IG
jeunes libertins, qui s’en retournèrent en silence à la Muette à la suite du Dauphin, et n’osèrent plus tenter de pareilles scènes.
Cette candeur et celte honnêteté n’étaient-elles pas comme le prélude à cette vie de vertu, de bonté et d’abnégation qui fut couronnée par le martyre ?
Le Dauphin et Marie-Antoinette passèrent les premiers temps de leur mariage au château de la
Muette. Après la mort de Louis XV, le premier acte du jeune souverain fut l’édit connu sous le nom d’édit de la Muette. On y trouve le passage suivant :
« 11 est des dépenses qui tiennent à notre personne et au faste de notre cour ; sur celles-là nous pourrpns suivre plus promptement les mouvements de notre cœtir, et nous nous occupons déjà des moyens de les réduire à des bornes convenables. De tels sacrifices ne nous coûteront rien dès qu’ils pourront tourner au soulagement de nos sujets ; leur bonheur sera notre gloire, et le bien que nous pourrons leur faire sera la plus douce récompense
de nos soins et de nos travaux. Voulant que cet édit, le premier émané de notre autorité, porte l’empreinte de ces dispositions et soit comme le gage de nos intentions, nous nous proposons de dispenser nos sujets du droit qui nous est dû à cause de notre avènement à la couronne » .
Est-il possible de lire ces lignes sans attendrissement !
Les circonstances ayant ramené la cour à Versailles, le château de la Muette ne fut plus visité que de temps en temps par le couple royal. Le Roi y venait au mois de mai pour y passer la revue des gardes-françaises; la Reine l’accompagnait, et restait quelques jours au château.
Je ne dois pas oublier de dire que c’est auprès de la Muette qu’eut lieu, en 1783, la première ascension aérostatique tentée en France. Pilatre-
Durosier, accompagné du marquis d’Arlande,
s’éleva dans les airs en présence de la Cour, et aux applaudissements d’une foule immense.
C’est dans les jardins de la Muette que fut servi, en 1790, le grand banquet donné par la ville de
Paris aux députés de tous les corps de l’armée et des communes de France, à l’occasion de la fédération. Plus de vingt mille fédérés prirent place à ce banquet monstre.
Enfin, comme Madrid, le château fut mis en vente et démoli en grande partie pendant la révolution. Ce qu’il en reste, les bâtiments modernes et le parc, forment encore aujourd’hui une très belle propriété.