PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DU LIÈGE
ses propriétés caractéristiques ; il garde toute son élasticité et reste imputrescible. II y aurait peut-être lieu de tenter l'exploitation industrielle des principes qu'il contient : l'huile odorante, la cérine, un peu de tannin et d'acide gallique. Il est vrai que ces substances y sont en très faible quantité.
•••. Propriétés physiques da liège. — L'imperméabilité du liège, son élasticité, son inaltérabilité, son faible pouvoir conducteur pour la chaleur, et sa légèreté, sa densité ne dépassant pas 0,2i alors que le peuplier blanc d'Espagne, le bois le plus léger, a 0,32^ le rendent précieux pour de nombreux usages.
Quand on Tallume, le liège ne brûle pas vivement, il se charbonne et la flamme s'éteint bientôt, de telle sorte qu'il faut un feu violent pour le consumer.
!M9. lllverses espèces de eliénes emploliées pour la predoelIcHi du liège. — En tête de toutes se place le Quercus suher ou chêne-liège qui seul produit du bon liège. Il faut cependant citer un certain nombre d'espèces, d'ailleurs fort voisines, qui donnent des produits de qualité inférieure et de faible épaisseur. Ces faux-lièges sont :
Le chêne occidental ou Quercus oecidentalis Gay. dit encore Corder ou Corsier dans les Landes. Le caractère qui a motivé la distinction spécifique de cette essence, par rapport au chêne-liège, consiste dans ce fait que la maturation du gland et sa dissémination ne se produisent que la deuxième année qui suit la floraison, tandis que pour le Quercus suber elle s'effectue dès la fin de l'année même de la floraison. Ce caractère parait cependant insuffisant à beaucoup d'auteurs, car il peut arriver que le chène-liège, lui aussi, présente, parfois, la maturation bisannuelle. Tous les autres caractères importants sont d'ailleurs semblables. Nous comprendrons Tétudede cette espèce douteuse avec celle du Quercus suber. Ajoutons qu'une des particularités invoquées en faveur de la distinction d'un Quercus oecidentalis est sa localisation sur le bord de l'Océan (Landes, Portugal), tandis que le Quercus^ suber se trouve dans la région méditerranéenne.
Le chêne de Fontanes, ou Quercus Fontanesii Guss., est un arbre de grande taille, à port élancé, que Ton trouve notam-
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ment en Provence et dans les forêts montagneuses de l'Algérie, en Kabylie. Le liège qu'il produit est de faible épaisseur.
Citons encore le Querciis Pseudo suber d'Italie, le Quercus Morizii de Sardaigne, dont la distinction en tant qu'espèces est plus ou moins douteuse. Il existe d'ailleurs des hybrides de chênes différents, notamment en Algérie et Tunisie, en Espagne et aussi en France, qu'il est très difficile d'identifier au point de vue botanique.
Quoi qu'il en soit, le chêne-liège est de beaucoup la plus importante des essences productrices de liège et nous limiterons notre étude à cette espèce.
On ne connaît actuellement aucun produit naturel qui puisse remplacer le liège des chênes. Il existe cependant quelques plantes dont l'écorce ou la moelle ont des propriétés assez analogues à celles du liège en question. Il faut citer, à ce point de vue, l'écorce d'un arbre de la famille des Bignoniacées, qui produit une sorte de liège utilisable, mais la qualité de ce produit est loin d'égaler celle du liège proprement dit. Le liège est très accusé chez certains arbres de nos régions, comme chez le pin ou l'orme âgé chez lequel il forme des côtes saillantes de plus d'un centimètre d'épaisseur, néanmoins il n'y est pas exploité.
999. Le chéne-lièse, Quercus suber Lin. — Syn. : suro ; sioure ; surier ; sur (Provence) ; alcornoque (Espagne).
Caractères botaniques et description de tarbi^e. Candilions de sa culture {\), — C'est un arbre trapu, atteignant
(1) Nous citerons ici quelques ouvrages traitant du liège :
Nicolas Aymard, a Culture du chêne-liège dans le Var », Annales forestières, mai 1844.
Capgrand-Molhes, « Exploitation du liège », Revue des eatuc et forêts^ 1883, pp. 116 et 610 ; 1884, p. 481 .
A. Combe, Région du chêne-liège en Europe et dans C Afrique septentrionale ^ Alger, 1889.
Lamey, Le chêne-liège, sa culture et son exploitation, Paris, Berger- Levrault, 1893.
Hickel, « Notice sur les forêts de chéne-liège d*£spagne et du Portugal » Bulletin du ministère de ^agriculture, 1893, p. 293.
Mathieu, Flore forestière, i* édit , Pal-is, Berger-Levrault, 1897.
Henri Lefébure, Les forêts de V Algérie, Alger, Mustapha, 1900,
P. Mouillefert, Traité de sylviculture, tome II, Paris, Alcan, 1904.
PARASITES t029
généralement 10-12 mètres de hauteur et rarement 20 mètres. Il peut avoir 4 et même 5 mètres de circonférence.
Les feuilles sont persistantes jusqu'à la fin de la deuxième année, leur forme est ovale oblongue, leur bord est quelquefois entier mais plus souvent denté ; elles sont luisantes en dessus et grises ou blanchâtres velues en dessous.
Vers la quinzième année, l'arbre commence à produire des glands, qui sont généralemenl gros et ovoïdes, grisâtres et velus. A leur base se trouve la cupule également grise tomenteuse, les écailles qui la revêtent se prolongent dans la partie supérieure en lanières molles et assez longues. Ces glands sont portés, isolés ou par deux, à l'extrémité de courts pédoncules.
Le chêne-liège croit sur les plateaux ou dans les régions montagneuses de faible élévation. Il s'écarte peu des bords de la Méditerranée. Dans les régions plus chaudes, il peut croître à une altitude plus élevée. C'est ainsi que dans les Pyrénées-Orientales on le trouve à 500 mètres, et qu'en Algérie il croit encore à 1000 mètres ; cet arbre est devenu l'essence importante des forêts algériennes.
Il dépasse au nord la région de Tolivier et peut résister à des froids de 10 et 12 degrés.
Les sols calcaires lui sont contraires. Il s'accommode très bien, par contre, des sols feldspathiques et schisteux, granitiques et siliceux en général.
Cet arbre possède une très grande longévité, 150 ans et plus. On obtient les meilleurs rendements en liège, en disposant les arbres isolément k la façon de fruitiers dans un verger.
•••. Parasites. — Une légion de parasites attaquent le tronc, les branches et les feuilles. Ce sont des Anobium, Orchcste, Cerf-volant, le Polymate du chêne, le Bombix du chêne, le Carabe sacré, le Sphinx du chêne, le Cynips, etc. Il est fort difficile de s'en débarrasser.
L'insecte qui cause les ravages les plus considérables dans les forêts de chêne-liège de l'Algérie, de la Tunisie et du midi de la France est la fourmi à tête rouge, le Cremastogaster scutellarts Oliv., espèce très commune dans tout le bassin de la Méditerranée, jusqu'en Asie-Mineure (1).
(i) Les détails que nous donnons ici, sur la fourmi qui attaque le liège
Cette fourmi établit son nid dans le liège de Tarbre et recherche plus volontiers le liège mâle ou liège naturel des arbres qui n'ont pas été démasclés ; toutefois elle s'attaque également au liège de reproduction ; sur les arbres démas* clés^ la fourmi s'introduit, par Tentre-baillement qui existe à la section de démasclage, entre Técorce mÀle et Técorce de reproduction. Les dégâts causés sont très importants : le liège est sillonné de galeries ; le nid est formé de chambres ovoïdes de 22 mm. de grand axe et 6 mm. de petit axe^ disposées le plus souvent parallèlement à Taxe longitudinal de Tarbre et situées à différents niveaux dans toute Tépaisseur de Técorce ; ces chambres communiquent entre elles par des galeries cylindriques de 2 mm. 5'à 3 mm. de diamètre; quelques-unes sont disposées perpendiculairement à la surface de l'écorce. Ces chambres et galeries sont en communication avec l'extérieur par des trous circulaires, de 2 mm. de diamètre environ, qui sont les seuls signes extérieurs do la présence des fourmis.
Les ouvrières sont des fourmis qui mesurent de 3 mm. 5 à 5 mm. 5 de longueur, la femelle atteint 9 à 10 millimètres. Ces fourmis possèdent deux fortes épines sur le métanotum. On rencontre les ouvrières sur le tronc des arbres où elles vont en longues files à la recherche des pucerons, qui abondent sur les jeunes rameaux. Ces fourmis sont très courageuses et dès qu'on frappe l'écorce du chêne, dans le liège duquel sont établies des galeries, on les voit sortir en bandes nombreuses pour attaquer l'agresseur. Les ouvriers chargés du démasclage redoutent beaucoup les morsures des fourmis qui, par leur grand nombre, rendent le travail très pénible.
Le volnuptialalieuenseptembre et octobre. Lafemelle fécondée hiverne et, au printemps suivant, elle commence à creuser son nid dans Les assises externes du liège et se met à pondre ; les larves qui éclosent de ces œufs donneront les premières ouvrières. Celles-ci se mettent à leur tour à l'ouvrage et agrandissent le nid en creusant de nouvelles galeries, tandis que la femelle continue à pondre ; le nid se complique de plus en
da chène-liège, sont empruntés à un travail de M. Seurat: ei Les insectes nui* sibles au chône liège », Rev. des cuit, coLy 1901, tome IV, p. 197.
M. Seurat, docteur es sciences naturelles, a pu étudier ces parasites sur place.