‹ Le Blanc et sa municipalité sous la RévolutionChapitre 5 sur 12 · Dallox. OrganûatùM mUUeùv · texte numérisé non relu

Dallox. OrganûatùM mUUeùv

SODS LA KÉVOLUTION. Bl

« Art. 1". — Dès ce moment jusqu'à celui oii les ennemis auront été chassés du territoire de la République, tous les Francus sont en réquisition permanente.

» Art.2. — Les jeunes gens iront au combat; les bommes mariés forgeront les armes et transporteront les subsistances; les femmes feront des tentes, des habits, et serviront dans les h&pitaux; les enfants mettront les vieux linges en charpie ; les vieillards se feront transporter sur les places publiques, pour enflammer le courage des guerriers, exciter & la haine contre les rois et recommander l'unité de la République, etc. »

Ce fut ainsi que lionne furent jetées &la frontière.

Le décret du 24 février 1793 ordonnait une levée de 300,000 hommes et décidait que, dans le cas où les inscriptions volontaires ne produiraient pas le nombre Bx6 par commune, les citoyens serfûenttenus de le compléter sans désemparer, suivant le mode qu'ils jugerùent convenable. Le contingent de la commune du Blanc Mfixé à 60 hommes. En conséquence, le 9 mars 1793, la municipahté du Blanc convoqua les citoyens dans la cidevant église des Récollets et ouvrit un registre destiné & inscrire les volontaires gui voudraient se eonsacrer à la défetue de la patrie.

Le IS mars, six citoyens seulement s'étaient fait inscrire. C'était bien peu ; la municipalité arrêta que le lendemain, jour de marché, il y aurait une nouvelle convocation & l'église des RécoUets pour compléter, sans désemparer, les soixante volontùresde la commune.

A cette nouvelle, les gens du Blanc s'émurent. Une

tt LE BLANC ET SA UONICIPALITÉ

servante do citoyen Bouchardeau, Marie Bnmet, gui sans doute appréhendait le départ de son amoureux, se répandit & cette occasion enpro/>ot iruxn£airea: «Je connais la loi sur le recrutement, dit-elle ; elle n'oblige pei^ sonne às'enrAler et beaucoup de gens sont démon avis.» Puis, regardant l'arbre de la liberté, elle f^outa: aAquoi sert la liberté, si on est forcé de s'enrôler? Je voudrais être assez forte pour pouvoir arracher cet arbre. » Un citoyen lui Qt remarquer qu'elle paraissait aristocrate. « Je m'en fois honneur, répondit-elle ; je voudrais que tous les patriotes fussent égorgés. — Vous plaisantez, reprit son interlocuteur. — Mais uon, je parle comme je pense », fyouta-b-elle.

Là-dessus, le bureau municipal de police Qt comparaître Marie Bnmet devant lui, à la maison commune, et la condamnai fenir;>rÙOTipeQdant quatre jours consécutifs, en lui enjoignant d'ôtre plus circonspecte à l'avenir.

Le même Jour, le nommé Bondy, domestique de la veuve Crémier, se trouvait sur la place publique, en compagnie de plusieurs camarades non mariés. Il leur dit ; « Nous sommes bien fous et bien insensés de tirer et de nous enrôler pour voler aux frontières et nous faire casser la tôte par les émigrés. Il faudrait que les citoyens aisés et jouissant de 1,SOO livres de rentes, payées par la n^on, fussent obligés, plus que tous les autres garçons, & se présenter & l'ennemi ; si on voulait s'en rapporter k moi, tout le monde resterait dans ses foyers. »

Le domestique de la veuve Bonnefonds tint le même langage, déclarant qu'il aimerait mieux se faire couper

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le oou que d'aller se faire casser la tète pour défendre des gens k 1,800 livres de rentes.

Gepeadaut, le 14 mars, & S heures du matin, la municipalité, assistée du commissaire nommé par le district, se réunit dans l'é^e des Eécollets. Elle fit connaître & l'assemblée la loi sur le recrutement, le nombre de volontaires que la commune devait fournir, et pour stimuler le zèle de ses administrés, elle Qt lire la loi relative aux pensions, retraites et gratifications auxquelles les défenseurs de la patrie auraient droit de prétendre &la fin de la guerre.

Un nombre considérable de citoyens était réuni. On les informa que les inscriptions volontaires étaient loin d'atteindre le contingent fixé pour la commime ; qu'en conséquence ils eussent & le compléter sans désemparer et qu'à cet effet, ils eussent à adopter le mode qu'ils trouveraient le plus convenable, k la pluralité des voix.

Un homme, que son &ge désignait pour le service militaire, siégeait au bureau de la municipalité, en qualité d'ofBcier municipal. Nous l'appellerons Décim. C'était un vrai patriote, celui-là ; il aurait souhaité que ,Ia commune entière vol&t au secours de la patrie ; mais luimême n'entendait pas partir, convaincu, sans nul doute, qu'au moment du danger, son devoir consistût k s'envelopper dons son écharpe municipale.

Soixante-dix-sept ans plus tard, pendant cette année qu'on a Justement nommée l'année terrible, en 1870( bien des outrancia-i rappelaient, trdt pour trait, le type de Dédus. C'étaient eux qui, après s'être préalable-

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ment mis bien à l'abri, criaient: gtierre à outraneet C'étaient eux qui traitûeut de eapiluiards les braves garçons qui, pendant un rade biver, & travers des dangers sans nombre, soldats improvisés, mal vêtus et mal équipés, avaieid courageusement affronté les armées allemandes. Qu'on me pardonne cette digression dus & mes souvenirs, et Je reviens & mon récit. '

Les citoyens objectèrent d'abord que Décita, offlder municipal, devait concourir avec eux au complètement du contingent, lia donnaient pour raison que Léeius ne s'était pas fait inscrire en 1791 pour l'année 179S, sur le registre ouvert au secrétariat du district du Blanc; mûa seulement en 1792 pour l'année 1793, ce qui le mettait dans le cas de perdre son droit de citoyen actif pendant deux ans. Or, d'après la Gonatitution de 1791, la qualité de citoyen actif comportait l'aptitude électorale. Si donc, Dëcius n'était pas citoyen actif, son élection comme officier municipal était nulle, et par l&-méme, il n'était pas dispensé par ses fonctions d'obéir au service militaire.

Décius répliqua que lors de sa nomination aux fonctions d'ofdcier municipal on n'avût pas protesté ; que, par conséquent, l'objection était sans valeur; qu'an surplus, il s'en rapportût au corps administratif pour juger la question.

Alors les dtoyens répliquèrent que, comme ils voulaient tous partir, il étaitinutile de rechercher la manière de compléter le contingent ; qu'Ds voulaient tous aller au secoiuTS de la patrie et que tous ceux qui étaient inscrits sur la liste eussent à partir.

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La commission leur &t observer qu'ils a'avûent qu'à se présenter pour s'inscrire individuellement, qu'elle les accueillerait avec empressement. M^s ils répondirent que la liste dtînt on leur avait donné lectm'e suiSsait et servirait d'enrfllement. Puis, le citoyen Etienne Bernard Qls, avoué, sortit, la liste & la main^ du lieu de l'assemblée, disant qu'ild allaient prendre une détermination. L'instant d'après, il rentra, accompagné de ceux qui l'avaient suivi, répétant qu'ils voulaient tous partir indistinctement.

En ce momentunerumeur s'éleva et plusieurs citoyens se mirent en devoir d'anlever la table qui servait de bureau, l'encre et les plumes, en disant qu'ils ne voulaient pas rester damun lieusaint. D'autres poussèrentla table avec violence et l'emportèrent. Le maire les suivit.

L'asseiàblée municipale n'ayant plus de table, se retira dans la chambre commune qui était adhérente, aOn d'y rédiger procès-verbal de ces événements.

« Vu la perplexité dans laquelle nous nous sommes » trouvés, dit ce document, nous avons pns le parti de » députer deux d'entre nous auprès des administra- » leurs du district, pour nous concerter avec eux sur le » parti & prendre en pareille circonstance. Les deux dé- » pûtes, de retour, ont dit que nous ne pouvions pas dé^ )i semparerle lieu de l'assemblée, conformément à l'ar- » ticle li de la loi sur le recrutement. Ea conséquence, M de l'avis du directoire, et après avoir fait porter une » table dans le lieuindiqué pour l'assemblée, la ditemu- » nicipaUté y est rentrée, accompagnée du citoyen comn mîssaire et, sur-le-champ, on a fait de nouveau son-

>' Der l'assemblée et passer la caisse pour avertir les » citoyens.

» A rinstaot, le citoyen maire est revenu et a dit que » s'il avait suivi les citoyens sortis de rassemblée, H c'était en cédant à leurs instances, dans l'intention » de leurreprésenter, c{>mmeil l'a Tait, qu'il nesulSsait pas >> de dire que tous voulaient aller au secours de la patrie ; » qu'il fallail que ceux qui voudraient se dévouer à son » senice se Qssent inscrire individuellement et qu'il » les engageait à revenir pour procéder à l'opération, » ajoutant qu'ils lui ont répondu comme précédemment, » qu'il n'en était plus besoin, attendu qu'il fallait que tous » ceux inscrits sur la liste qu'ils lui ont rendue et qu'il a » déposée sur le bureau, volassent au secours de la » patrie, et à l'instant est entré le citoyen Vésien, » lieutenant de la gendarmerie nationale, que nous » avons prié do passer dans la section de la partie » basse pour engager les citoyens sujets au recrutement, » qui y avaient passé en troupe, et où ils avaient porté le » bureau, h revenir au lieu de l'assemblée, ce qui n'a eu » aucun effet.

u Étant à rédiger le présent procès-verbal dans la sus- 11 dite église, en attendant toujours que les citoyens se » présentassent pour la susdite opération^ est entré un » groupe d'iceux, qui a semblé avoir de l'inquiétude sur » ce qu'on écrivait et plusieurs d'entre eux, dans le cas » de l'enrôlement, ayant dit qu'on les désignait pour voit lontaires, on leur a dit le contraire. Ils ont environné i> le bureau, Taisant des loenaces, frappant dessus avec

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