‹ Le Bois de VincennesChapitre 15 sur 22 · SENTIER DE · texte numérisé non relu

SENTIER DE

Fois- de yincennes

lldefonse- ftousset Ffioto

j'eus raconté cette histoire. On nous parle sans cesse de la loyauté des anciens jours. La nôtre est de meilleur aloi. .le ne trouverais pas un seul fait pareil à celui que vous venez de conter dans les duels contemporains dont je possède la liste. »

Et, tirant de sa poche un portefeuille râpé, bourré de papiers hétérogènes , parmi lesquels il prit quelques feuillets jaunis : « La voici, ajouta-t-il. Elle commence bien tristement, le 22 juillet 1836, par le duel où Carrel succomba. Au mois d’avril suivant, un député, M. Mathieu de la Redorte, échange un coup de pistolet avec le rédacteur en chef du Corsaire, M. Viennot, qu’il blesse à la main.

« En voici deux qui se battirent au mois de juin 1839, & dont je n’ai jamais connu que les prénoms : Henri & Charles. Cf étaient deux jeunes officiers, sortis de Saint-Cyr.

<1 Ils se rencontrent un soir sur le boulevard des Italiens, au milieu d’un groupe de communs amis.

<« Henri tend la main à son camarade.

— Je ne la prends pas, dit celui-ci d’un ton sec.

— Pourquoi ?

— Parce qu’à l’école, je vous ai donné deux soufflets & que vous ne m’avez pas demandé raison.

— Moi !

— Vous-même.

— Mon ami, tu rêves.

— Je ne suis pas votre ami, & je ne rêve pas.

« La discussion s’échauffe, les camarades s’interposent, certifient à Charles qu’il est dans l'erreur, & l’engagent à se rétracter. 11 ne veut rien entendre & force le prétendu souffleté à lui demander raison.

<( Le lendemain, ils étaient ici. Charles était en proie à une agitation violente ; pendant que les témoins chargeaient les

pistolets, il s’écriait avec impatience : « On n’en finira donc pas ! »

« Les deux adversaires furent placés à vingt -cinq pas. Henri, que le sort avait désigné pour tirer le premier, fit feu, & Charles tomba, atteint en haut de la cuisse droite. La voiture qui l’avait amené le remporta tout sanglant, & il mourut en route, sur la place de la Bastille. 11 était deux heures de l’ après-midi ; les ouvriers qui flânaient sur cette place en mangeant un morceau ou qui regardaient les saltimbanques, ne se doutaient guère que dans le fiacre qui passait il y avait un homme qui rendait l’âme. »

Le vieux garde nous débita encore d’autres histoires de duels, plus ou moins tragiques. Il en savait des centaines; il avait reçu vingt mourants dans ses bras : malheureuses victimes d’un préjugé que tous les philosophes du monde n’ont pu détruire, même avec le puissant concours de la jurisprudence de feu M. Dupin, il nous parla du duel de MM. Schœlcher & Pécoul, commencé au bois de Boulogne, interrompu par la police, & continué au bois de Vincennes, heureusement sans effusion de sang. Il n’oublia pas, à la date du mois de janvier 18^0, le duel d’Auguste Lireux & d’Alexandre Weill, qui crurent devoir s’envoyer des balles à la tète après une discussion qu’ils avaient eue au divan Le Peletier, ce café actuellement détruit qui fut un moment la doublure de l’ancien café Procope. Notre cicérone nous parla aussi du duel de M. Charles Blanc avec M. Francis Lacombe.

Celui-ci avait donné à V Assemblée nationale un article dans lequel Louis Blanc était assez malmené. Charles Blanc épousa la cause de son frère absent, prit pour témoins MM. de Nieuwerkerke & Méry, & vint au bois de Vincennes, par une belle matinée de juin, rejoindre son adversaire, qui avait pour témoins MM. de Galonné & de Montépin.

DONJON DE YINCENNES

Bois de Vmxennes

HBa/ons & faussai B fais

Lorsque le signal eut été donné , les deux coups partirent à la fois. Atteint d’une balle dans la région du cœur, Francis Lacombe tomba, mais pour se relever aussitôt.

La balle s’était aplatie sur son porte-monnaie.

« Ma foi, dit Méry, voilà de l’argent bien placé ! »

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