CHAPITRE II
Emploi du bleu de méthylène en thérapeutique,
en clinique, et dans le laboratoire.
« Nouveau venu dans la thérapeutique le bleu de méthylène, écrit Arnozan, a guéri au rapport de ses initiateurs presque toutes les maladies au traitement desquelles on à bien voulu l'employer, et il a servi au diagnostic de quelques autres qu'il a peut-être aggravées. »
Le bleu de méthylène fut d’abord employé comme sédatif de la douleur par Erlich et Lippman dans le rhumatisme musculaire et articulaire. Combemale s’en servit avec succès dans le traitement des névralgies, des névrites et des douleurs de Pataxie locomotrice.
Piotrowski n’a pu par contre en obtenir aucun effet analgésique. A la vérité il agit en certains cas avec une rapidité extrême et de facon définitive et en certains autres il demeure impuis-
al
sant. Peut-être la suggestion est-elle responsable d’une partie des guérisons obtenues ?
Constantin Paul s'en servait dans cet ordre d'idées dans le traitement des névropathes ou pour faire de l’expectation déguisée.
Le bleu de méthylène fut ensuite surtout vanté dans le traitement de la fièvre paludéenne (Guttmann, Erlich, Moncorvo, Sénator, Bourdillon, Celli, Boinet). Guttmann va jusqu'à professer que son action égale celle des sels de quinine. Il suppose avec Erlich que cette substance colorant bien les hématozoaires doit nécessairement les tuer.
Laveran lui n’a pas obtenu de résultats probants et a constaté au reste que sur les hématozoaires des oiseaux si voisins de ceux de l’homme l’action du bleu de méthylène est presque nulle. Toutefois d’après Arnozan le bleu de méthylène est un médicament précieux dans la malaria. Il a à son actif un nombre respectable de cas heureux et peut se substituer à la quinine dans tous les cas où celle-ci est contre-indiquée (hémoglobinurié, idiosyncrasie). Il agirait surtout sur les formes adultes alors que la quinine s'attaque plutôt aux spores. Pour cette raison le traitement mixte serait le meilleur (Yvanno).
La dose moyenne est de o gr. 25 par jour. Guttmann et Erlich le donnent à raison de 0.50 en cinq prises. Boinet va jusqu'à 1, 2 et 3 grammes doses excessives si l’on considère que Gailliard a rapporté des cas d’albuminurie avec o g. 60. Enfin chez les enfants, Marconi emploie le bleu de méthylène dans
la malaria à la dose de o g. 20 à 0,40 centigrammes.
Netchaïef, Kramer, et Lemoine, emploient le bleu de méthylène dans le traitement des albuminuries. Pierre-Marie dans la glycosurie. Siredey contre la stomatite ulcéro-membraneuse, les ulcérations du col ultérin et la métrite du col. Gandier dans le traitement des otites moyennes suppurées. Boinet de Marseille dans la gonococcie. Richard d’Aulnay dans la vaginite gonococcique. Rose et Kazan-Bech dans la diphtérie. Lermoyez s’en est servi avec succès dans le traitement de l’angine de Vincent,
Enfin on l’a employé dans le traitement des plaies septiques et des épithéliomas. C'est ainsi que des injections intranéoplasiques de bleu dans des cancers inopérables du col utérin ont donné de la sédation de la douleur et ont peut-être retardé l’évolution du mal. Ducastel, Darier et Mayet ont employé le bleu dans les épithéliomas inopérables de la face. Ils détergent d’abord la surface ulcérée, soit avec des cataplasmes, soit avec le thermocautère , puis font simultanément des badigeonnages avec une solution de bleu au 1/10 et une solution d'acide chronique au 1/5. Au bout de quelque temps le bleu seul est employé. On obtiendrait ainsi des guérisons promptes et durables. Peut-être le bleu agit-il à d’une facon analogue à son action dans la malaria si l’épithélioma, ou tout au moins une certaine espèce d’épithélioma, est dû à la présence de protozoaires
parasites à l’intérieur de cellules épithéliales Garre,
de Still, Péterson, de Graeffe, Courmont, Rollet, emploient le bleu en oculistique.
Dans le laboratoire le bleu de méthylène est employé comme colorant des microbes, et Berthier émet l'avis qui qu'il y a un rapport étroit entre la facilité avec laquelle une espèce microbienne prend le bleu et la puissance microbicide du bleu vis-à-vis de cette même espèce. Le bleu de méthylène est aussi employé au dosage du sucre dans le sang.
Dans la clinique, Quintard d'Alger utilise le bleu de méthylène en peptoscopie pour la recherche de l'hypéracidité gastrique. Il donne d’abord un repas d’épreuve composé d’un œuf, de pain et de lait, puis o gr. 0 de bleu de méthylène dans une capsule de gluten. L’élimination du bleu qui devient nette au bout de deux heures chez les sujets sains ne commence qu'au bout de 5, 6, 7, et même huit heures chez les dyspeptiques.
Achard et Castaigne, utilisent le bleu pour mesurer la perméabilité rénale, en se basant sur le retard et la durée de l'élimination. Bard et Bonnet ont montré que la perméabilité variait à la fois avec la nature des substances ingérées et avec l’état du parenchyme. Elle serait accrue dans les néphrites épithéliales el dissociée dans les néphrites interstitielles secondaires à celles-ci : le bleu traversant facilement le rein malaisément perméable au contraire à l’iodure de potassium. Actuellement. ces questions
doivent être considérées comme toujours à l'étude.