‹ Le blé et les céréalesChapitre 46 sur 101 · CO O IV · texte numérisé non relu

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Le graphique ci-contre va nous permettre de suivre la marche des prix et de l'écart constaté.

De 1877 à 1885, les cours anglais sont déjà moins élevés que les cours français. On ne peut pas dire, cependant, que les tarifs protecteurs exerçaient ici une influence puisque noire tarif douanier, simplement fiscal, ne taxait les froments étrangers qu'à raison de 0 fr. 60 par quintal. A partir de 1886, les prix anglais subissent une baisse plus accentuée et l'écart se relève; il augmente encore à partir de 1887 lorsque notre droit protecteur est porté de 3 à 5 francs. Son influence devient ainsi manifeste. Klle aurait dû se révéler d'une façon très marquée en 1891 au moment d'une hausse brusque qu'explique la mauvaise récolte de cette année, mais la réduction de nos droits en atténue l'influence. L'écart des prix anglais e1 français diminue, d'ailleurs, lentement mais continuellement et s'abaisse même brusquement en 1890 à la suite de trois récoltes superbes faites en France durant les années 1894, 1895, $.896, À l'inverse, les différences de cours augmentent en 1897 et 1898 quand les prix s'élèvent à la suite de la déplorable moisson de 1897.

11 est vrai que la suppression momentanée de nos droits de douane depuis le 4 mai jusqu'au 1 er juillet

1898 explique la diminution delà différence constalée durant cette dernière année malgré la persistance des cours élevés. Enfin, de 1898 à 1901, les cours s'abaissent, à la suite de nos belles moissons de 1898,

1899 et les écarts de prix diminuent rapidement. Ils tombent même au-dessous du niveau atteinl en L878, 1879, 1880, alors que notre tarif douanier ne proté-

geaii pas la production intérieure, et ne dépassait pas 0 fr. 60 par quintal !

Conclusion. — Pour formuler une conclusion relative à L'influence «les droits de douane sur le cours du blé en France, il suffil de jeter les yeux sur le graphique que nous avons dressé. (Pages 127 et 130.)

De 1S77 à 1880, il existe un écart déjà fort notable entre les cours anglais et français, et le froment est visiblement plus cher en France qu'en Angleterre bien que nous n'ayons pas établi des droits protecteurs a cette époque. Cette différence diminue, toutefois, lorsque la courbe des récoltes s'élève et ce double mouvement est bien nettement accuse sur notre graphique de L880 à 1884. En même temps les importations diminuent. Il existe visiblement un lien étroit entre les Faits traduits par les courbes que le lecteur a sous les yeux. L'abondance ou l'insuffisance des récoltes agissent sur les prix et provoquent des variations sensibles, des différences constatées entre les

cours anglais el français. Ces différences, à leur tour, réagissent sur le mouvement des importations, provoquant leur développement lorsque les différences augmentent, ou les réduisant, au contraire, quand les écarts de prix diminuent.

Les choses ne se passent pas autrement après L'établissemenl des droits de douane, seulement le niveau moyen des écarts de prix se trouve relevé. Ces écarts diminuent, bailleurs, de 1892 à 1896, malgré l'élévation des droits de douane et les importations lleehissent parce que notre production augmente. En 1897 et L898, malgré la suppression momentanée des taxes douanières, l'écart de prix s'élève brusquement et

provoque des importations considérables. Ces derrières s'abaissent à un chiffre dérisoire lorsque les différences de cours retombent elles-mêmes jusqu'au niveau le plus bas qu'on ait observé depuis 1887.

A l'heure actuelle, le développement de notre production rend inutile — ordinairement — ou presque inutile, la protection douanière, et on peut prévoir le moment où les cours du marché français — durant les années de fortes récoltes — ne seront pas plus élevés, au-dessus des prix anglais, qu'ils ne Tétaient avant rétablissement du régime protecteur dans notre pays { .

Les varia/ions des cours du froment selon les époques de V an née

Cette question présente un véritable intérêt d'actualité. On discute, en effet, avec passion dans le monde agricole ou parlementaire, le problème de la spéculation et de l'agiotage.

Spéculateurs et agioteurs sont accusés ouvertement de provoquer à leur gré Ja hausse ou la baisse « au détriment du producteur ». La méthode employée par « le haut commerce » et « la spéculation » consiste, paraît-il, à acheter bon marché quelques semaines ou quelques mois après la récolte, puis à revendre cher lorsque « le négoce » est maître du marché et dispose « des stocks ». 11 se produirait, ainsi, d'une façon régulière et en quelque sorte automatique : 1° une baisse à l'automne lorsque les agriculteurs

1 Ce phénomène curieux s'est produit précisément à la fin de Tannée 1907 et au commencement de l'année 1908.

Les Céréales. 8

pressés de vendre « inondent le marché intérieur » ; 2° une hausse durant 1rs mois suivants, quand « la spéculation » est maîtresse des cours grâce aux énormes approvisionnements qu'elle a accumulés.

Ces affirmations sont acceptées comme des vérités solidement établies et nul n'est admis à les combattre sans s'exposer à passer pour un naïf ou pour un agent du grand commerce.

Nous ne saurions partager l'opinion courante sans en contrôler l'exactitude et sans chercher à savoir si elle n'est pas en contradiction avec les faits observés. Il sullil pour cela d'étudier les variations des prix

durant les diverses époques de ['année et, notamment, durant Les différents trimestres qui précèdenl ou qui suivent la moisson. Ce sont des moyennes trimestrielles que nous avons calculées, année par année, de 1893 à 1902 pendant une période de dix ans.

Le résultat de nos calculs est consigné dans le tableau suivant (voir p. 135);

Pour faciliter l'intelligence des faits nous avons indiqué dans une colonne spéciale les chiffres relatifs aux récoltes, et nous avons calculé les moyennes des prix, trimestre par trimestre, pendant ces dix années 1893-1902.

En examinant avec attention la marche des prix on voit immédiatement qu'il ne se produit pas régulièrement de baisse durant le quatrième trimestre, période de ces ventes que les producteurs seraient contraints 5 paraît~il-, d'opérer hâtivement. Il n'est pas davantage permis d'affirmer que les cours se relèvent toujours ou presque toujours dans le premier trimestre de Tannée qui suit celle delà moisson.

Variations trimestrielles du prix du blé à Paris

de 1893 à 1902

tfi

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