CÔTÉ DE ' JOINVILLE
bel hippodrome de Vincennes dont nous étions séparés patun lac & par une rivière oii nageaient des cygnes & des canards. Au fond, s’échelonnaient sur les collines les riantes habitations de Nogent-sur-Marne N de Fontenay- sous-Bois , qui devrait être appelé plus exactement Fontenay- sur- Bois. Au loin, le célèbre donjon de Vincennes découpait sa silhouette sur le ciel azuré. Quant à la vue qui s’offrait à nos yeux du côté méridional, nous n’en eûmes la parfaite compréhension qu’en arrivant au kiosque élégant qu’a placé sur une plate-forme exhaussée la prévoyance de M. Alphand, ingénieur en chef des merveilles de la ville de Paris.
Du haut du kiosque de Gravelle on jouit d’un panorama unique. Puisqu’en ce siècle positif, tout se résume par des chiffres, disons que la vue s’étend de l’ouest à l’est dans un espace de cinquante-deux kilomètres , & du nord au sud dans un espace de quarante - huit kilomètres. Au premier plan est un escarpement abrupte auquel se suspendent pêle-mêle des jardins, des villas & des chaumières, qui disparaîtront bientôt, car, afin de faciliter la montée, des rampes commodes vont être pratiquées depuis le plateau jusqu’à la Marne. Elle coule cent mètres plus bas, blanche N luisante comme un ruban de métal. Le territoire de toutes les communes qu’elle traverse, depuis Nogent jusqu’aux Carrières, se déroule au milieu de verdoyants massifs, de longues files de peupliers.
lotîtes les étapes du Tour de Marne se distinguent aisément du haut de cet observatoire.
N’est- ce pas là le clocher de Joinville N, plus loin, le magnifique viaduc de Nogent?
Pouvons-nous méconnaître les ombrages, les maisons de campagne, les parcs, qui couvrent la presqu’île de Saint- Maur?
Ces blanches silhouettes ne sont-elles pas celles de:.
retraites aristocratiques ou des vastes fermes de Chennevières, de Champigny, de Bonneuil, de Créteil?
Regardons à gauche, & la Marne nous arrive en droite ligne, en traçant un éblouissant sillon, avec lequel contrastent les teintes sombres du feuillage.
Regardons à droite, & nous suivons les ondulations des vagues qui caressent les contours des îles de Charentonneau , d’Enfer, de Robinson. Alfort se détache au milieu du delta fertile que forment la Seine & la Marne en confondant leurs eaux. Plus loin, serpentent les chemins de fer d’Orléans et de Lyon, dont les trains rapides, surmontés de panaches de fumée, font le désespoir du photographe qui veut les saisir au passage & les fixer sur sa plaque. Dans la plaine, sur les coteaux inondés de lumière ou de brume, sont une trentaine de villes & de villages : c’est Boissy- Saint -Léger, qui a conservé les souvenirs de Barras & de Berthier ; Choisy-le-Roi , séjour favori de Louis XV, réuni au château de Piples, séjour affectionné de Mme de Pompadour, par une route dont on distingue les grands arbres & qui porte encore le nom de la favorite. C’est Villeneuve- Saint-Georges , Vitry, Ivry, Jouy, Villejuif, Bicêtre, dont les bâtiments grandioses se dessinent à l’horizon. On distingue même, quand l’atmosphère est pure, le château de Meudon & les bras mobiles du moulin de la four, perché au sommet des collines de Lontenay-aux- Roses.
Le kiosque du plateau de Gravelle est divisé par ses colonnettes en seize compartiments. Nous nous plaçons successivement à chacune de ces larges baies, &, chaque fois, nous trouvons un aspect différent, un tableau nouveau.
Nous aurions pu rester longtemps en contemplation devant les splendides paysages de Gravelle; mais le maître queux du restaurateur Robert nous avait préparé une succu-