feront procéder au déaarmement dea hommes prévenus de parella eicèa, & la charge d'en rendre compte an Comité de sûreté générale.
Art. i. — Le présent décret et le rapport qui le précède seront surifr«hamp imprimés et envoyés dons les département* par des courriers eitra»dinalres.
sous LA RÉVOLUTION. SS
et des listes de proscription furent dressées. La municipalité du BIsno, qui n'avait obéi qa'k contre-cœur aux exigences des exaltés sous la Terreur, ne se départit pas de sa modération au milieu de ce nouveau courant de passions. Elle repoussa toute coopération & l'exécution de la loi de ^rminal, qui, bien que née d'im senliment fort naturel d'indignation et d'hérreur, faisait appel à la délation et pour cela, devfdt se beurtér aux répugnances de ceux-là mêmes qui avaient souffert de la dernière tourmente politique.
L'attitude de nos magistrats leur attira, de la part des administrateurs du district du Blanc, la lettre suivante :
« L'arrftté du représentant du peuple Gherrier, en » mission dans le département de l'Indre, daté de » Bourges, du 4 floréal dernier, vous prescrivait, dans » le jour de sa réception, de vous réunir avec nous » pour former la liste des citoyens qui, aux termes de » la loi du Si germinal, doivent être désarmés.
u Vous ne vous êtes point présentés à l'administra- » tion dans cet objet et vous ne lui avez envoyé aucune » liste nominative de ceux qui, dans y^s communes, » ont participé aux horreurs commises sous la tyrannie s qui a précédé le 9 thermidor. Il importe que nous les n connaissions pour remplir une mesm^ que l'intérêt » de la chose publique commande. Vous voudrez bien » nous accuser réception de cette lettre.
Il Salut et fraternité *. »
1. 13 prairial u UI (!•' juin 119S), lettre ua moniolpsUtés da
DigitizeclLyGOOgle
M LB BLANC ET SA MUNICIPALITÉ
Le lendemain, la manicipalité répondit qu'elle pensait, comme l'adminiBlration du district, tpi'U était ui^nt que la loi du 31 germinal fât exécutée avec célérité et justice ; mais qu'aux termes de cette loi, il appartenait au district, et non à eUe, de former k liste nominative des complices de Robespierre. Cependant, elle ajouta qu'elle allait prendre des renseignements auprès de ses concitoyens.
Tout évasif qu'il fût, cet eugagement inquiétait la conscience des magistrats muoicipaux. Aussi, quatre jours après, le Coaseil général ayant relu sa réponse, déclara purement et simplement qu'il ne se croyait pas autorisé h dresser la liste des terroristes ; il arrêta qu'il ne s'occuperait point de cette liste et Qt immédiatement transmettre au district la copie de son arrêté.
Mais les choses ne devaient pas en rester Ift.
Sur ces entrefûtes, arriva au BUnc le citoyen Mahetai, adminisjfateur du département de l'Indre. Ce personnage ae présenta devant la rounidpalité et lui Qt donner lecture d'un arrêté du représentant du peuple Charrier, eu mission dans les départements du Cher, de llndre et de la Haute-Vienne. Cet arrêté était relatif & la confection de la fameuse liste. Maheux fit également lire un extrait des registres du département de l'Indre qui le chargeait, ainsi qu'un citoyen Barbier, secrétaire-général-a<iyoint, de l'exécution de l'arrêté. '
Après avoir pris connaissance de ces pièces, le Conseil général se contenta d'en ordonner la mention sur ses registres, mais il ne prit aucune mesure d'exécution.
sous LA RÉVOLUTION. H
Le district, de plus en plus mécontent de l'attitude prise par le Conseil général, convoqua celui-ci, le 18 juin 179K, & 6 heures du matin, et lui 8t donner lecture d'une lettre, dans laquelle il lui enjoignait d'indiquer, dam le jour, les personnes visées par la loi de germinal.
Cette iqjonction ne produisit pas plus d'effet que la précédente. A cette occasion, le Conseil général formula la résolution suivante :
(' Considérant qu'il est arrivé en cette commune, le » 27 prairial, un commissaire chargé par le départe- 1) ment, en vertu d'un arrêté du représentant du peuple » Cherrier, de faire exécuter cette mesure (le désarme- » ment) et que le mdme commissaire, après avoir fait convoquer le lendemain une assemblée générale des » citoyens, leur avait fait part de l'objet de sa mission, M les avait avertis qu'il recevrait les dénonciations qui » pourraient lui ôtre faites et leur avait proposé de » s'ai^oindre une commission spéciale, ce qu'ils ont » accepté à l'unanimité, ayant même choisi les citoyens u qui la composent pour concourir avec lui (Maheux) à u cette opération, le Conseil général a cru que, dans les » circonstances actuelles, il ne pouvait ni ne devait s'en u occuper.
» En conséquence, le Ckmseil général a arrêté qu'il ne » peut entrer dans les vues de la dite administration » pour l'exécution des mesures proposées, attendu qu'il » y a un commissaire, environné de nos concitoyens, qui » s'en occupe.
18 LE BLANC ET SA MDNICIPALITÉ
» Arrête que copie de la présente délibération sera » Bur-lB-chunp envoyée k l'admimstratioa du district a
Ainsi se termina ce conflit. U ne faudrait pas voir, dans la coadnîte de la municipalité, l'indice de ses tendances jacobines; sa résistance, dans les circonstances que l'on connaît, avait pour cause sa modération et son indépendance, n ne but pas oublier que le pays était aussi pusible qu'il l'est encore ai^'ourd'hui et que des mesures violentes n'avaient pas d'objet en présence d'une population qui ne s'était souQlée d'aucun des excès malbeut si MqoeatB & cette époque.
Les voloatalreB an BUno. — Leur pea d'enlhoadume. — La levée det 300,000 hommes. — Ëmotton qu'elle fait luttre dana la ville. — Marie Bninet, pondy et antrea. — Réunioa da 11 mara. — Un ontroncier. — Émenle. — Réunion dn 19 mon.
IE patriotisme, l'entrain des volontaires de la première République sont légendaires. Malgré quelques critiques timidement émises à ce sujet, l'opinion générale admet qu'en 1792, en 1793 et pendant les années suivantes, il suffisait d'un appel à la jeunesse française pour la faire voler en masse aux frontières, et de là à la victoire.
J'ignore si, dans d'autres arrondissements, cette glorieuse légende repose sur la réalité et mérite d'être con- Bidérée coaime une vérité historique, mais assurément il n'en est pas ainsi pour le district du Blanc.
Les documents authentiques que j'ù sous les yeux ne permettent aucun doute h oet égard. Ils constatent le défaut ahsolu d'enthousiasme chez les citoyens appelés k sauver la patrie ; si leur dévouement t\it méritoire, il ne fut pas volontaire, ûnsi qu'on va le voir.
Une des attributions les plus importantes des municipalités, & l'époque dont je m'occupe, consistât à assurer le recrutement militaire et & entretenir l'effectif des ar-
M.- ' LE BLANC ET SA MUNICIPALITÉ
méea de lu République, qui s'épuisaient sans cesse dans leurs luttes continuelles contre la coalition eoropéenne.
Alafin del791, kFrance n'avait que 200,000 liommes de troupe environ, bien équipés, mais assez mal commandés, à opposer à plus de 500,000 Prussiens, Autrichiens, Hollandais, Espagnols, Hessois, Hanoviiens, etc.
En JuiUet 1792, l'effectif de l'armée de terre Ait porté h 400,000 hommes ; la garde nationale fut mobilisée en partie ; la France'entière s'arma de piques et de flisils. ' Le 32 juilletl792, les officiers munidpaux proclamèrent, & Paris, la patrie en danger, et appelèrent sous les drapeaux les citoyens de bonne volonté. Les enrélements durèrent huit jours.
Puis, la nécessité détermina les levées en masse ; mais elles durent être bientôt régularisées pour que les bataillons de volontaires fassent autre chose que des niasses confuses, se débandant après un choc impétueux. C'est alors que la Convention nationale établit la conscription. Le 24 février 1793, eUa décréta: « Sont en état u de réquisition permanente et & la disposition du miu nistre et des généraux, jusqu'au complet du recrute- » ment, tous les citoyens fr&nQais, de 18 & 40 ans, » non mariés ou veufs sans enfants, u
Dans le courant de la même année, cette mesure prit encore un caractère de généralité plus marqué. Le décret du 23 août 1793 mit la nation elle-même & la disposition du Comité de salut public. Avec l'emphase du temps, ce décret dispose :