CHAPITRE XI
La question du prix des céréales en France et F état stationnaire de la population. Tendance au relèvement des cours depuis quelques années. La production de l'or et la hausse des prix au xx e siècle.
Personne n'ignore que notre population s'accroît, depuis quelques années, avec une extraordinaire lenteur. L'excédent annuel des naissances sur les décès devient de plus en plus faible. Nous n'avons pas l'intention de rechercher les causes <Ir ce phénomène démographique, mais il nous paraît singulièrement intéressant d'en étudier les effets possibles à l'égard du cours de certaines denrées agricoles que nous produisons.
On ne voit guère comment la lenteur du développement de la population française pourrait exercer quelque influence sur le prix du café, du coton, de la laine, du chanvre, du lin, ou même de la soie.
Le coton et le café sont produits en dehors de nos frontières et le nombre des consommateurs français ne peut agir que faiblement sur le cours de pareilles marchandises. On peut en dire autant delà laine, du chanvre, du lin ou même de la soie. Nous ne produisons qu'une fraction relativement faible des quantités
Les Céréales. 11
utilisées dans nos manufactures et ce sonl évidemment les fluctuations des marchés étrarigçrs, les varia lions de ta production européenne ou extra-européenne, qui décident de la hausse ou de la baisse.
11 peu t en être tout autre m (Mit pour certains produits agricoles, tels que les céréales, la viande, les beurres ou les fromages, dont les fluctuations de cours sont liées étroitement aux variations simultanées de La consommation et de la production intérieures- Il ne faut pas oublier que le protectionnisme agricole a certainement exercé une influence appréciable sur le développement de certaines cultures, comme celle du blé par exemple. D'autre part, les progrès souvent exagérés — mais cependant incontestables — de la science agronomique, ont permis d'augmenter les rendements, les récoltes totales, et, en général, la masse des denrées agricoles produites dans la France métropolitaine. Les facilités et le bon marché des transports ont également concouru au développement de La production en assurant dés débouchés auxproduits des régions les plus éloignées des centres de consommation ou (1rs voies principales de communies t ion intérieure.
L'augmentation des quantités d'un certain nombre de denrées agricoles coïncide donc aujourd'hui, avec l'état presque stationnaire de la population. Ne peut-on voir là un fait singulier, une raison d<> prévoir la baisse du prix de toutes ces denrées dont la production augmente ?
Examinons, par exemple, la marche parallèle de la production du froment, du seigle, du méteil, depuis une quarantaine d'années 1 :
PÉRIODES
RÉCOLTES EN MILLIONS D'il ECTOLITRES
iS5G-i865
Froment
Seigle
Méteil
Il est clair que les récoltes de froment ont augmenté. En revanche, celles de seigle et de méteil sont plus faibles et la diminution es! très marquée. 11 y a eu visiblement substitution. Le froment remplace les deux autres céréales dont la farine assurait autrefois l'alimentation d'une partie de la population rurale. Négligeons même cette réduction de la production du seigle et du méteil. Pour comparer les variations des récoltes de fro*nen1 à celles de la population, nous prendrons la moyenne des résultats de chacun des dénombrements qui encadrent les périodes décen nales, sauf pour la dernière, la population de 1901 pouvant être considérée, à la rigueur, comme la moyenne entre 1896 et 1900.
Voici les chiffres obtenus en ramenant à 100 la pr o-
1 Voir pour ces chiffres los statistiques publiées parle ministère de l'agriculture, et notamment les enquêtes déce inales de 1882 et 1892.
ductioD du froment etla population durant la période décennale 1856-1865.
Tableau I
PÉRIODES