CHAPITRE VIII
Le lac de Saint-Mandé . — La rivière Aimable, — La rivière de la Pompadour. — Cochonnet-club. — L’Asile impérial. — La brasserie. — Le lac de Charenton. ■ — Le temple & les grottes de Diane. — Conclusion.
En sortant du fort pour achever nos pérégrinations, nous entrons dans la portion du bois qui s’étend de Vincennes à Saint-Mandé , puis de Saint-Mandé à Charenton & à Gravelle.
Nous arrivons au bord du lac charmant de Saint-Mandé, jusqu’aux eaux duquel descendent des tapis de verdure. Les chênes, les bouleaux, les sycomores, les platanes, confondant leur feuillage , s’arrondissent en voûte au-dessus de sentiers
onduleux. L’ile centrale est couverte de hauts peupliers & bordée de satdes pleureurs. Au loin, derrière un majestueux rideau d’ombrage, s’élève nettement sur l’horizon l’historique donjon de Vincennes.
Il y eut là jadis un étang qu’alimentait les eaux du ru de Montreuil. Philippe le Hardi y avait fait conduire d’autres sources amenées à grands frais de Charonne & de Bagnolet, lorsqu’en 1274 il épousa à Vincennes Marie de Brabant. Voulant, en même temps, étendre le bois à l’ouest, il y annexa des terrains qu’il fit entourer de murailles, & dont il refoula plus loin les colons, moyennant préalable indemnité. Celle que reçut le proviseur de la Maison-Dieu de Charenton, pour quatre arpents de terre, monta à dix livres parisis : deux livres & demie l’arpent.
Le lac de Saint-Mandé occupe une superficie de deux hectares; il n’est plus alimenté par le ru de Montreuil, qui ne s’y déversait qif après un parcours très-long & préjudiciable à la pureté de ses eaux. Une voie souterraine conduit maintenant jusqu’aux grands collecteurs de Paris le ru de Montreuil.
Maintes fois j’ai fait le tour de cette pièce d’eau si heureusement encadrée. De riantes habitations, séparées du bois par des grilles, bordent, du côté du couchant, l’avenue qui longe le lac & qui porte encore le nom de Chaussée de l’Etang, en souvenir de celui qui datait de 1274.
Une circonstance qui est pour moi énigmatique, c’est que j’ai invariablement rencontré, dans le bois & particulièrement dans ces parages, des religieux & des Frères ignorantins ; ils vont par bandes, deux par deux comme des pensionnaires, les yeux baissés, la figure recueillie. On dirait qu’ils accomplissent une pénitence. D’où viennent ces religieux? 11 m’a été impossible de le savoir. L’un d’eux, auquel je me suis jiermis de
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