‹ Le Blanc et sa municipalité sous la RévolutionChapitre 7 sur 12 · Extrait de la déllMration maolcipale da 13 mira · texte numérisé non relu

Extrait de la déllMration maolcipale da 13 mira

néral, qui leur demanda l'explication de leur conduite. L'un d'eux prenant la parole pour les autres, répondit qu'ils avaient appris & Ch&tellerault qu'il n'existait plus de brigands, comme le bruit s'en était répandu. Il igouta que, vu les besoins qui le /^damaient chez lui, notamment un enfant dangereusement malade et la crainte de perdre sa place de clerc, il avait pris le parii de revenir. Un autre exposa que sa femme était sur le point d'accoucher ; un troisième que son père était incommodé et que son frère ne pouvùt exercer seul son métier de cordier. D'autres Qrent les mfimes réponses. L'un d'eux jugea plus simple de dire qu'il était revenu pour faire comme ses camarades.

Le Conseil ordonna que la conduite de ces déserteur serait soumise au département ; mais les registres n'indiquent pas ce qui s'en suivit.

La municipalité du Blanc dut s'occuper, à différentes autres reprises, des opérations du recrutement. Le 13 mai 1793, on demandait au district 30 hommes pour les armées de l'Ouest. Les citoyens furent invités & son de caisse h se trouver le lendemain, 14 mai, en la mùson commune, pour compléter ce contingent, soit volontairement, soit par réquisition. Il s'a^ssaitde huit hommes pour Le Blanc. A huit heures du matin, le registre fut ouvert, ; mais aucun citoyen ne se présenta ;)ow voler au xecours de ses frères de la Vienne. En présence de ce fait, le Conseil général dut proroger l'assemblée jusqu'au soir, & cinq heures. A cinq heures même résultat ; pas de volontaires. Alers le Conseil agit par voie de réquisi-

sous LA HEVOLUTION. 77

Uon. Les huit citoyens désignés furent : L... Qla, Adrieo C. L..., Anselme C..., le Jeune L... flls, T... Ois, R... de la promenade et C... Qls aîné.

Ils devaient être armés, équipés et toucher 3 livres par jour jusqu'à ce qu'ils fussent rendus & Poitiers. Pour plus de sûreté, le réquisitoire leur fut remis en mains propres par l'huissier du Conseil ; mais ils n'étaient pas partis, comme on va le voir.

Le lendemain, 16 mai, nos coancrits se présentèrent devant le Conseil général et déclarèrent qu'ils refusaient de déférer à sa réquisition, parce qu'ils n'avaient pas été désignés par le sort. L... Qls allégua sa mauvaise santé et la faiblesse de son tempérament. Le citoyen L... père, qui assistait son Qls, 8t les mêmes observations en offrant de le faire remplacer par un homme en état de porter les armes et d'un civisme reconnu.

Le Conseil général observa aux jeunes gens qu'il avait employé la voie de la réquisition parce qu'elle lui était prescrite par l'arrêté du département et non celle du sort. Quant au citoyen L..., il lui (Ut répondu qu'on ne pouvait recevoir ses o^^s, attendu que les citoyens requis devûent marcher en personne ou jusUQer d'une manière légale l'Impuissance de le faire. Malgré ces explications, les jeimes gens persistèrent dans leurs réclamations et sortirent après avoir refbsé de signer le procès-verbal.

Le lendemain, la municipalité prit le parti de les remplacer par d'autres citoyens qui partiraient à leur place, avec beaucoup de bonne volonté, comme le prouve la

■;e LE BLANC ET SA .MUNICIPALITÉ

lettre qu'ils adressèrent au Conseil, dans laquelle ils le remerciaient de lea avoir choisis pour voler au secours des départements de la Vienne et de la Vendée et prolestueat de leur civisme.

Une autre consolation était réservée au Conseil. Le citoyen Lecomte lui présenta son âls, Silvain-Exupëre, âgé de 13 ans et le pria de vouloir bien agréer ses services. Le Conseil, applaudissant au zèle de ce généreux enfant et aux vertus civiques dont le germe se développait si heureusement en lui, accepta avec reconnaissance. 11 ordonna que le Fût serait mentionné honorablement sur les registres et décida que le jeune volontMF^ ferait partie du contingent qui allait se rendre en Vendée. Mais, hélas ! six mois après, notre jeune héros revenait dans ses foyers et demandait au même Conseil l'enregistrement de son congé, basé sur la délicatesse, fort naturelle du reste, de sa Constitution.

Le 19 mû, les réfractures occupèrent de nouveau les instants du Conseil général. Dans le préambule de la délibération de ce joui^là, leur conduite est sévèrement appréciée ; ils ont donné un exemple contagieux qui pourrait avoir des imitateurs. Ils laissent soupçonner que la révolution leur répugne, qu'ils en verraient avec plaisir l'anéantissement ; qu'ils regrettent l'ancien ré^me et favoriseraient à l'occasion les contre-révolutionnaires. Sous l'influence de ces idées, le Conseil prit l'arrêté suivant :

1° Lea réfractaires sont déchus pendant deux ans des droits de citoyen actif et des avantages qu'Us procurent ;

sous LA REVOLUTION. TS

â" Pendant ce temps il leur est défendu de porter l'uniforme national ;

3° Dès ce soir ils resteront en état d'arrestation dans leurs maisons avec défense d'en sortir avant la Sn des troubles de la Vendée et môme plus longtemps, sous peine, en cas de contravention, d'être conduits à la maison d'arrêt ;

4° Un officier municipal en écbarpe, accompagné de la force armée, se transportera dans leurs maisons pour y vérifier leur présence.

Après réflexion, cet arrêté paraissant excéder ses pouvoirs, la municipalité décida qu'il ne serait pas exécuté immédiatement, et que le Conseil serait de nouveau consulté BUT les mesures qu'il con^rortaât. Tant de scrupules offusquèrent le patnotisme du citoyen Décius, l'outrancier que nous connaissons déjà.

Le 20 mai, Décius requit le Procureur de la commune de mettre à exécution l'arrêté de la veille. Les notables, étonnés de ce réquisitoire individuel, qui n'était pas dans les usages, persistèrent & réclamer le sursis accordé.

Le citoyen Décius répondit qu'il n'avait pas afiaire aux notables; que c'étût le Procureur de la commune qu'il interpellait et que celui-ci devait lui répondre catégoriquement.

Le Procureur de la commune répondit qu'il s'étonnait que le citoyen Décius, qui avait assisté & la séance du Conseil oti le sursis avait été accordé, requît muotenant l'exécution immédiate de l'arrêté ; qu'au surplus, eu

SO LE BLANC ET SA MUNICIPALITÉ

respectant le sursis, il obtempérait & la demande des membres du Conseil actuellement présents.

Décius répliqua que cinq notables seulement étaient présents ; qu'ils n'étaient pas fondés & réclamer un sursis à l'occasion d'un arrêté signé de neuf membres, ofQciers municipaux et notables.

Que se passa-t-il alors? Assurément le Conseil dut ôtre fortement travaillé ; car le âl mai, deux notables se crurent obligés d'expliquer qu'ils avaient demandé le rapport de l'arrêté du 19, comme étant trop sévère et contenant un excès de pouvoir ; c'était presque s'excuser, etle même jour le Conseil général demanda au Procureur de la commune de f^re exécuter immédiatement le dit arrêté. Cette dernière délibération, comme bien on pense, est signée par Décius.

Alors les réfVactaires adressèrent une requête au Conseil, qui, le 36 mai 1793, y répondit par la délibération suivante :

« Considérant que les plaignants, loin de se faire un » devôirdfl marcher au secours de leurs frères du déparu tement de la Vienne, se sont au contraire fait gloire de « s'y refuser et se sont soumis à la peine portée contre » eux en tournant en dérision son peu de sévérité, et se » vantant publiquement qu'on ne les ferait pas partir ;

)) Considérant que les termes employés par les plai- » gnants dans leur requête sont peu mesurés ; qu'ils di" » sent que l'arrêt du 19 est dicté par la passion et la » méchanceté ;

» Considérant qu'ils ont l&chement abandonné leurs

» drapeaux au mois de mars dernier et qu'ils ont jeté, 1) d'une manière indécente, leurs lettres d'invitation sur » la table du citoyen maire, etc.;

» Le Conseil est d'avis que l'arrfité du 19 aura son » plein et entier effet. »

Le 27 brumaire an II (tO novembre 1793), le mauvais vouloir des volontaires éveilla de nouveau les appréhensions de la muàicipalité. Un membre exposa le peu d'empressement des jeunes gens de la ville, de dix-oeuf à vingUcinq ans, & se présenter au greffe de la municipalité pour s'y faire signaler à l'effet de servir dans les armées de la République, conformément h la loi du 23 août 1793. Le Conseil arrêta, en conséquence, que tous les jeunes gens de dix-huit à vingt-cinq ans, même mariés, devraient se présenter et donner leur signalement, et ce, dans le délai de trois jours, sous peine d'encourir les rigueurs de la loi. Décius ne manqua pas, bien entendu, de signer au bas de cette délibération.

Panique dans les déparlementa après ta prise de U ButUle. — Appel Ml ani ïolonlûpea. — Fabrication de piques. — Organlsalioii de la garde antionalc. — Mesures de précauUoa. — Insalles à an ^ttoonaire. — Comment on biult une patronille. — L'orthographe du secrétaire de la mamclpslilé. ~ Serment prËté par la garde nationale. — Le drapeau. — laezaclitude des gardas naUonaui. — Prisonniers de guerre. — Un prisouder recannaisMnt. — Chaussures, réquisitions, fabrication déballes.

défense de la République n'empêchait S pas les autorités municipales de veiller ï à la sécurité locale en organisant une force armée sédentaire, capable de maintenir le bon ordre dans la ville.

Dès le 29 juillet 17(49, la municipalité avait fait appel aux citoyens de bonne volonté « pour aider les habitants u de la ville & opposer une résistance légitime à l'op- » pression et veiller à leur conservation. »

Il y avait quelques jours i peine que le peuple s'était emparé de la Bastille. Cet événement avait produit un bruit énorme en France et il fut suivi d'une véritable panique, causée par quelques précautions militaires prises par la Cour, inquiète de l'efTervescence qui se memifestajt dans la capitale. « Le bruit se répandit, » dit M. Villiaumé, que les princes fugitifs se propo-

Il LE BLANC ET SA MUNICIPALITE

u aaient d'attaquer bientôt ]a France ; que des nuées » de br^:an(i8 allaient arnver. lis sont là, disaient dans » leur panique les habitants des campagnes ; il n'y a » pas un instant à perdre pour se mettre en défense. Des 1) courriers (que l'on n'a pas vus) ont aj^rté la nouvelle. M En dix jours, trois millions d'hommes s'organisent » spoutanémeut et prennent la cocarde et le drapeau » tricolore'. »

Cette fausse alerte coûta & la ville du Blanc 715 livres la sols 7 deniers, par suite de k distribution de pain, de poudre et de plomb à laquelle on procéda dans la nuit du 29 juiUet, en faveur des citoyens qui avaient répondu à l'appel de la municipalité '.

Le lO novembre 1792, le Conseil général 8t fabriquer 1S3 piques qui devaient être distribuées dans la commune. Elles devaientêtre moulées sur a. des hampes d'un bois solide et droit ». Cette fourniture fut adjugée au citoyen Cbêné, l'aîné, qui en opéra la livraison le 17 janvier 1793 et reçut de la municipalité des compliments sur la bonne fabrication de ces armes.

L'équipement de la garde nationale rentrait dana'les attributions municipales. La garde nationale, comme chacun sait, était une milice bourgeoise destinée h le fois h. maintenir l'ordre et à défendre les libertés publiques. On sait également comment elle s'acquitta de cette double mission. Elle fut improvisée, h. Paris, le

i. 'N^Uiikuiné, Histoire de la Révolution fi-ançaise, page 20. 2. DÉUbératioii dn IS mars 1793.

sous LA. RÉVOLUTION. Bj

43 juillet 1789, la veille de la prise de la Bastille et s'étendit promptement à toute la France. Elle ne fut oi^nisée que par la loi du lA octobre 1791. Au Blanc, cette organisation laissait beaucoup & désirer, si on en juge par l'examen du matériel auquel se livra la municipalité, le 9 avril 1793. Les uniformes étaient au nombre de soixante. Ds étaient tout usés, retournés, sans revers ni galons, hors d'état de servir pendant trois mois. Les réparations eussent plus coûté que l'achal d'habité n*fs. Aussi, le Conseil général, u toujours guidé par H les principes de justice et d'économie qui doivent le » diriger», demanda aux administrateurs du district quel parti il devait prendre.

Le 18 avril 1793, le Conseil général ordonna que la garde serait montée dans les deux parties de la ville par tous les citoyens en état de servir. Les gardes devaient être doublées à cause de la séparation résultant de la rivière. Chaque poste devait être composé de six hommes, commandés par un ol^cier municipal. Un soutien devait être établi auprès des deux rives. Dans le cas où la garde nationale arrêtait quelque suspect, les commandants devaient en référer au Conseil, le lendemain, à sept heures du matin. Ces mesures de précaution étaient motivées par l'insurrection de la Vendée, dont le foyer n'était pas très-éloigné du Blanc.

Le 26 mai 1793, on procéda à la réorganisation de la garde nationale.

■ Le 20 novembre 1793, sur l'ordre du directoire du département, la garde fut montée jour et nuit.

Sn LE BLANC ET SA MUNICIPALITÉ

Les gardes natJoDAUx n'étaient pas bien redoutables et leur vue n'inspirait qu'un médiocre respect. Le citoyen Philippe Blancbel, qui commandait le 33 novembre 1793 la garde de la partie basse de la viOe, se présenta le lendemain devant la municipalité réunie en tribunal de police municipale. Il exposa que la veille, à quatre heures du soir, le factionnùre qui se trouvait devant le corps de garde avait été entouré par plusieurs enfants, parmi lesquels se trouvait le jeune Antoine Certain, &gé de quinze ans, qui prit le dit factionnaire par ses habits et le colleta si bien, que lui, commandant, fut obligé de sortir du corps de garde pour éloigner les enfants et faire lâcher le factionnaire. La mère du jeune Certain convint que son fils avait badmé avec le factjonnaire. Le tribunal condamna le coupable & deux jours de détention. Le l^idemain, le citoyen Louis Feschault, commandant la garde de la nuit précédente, se présenta . ft son tour devant la municipalité et se plaignit de deux de ses hommes qui, au lieu de faire la patrouille qu'il leur avait commandée, étaient entrés fc l'auberge de la Promenade, chez le citoyen Barnabe, pour y boire et avaient répondu avec insolence & ses observations.

Je rapporte textuellement le dispositif prononcé contre les coupables. On appréciera, par l'orthographe inoirïe de ce morceau, la difficulté que j'ai eue i recueillir mes nombreuses notes dans les registres municipaux : « Vu » le procès-verbal cy-dessus, prenant en considération » \&& nAbordmatton caractériiée du citoyen H..., prenant » encori en considération Vahbta qui pourail résulter

sous LA RÉVOLUTION. 87

» d'une eotiduitte aussi préjudiciable hl'yntérêtpuèligve et '» à la sûreté des citoyens, ouï sur ca le procureur de la » commune, la municipalité a condamné le citoyen H... n & garder la maison dkaresl pendant deux jours et au » citoyen D... d être h l'avenir plus exacte h remplir les » devoirs de son état et leur fait deffance & l'un et & H l'autre de résidiver sous plus grande ^aihe. »

On ne s'étonnera pas que quatre jours après, le 20 novembre, le Conseil général, sous prétexte que son secrétaire ne pouvait pas suivre à ses travaux multipliés, lui ait adjoint un commis auquel il donna un salaire de 120 livres par an.

En 1794, nouvelle réorganisation de la garde nationale. Le 17 prairial an II (5 juin 1794), le citoyen Auprètre, son commandant, la conduisit en armes, drapeau déployé, sur la place de la Réunion (grande place du marché) et la ât ranger en bataille ; puis, il alla prieiUa municipalité de se transporter sur la place, ce qu'elle fit, pour y recevoir le serment des ofSciers et soldats.

Le 7 thermidor an III {iG juillet 1795), la garde nationale fut encore réorganisée ; le 8 floréal an VI (2S avril 1 798), on dressa l'état nominatif des citoyens de seize h soixante ans qui devaient en faire partie.

Le 2 brumaire an VIII (24 octobre 1799), le commandant de la garde nationale se plaignit que le drapeau fût placé ailleurs que chez lui, et il demanda qu'il fût désormais déposé dans sa maison. L'administration municipale, faisant droit à cette réclamation, ordonna qu'un

détacbement de 25 hommes irait prendre le drapeau et le déposerait chez le commandant.

Le 26 octohre 1799, le commandant avait commandé six hommes et un caporal pour six heures du matin, afin d'escorter 350 Napolitains prisonniers de ^erre. A sept heures et demie, aucun homme n'avait encore paru. L'administration municipale leur infligea à chacun une amende de 1 fe. 2S.

La garde natioaale était chargée de garder les prisonniers de guerre internés au Blanc; le 9 novembre 1799, la mimîcipalité, considérant que ces prisonniers av^ent été jusque-là fort tranquilles, décida qu'ils ne seraient plus surveillés; mais elle leur imposa l'obligation de ne sortir qu'à sept heures du matin de leur caserne et d'y rentrer & cinq heures du soir.

Durant les guerres de la Révolution, de nombreux prisonniers de guerre passèrent ou séjournèrent au Blanc. ^

Le 4 Tévrier 179S, la municipalité défendit aux cabaretiers et aubergistes de donner & manger et à boire aux prisonniers de guerre lorsque la retraite aurait sonné et elle interdit & ces derniers de quitter après cette heure la caserne qui leur avait été assignée et qui était l'ancien couvent des RécoJlets.

Le 20 juin 1799, Alexandre Lapuchique, prisonnier autrichien d'origine polonaise, qui résidait depuis cinq ans au Blanc, déclara qu'après avoir goûté les douceurs dont on jouit en vivant au miheu d'un peuple libre, il renonçait à retourner dans son pays et sollicitait l'auto-

sous LA. REVOLUTION. »!

risatîoD de demeurer sur le territoire de la République, ce qui lui fut acccordé.

Le 10 juillet 1799, 109 prisonniers de guerre furent logés aux Récollets; le i7 octobre, 1,100 prisonniers traversèrent la ville en trois détacbements ; un de 350 Napobtains, un autre de 350 Autrichiens et le troisième de 400 Autricbiens. On les logea dans la balle.

La municipalité donnait tous ses soins au bon équipement des recrues qu'elle levait sur son territoire. Le 12 mars 1793, ayant appris que les cordonniers chargés de faire des chaussures pour la dernière levée, travaillaient cependant pour des particuliers, elle leur enjoignit de cesser cette fabrication jusqu'à ce qu'ils eussent acbevé celle qu'ils avaient entreprise pour la nation. Le IS novembre 1793, elle chargea le citoyen Lesieur, cordonnier, de surveiller les cordonniers et tanneurs, afln que les uns fournissentde bon cuir et les autres confectionnassent de bonnes chaussures aux volontaires de la République.

Elle faisait expertiser également leit chevaux, harnachements, ormes, chaussures, etc., requis pour le service des armées. Il ne sera pas sans intérêt de connaître la valeur de ces objets lors de l'expertise qui eut lieu le cinquième jour de la première décade du deuxième mois de l'an II de la République : lisez 26 octobre 1793.

Pistolets, estimés de 12 à 30 livres la paire.

Sabres, estimés de 6 & 27 livres.

Baudriers, estimés de 2 à 4 livres.

Bottes, estimées de 10 à 35 livres la paire.

Chevaux, estimés de 320 à 800 livres.

M LE BLANC ET SA MUNICIPALITÉ

Le 15 août 1793, d'après les ordres du département, la municipalité du Blanc mit en réquisition tous les maîtres, compagnons et apprentis, oëlibataires, travaillant le fer et capables de concourir à la fabrication des bulles, n cette œuvre qui fait l'attente et l'espoir de tous » les bons républicains » . Suivant les indications du département, elle leur enjoignit de se rendre aux forges de Bonneau et de Clavières en les assurant qu'ils seraient convenablement salariés.

LyGooj^le

InstaUatioii des membres da tribanal de distriel. — Lea gardeachunpSIreB. — Les gardes particuliers de la citoyenne Dupin. — Lecture solennelle de la déclarïtion de guerre au roi d'Angleterre.

— Perquisitions. — Manifeste du comte de Provence. — Diselte.

— Grenier d'abondance. — Fixation du salure des travailleura, — La maiimiiin : inconvénients qui en résultent. — Poliljoalion de l'acte constitutionnel du 2l juin 1793. ~ DépAt des croii de S^nt-Loois. — Incivisme des Inatjtateurs, — Destraction des Ulres féodaux. — Enlâvement des signes de royauté et de féodalité.

— Plaqneï de obeminées ; cartes à jouer.

S ronctions des ofUciers municipaux étaient

ifort variées, ainsi que je l'ai déjà dit ; aussi, on me pardonnera de citer un peu au hasard tous les faits qui, par leur variété même, échappent à un groupement méthodique.

Le 23 novembre 1793, la municipalité procéda & l'inatallation des juges du tribunal du district. Ces magistrats étaient MM. Belleau père, Hojiert-Labrosse, Pierre Doré et Martin-Delafonds, Le Conseil général occupait le parquet. Aussitôt que les nouveaux juges eurent prêté le sennant de maintenir la RépvbliquÈ, la liberté et fégalité et de remplir avec exactitude et probité Us fonctwns de leur office, le Conseil descendit du parquet et les juges montèrent sur leurs sièges.

Alors le maire, s'avançant, prononça, au nom dupeuplo et pour lui-même, l'engagement de porter au tribunal et

& ses jugements, le respect et l'obéissance que tout citoyen doit & la loi et & ses organes.

Le 3 février 1793, le Conseil nomma quatre gardeschampêtres aux appointements de 250 livres par an ; il leur défendit de porter d'autres armes que celles qu'il leur conûait. Le même jour, la citoyenne Dupin, propriétfdre de la terre du Blanc, offrit au Conseil de faire coopérer ses gardes particuliers, conjointement avec ceux de la commune, h la conservation des propriétés particulières. La citoyenne Dupin s'obligeait h continuer de payer ses gardes à ses frais ; mais elle réclamait pour eux, de la commune, à titre d'indemnité, le sixième des amendes qui seraient perçues à la Qn de chaque année ; ce sixième ne pouvant excéder SO livres et les amendes résultant des procès-verbaux faits sur les propriétés étant réversibles dans les caisses de la municipalité. Le Conseil accepta avec empressement les offres de la citoyenne Dupin.

Le iO février 1793, sur le vu du décret du 1" février, par lequel la Convention nationale déclarait, au nom de la République française, la guerre au roi d'Angleterre et au stathouder des Provinces-Unies, la municipalité convoqua, pour le 13 du même mois, à trois heures aprèsmidi, tous les corps judiciaires et administratifs à l'effet d'assister à la lecture de la dite déclaration de guerre. Après la mort de Louis XVI, la cour d'Angleterre avait pris le deuil ; elle avait signifié à l'ambassadeur de France l'ordre de sortir du royaume sous huit jours, et pour tout délai. On mit un embargo sur les navires chargés de

sous I.A KtVOLUllON. HJ

blé qui parlaient pour la France. La tour do Londres fut armée, toutes les milices appelées. Enfin, le duc d'York débarqua en Hollande avec 15,000 hommes.

La Convention, sur le rapport de Brissot, avait cru devoir répondre à ces démonstrations par une déclaration de guerre.

Le 19 février 1793, plusieurs officiers et sous-officiers de la garde nationale se présentèrent devant le Conseil; ils exposèrent que le citoyen Mimn, émigré depuis plus d'unan, avait ordinairemeat chez lui une grande quantité d'armes à feu de différentes espèces et que ces armes ne s'étaient pas retrouvées dans sa maison lors de l'ioventaire qui y avait été opéré. La liaison existant entre la citoyenne Mtson et la citoyenne Laffairo, dont le mari était également émigré, leur donnait à supposer que ces armes avaient été transportées à la Planchette, maison de campagne appartenant à la citoyenne Laffaire, située près du Blanc, où devaient être cachés beaucoup d'autres effets appartenant à des émigrés. Le Conseil ordonna qu'une perquisition aurait lieu A la Planchette, mais le registre ne nous fait pas connaître si elle fut couronnée de succès.

Le 17 mars 1793, le Juge de paix du Blanc présenta à la municipalité un imprimé contenant trois petits râles, ayant pour titre : Lettres du régent de France à la noblesse, signé Zouis-Stanidas-Xavier et daté de Harlem. Il commençait par ces mots: Louis- S tanàlas- Xavier de France, etc.; Letlres-patenles ; et Unissait par ceux-ci: maréchal de Caslries.

C'était le document par lequel le comte de Provence reconnaissait le dauphin comme roi de France, s'attribuait pour lui-même le titre de régent et conférait h son frère, le comte d'Artois, la qualité de lieutenant-général du royaume. Le juge de paix avait reçu cet imprimé par la poste ; il portait le timbre d'Hazebrouck. Le Conseil en ordonna le dépôt dans ses archives.

Le 10 avril 1793, le Conseil s'occupa du service des dépêches, qui se faisait fort mal. Il parait que le courrier du Blanc à Ch&teauroux portait des lettres en fraude ; qu'il était trèa-inexact ; qu'il avait de très-mauvais chevaux et même n'en en employait plus qu'un seul. « Dans les circonstances intéressantes oh se trouvait la » République », le Conseil estimant que cet état de choses était nuisible à la tranquillité publique, demanda le remplacement du courrier et adressa copie de ses observations au directoire des postes et au ministère de l'intérieur.

La questi<)n des subsistances éveillait, plus que toutes les autres, l'inquiétude du Conseil général, A chaque page du registre des délibérations, on retrouve la trace des efforts de la municipalité pour remédier à la rareté et au prix excessif des denrées de première nécessité.

Le 23 Juin 1793, un membre du Conseil attira l'attention de ses collègues sur le grenier d'abondance établi au Blanc en l'année 1738. Il avait été, paralt-il, approvisionné de 4,000 boisseaux d'orge et de plusieurs centaines de boisseaux de seigle et d'avoine. Ces grejns étaient destinés aux ensemencements, et dans les cas

sous LA RÉVOLUTIOX. ti

urgents, à la nourriture des hommes. Ils devaient venir eo aide & la classe indigente, mais les riches propriétaires les avaient accaparés. Ils devaient être restitués à la fin de chaque année, ce qui n'avait pas eu lieu depuis longtemps. Les commissaires chargés de l'admiaistration du grenier d'abondance avaient été nommés par le ci-devant intendant ; ils étaient comptables et responsables ; il fallait les forcer à produire un état d-ïs grains qu'ils avaient reçus et leur faire rendre compte de l'emploi qu'ils en avaient fait. Le Conseil prit un arrêté conforme à cette proposition.

La situation, il faut le reconnaître, était bien triste, au point de vue de l'alimentation publique. Les approvisionnements étaient insuffisants. Le 30 juin 1793, on n'avait amené que 10 boisseaux do blé sur le marché du Blanc. Aussi, avec l'autorisation du directoire du district, le Conseil général se fît délivrer par le receveur du district, & titre d'emprunt, une somme de 10,000 livres pour faciliter les approvisionnements; il nomma des commissaires à l'achat des grains et leur confla immédiatement 6,000 livres pour cette opération.

Le 8 août 1793, en exécution du décret du 26 jmllet, sur les détenteurs et accapareurs de denrées, le Conseil arrêta qu'un registre serait ouvert pour recevoir les déclarations des possesseurs de denrées ou marcbaadises.

Dans la délibération du 14 octobre 1793, je trouve la fîxation du maximum des salaires. Je crois intéressant de reproduire ces chiffres ;

•M I,E BLANC ET SA MUMCIPaLITË

Pour les travailleurs à la terre :

Depuis la Toussaint jusqu'au V mars, la journée, qui était fixée & 42 sols, fut portée à 18 sols.

Le reste de l'année, elle était ûxée & 15 sols; elle fut portée & 22 sols 6 deniers.

Pour les charpentiers el manœuvres :

En 1790, la journée était Qxée h m sols ; elle fut portée S. 30 sols.

Le loyer des chevaux, en 1790, était par jour de 20 sois; il fut porté & 'iO sols.

La Convention, entraînée par une démonstration faite à sa barre par le faubourg Saint-Antoine, avait décrété, le 3 mai 1793, la loi sur le maximum. Ou défendit & tout individu, sous peine de conQscation des grains ou autres denrées, d'acheter ou de vendre au delà du maximum. C'était une expropriation injuste, sans compensation pour les expropriés, et qui n'eut d'autre effet que de faire presque totalement disparrdtre le blé, malgré les mesures violentes qui furent employées. La loi sur le maximum fut rapportée le 23 décembre 1794. On appréciera par le fait suivant, les inconvénients et lés injustices qui résultaient de cette loi.

Le 3 janvier 1794, la citoyenne Huguet fut mandée devant la municipalité. Ellle avait été dénoncée par un certain L... pour avoir vendu au citoyen Buteaud, ministre du culte catholique, une demi-livre de chandelle 14 sols, alors quo cette denrée n'était taxée que 21 sols la livre entière. La femme Huguet et son acheteur convinrent du fait. La femme Huguet observa qu'elle tenait

sous LA RÉVOLUTION. 97

un petit commerce et qu'elle était allée h Saint- Savin, ville distante de quatre lieues du Blanc, pour s'y pro- . curer de la chandelle qui faisait absolument défaut dans cette dernière localité. EUe n'avait pu s'en procurer que deux livres au prix de 35 sols la livre, prix maximum admis à Saînt-Savin. Les frais de ce voyage avaient absorbé la valeur de sa marchandise, et en la vendant 28 sols, elle ne prélevait que six liards pour les frais qu'elle avait supportés. Le citoyen Buteaud exposa & son tour que c'était le besoin urgent qu'il en avait qui l'avait engagé & acheter la demi-livre de chandelle H sols, et qu'au surplus, il ignorait le prix maximum de cette marchandise au Blanc. Le Conseil condamna les deux coupables à une amende de 28 sols, applicable à leur dénonciateur. C'est bien le cas de dire : dwa lexl

Le 13 janvier, un boucher fut également dénoncé pour avoir vendu de la graisse crue 20 sols, alors qu'elle était taxée à f 3 sols, suivant le maximum établi au Blanc.

Le 1" février 1794, le directoire du district proposa de substituer aux distributions de grain des distributions de pain / d'en donner une livre seulement aux personnes aisées et une hvre et demie aux travailleurs. 1*8 municipalité répondit que cette mesure serait contraire au vœu de la population qui voulait manipuler son pain ellemême; le pain de boulanger ne produisant pas pow la soupe le même profit que le pain de ménage. Elle promit, du reste, de tenir la main à ce que les particuliers ne fabriquassent qu'une espèce de pain unique, composée d'un quart d'orge et trois quarts de froment ou de seigle.

Page 1