‹ Le boisChapitre 41 sur 140 · LES BOUCHONS DE LIÈGE · texte numérisé non relu

LES BOUCHONS DE LIÈGE

ment facile à affûter. Il suffit, en effet, de la laisser tourner en appuyant légèrement, alternativement d'un côté et de Tautre, une pierre pas trop vive.

On peut citer encore un emporte-pièce rotatif dont le diamètre intérieur correspond à celui des bouchons à obtenir. Il possède sur son axe un mouvement longitudinal commandé par un levier h fourche ; il pénètre dans la tablette de liège qui lui est présentée par la branche et y découpe un bouchon en s*y enfonçant. Plusieurs de ces emporte -pièces de calibres différents peuvent fonctionner solidairement et simultanément.

3* Traitement chimique. — Avant d'être livrés au commerce, les bouchons sont plongés dans un bain à base de chlorure d'étain ou d'acide oxalique, et on projette sur eux des vapeurs d'acide sulfureux. •

Le but de ces opérations est de leur donner une teinte uniforme et de les rendre plus malléables, tout en détruisant les germes des moisissures qui pourraient se développer ultérieurement lorsque le bouchon se trouve dans des conditions particulières d'humidité. Nous avons vu (p. 1032) que M. Bordas a récemment proposé, dans le même but, de soumettre les bouchons à Taction de la chaleur humide et de pratiquer ainsi leur stérilisation.

On fait parfois subir au liège une quatrième opération qui consiste à coller, d'une façon spéciale, plusieurs lames de liège ensemble pour obtenir des fermetures de flacons très larges, comme celles de certaines conserves.

Le liège des Landes^ notamment, renferme une résine spéciale que M. Salleron est parvenu à isoler et à dissoudre dans l'éther. Cette solution réalise une colle énergique grâce k laquelle on peut réunir entre elles des plaques de liège, pour obtenir les larges obturateurs dont nous venons de parler. Il suffit d'une petite presse à vis manœuvrée par un enfant pour que les pièces de liège soient réunies entre elles, de telle sorte qu'il devient impossible de les disjoindre.

Le bouchon peut être fait comme nous Ta vous indiqué, soit dans le sens de la longueur de la plaque de liège, autrement dit, de fil ; soit dans une direction perpendiculaire à la précédente, autrement dit, à contre -grain.

Les sortes obtenues sont : les bouchons cylindriques,

CHAPITRK X. — LE LIEGK

coniques, la bande (débitée à contre -grain), la topette ou petit bouchon de pharmacie. Les bouchons ordinaires valent quel(|ues francs le mille, mais les bouchons fins, à Champagne par exemple, ont un prix qui peut atteindre 150 francs et plus le mille. Ajoutons que le mille de bouchons de 15 à 17 lignes, soit 34 à 38 millimètres de h|iuteur,pèse de 2 kg. 6 A 3 kilos.

On fait, avec les lièges épais et les lièges marchands (voir plus haut) des bouchons qui valent : qualité extra, 12 francs le 1000 ; première qualité, 10 francs ; deuxième qualité, 8 francs ; et la quatrième, 2 fr. 50. Ces bouchons ont 33 mm. de longueur (15 lignes). On fait aussi des bouchons longs de Bordeaux à 25 francs le 1000 pour la première qualité et 17 francs pour la seconde ; des bouchons à limonade à 20 et 14 francs ; des bouchons d^lindriques à 15 et 10 francs le 1.000 ; des bouchons coniques à 13 et 8 francs ; enfin les bouchons pour le Champagne, dont le prix va de 100 à 150 francs le 1.000.

Les 1.000 kilogrammes de liège fournissent en moyenne 10.000 à 11.000 bouchons ordinaires.

Bouchons à Champagne (1) — On sait que ces bouchons doivent être taillés dans des plaques de liège très épaisses et de haute qualité. Leur prix se trouve, par conséquent, très élevé ; il était tout indiqué que l'on cherchât à fabriquer ces bouchons à bas prix au moyen d'autres méthodes.

Une manufacture des environs de Reims procède de la façon suivante : elle prend du liège d'épaisseur et de qualité courantes et elle fait des bouchons en deux parties. Les morceaux, taillés à tenon et mortaise, sont emboîtés l'un dans l'autre^ puis collés ensemble au moyen de colle-forte additionnée d'acide formique pour empêcher qu'un mauvais goût ne se transmette au vin par le bouchon. On procède ensuite au tournage et au polissage sur des disques de bois entourés de papier de verre plus ou moins fin.

Une autre usine, installée récemment sur les bords de la Marne, emploie des procédés tout diiférents. Les débris de liège sont préalablement réduits en poudre sous des meules, puis cette poudre, additionnée de nitrocellulose, est moulée,

(1) D'après la Revue scientifique, t" semestre 1903, p. 573.

irr" ■'

PABRICATION DU LIÈGE E?r PLAQUE 1047

à la presse hydraulique et sous forte pression, pour en faire des plaques dans lesquelles on découpe des morceaux que Ton imprègne de collodion dissous dans Tacétone pure. Après séchage dans une étuve chauffée à la vapeur, les morceaux sont tournés en cylindre et une chape, en liège naturel, est rapportée et collée sur la face supérieure du bouchon, de manière que celui-ci puisse résister à la pression des ficelles et fils de fer devant assurer son maintien sur le goulot de la bouteille et former le champignon.

Un kilo de pâte, contenant cinq parties et demie de poudre de liège pour dix parties de dissolution de nitrocellulose dans Facétone, revient à 12 francs et fournit la matière de 350 bouchons. On voit que le cent de bouchons à Champagne, fabriqués en aggloméré, ne revient pas à moins de 0 fr. 06, sans compter le bénéfice du fabricant. Une célèbre marque n'emploie que des bouchons de ce genre pour Tobturation des bouteilles de Champagne.

M9à. Fabrleatlon da liège en plaque. — Cette industrie, quoique moins importante que celle de la fabrication des bouchons, occupe de nombreux ouvriers et se prête à des applications variées, telles que la fabrication des bouées de sauvetage et des appareils flotteurs; en outre on emploie beaucoup de plaques de liège dans la construction et l'aménagement de rintérieur des maisons. Cette dernière utilisation a pris, dans les années récentes, un développement imprévu.

Le liège étant mauvais conducteur de la chaleur, beaucoup d'architectes remploient pour Taménagement des mansardes. Grâce à lui on a fait un pas sérieux vers la solution du difficile problème qui consiste à préserver les locataires de la chaleur pendant les mois d'été et du froid pendant les mois d*hiver.

On est arrivé à avoir des combles mansardés à l'abri de ce double inconvénient, en employant dans leur construction des carreaux en liège aggloméré.

Ces carreaux sont d^une épaisseur de 3 à 6 centimètres snr 25 à 50 centimètres ; ils peuvent être réunis par n'importe quel mortier^ sciés et cloués sans difficulté. On procède avec ces agglomérés de liège comme avec des briques cuites quand on bâtit. Il faut seulement avoir la précaution de ne

point les mouiller avant l'application de Tenduit en plâtre.

Ces carreaux isolants constituent encore un revêtement utile aux toitures des ateliers où il faut conserver une température égale.

L'usage des semelles de liège ou des enduits isolants, appliqués aux conduites de vapeur, entraîne une économie appréciable de combustible. On a calculé qu'ils réduisaient la condensation de 90 p. 100, c'est-à-dire que, par mètre carré et par heure, ils empêchaient 3 k. 163 de se transformer en eau. Cet emploi des revêtements de liège pour les tuyaux de vapeur se généralise dans les manufactures et les fabriques, où ils remplacent les pâtes et mastics qui n'ont donné que des résultats fort imparfaits.

L'emploi du liège en plaque offre quelques inconvénients. Ces plaques présentent souvent des trous par lesquels Tair pénètre. Les surfaces à protéger ne sont donc qu'incomplètement garanties contre l'action du froid et de la chaleur, de plus le liège ne résiste pas suffisamment aux variations de température, il se dilate, se contracte, absorbe de l'humidité, bien qu'en faible quantité, et change de forme.

L'invention des agglomérés est venue remédier & ces inconvénients. Us fournissent maintenant le revêtement protecteur que cherchait l'industrie, ils ont l'avantage de s'adapter à toutes les formes et donnent, comme calorifuges, de très bons résultats.

C'est avec ces agglomérés que l'on réalise le liège de construction, auquel nous avons déjà fait allusion {liégine),

)93o. Asfflomérés de lièse. — La taille des bouchons laisse un déchet de plus de moitié, près de 60 p. 100 de poids, des bandes employées. On a donc cherché l'utilisation de ces débris vendus à bas prix, et de florissantes industries se sont fondées qui emploient ces rognures et déchets de taille plus ou moins forte. Telle est l'origine de la fabrication des agglomérés, du linoléum, des calorifuges et de nombreux produits analogues.

Nous avons dit les inconvénients que présentait le liège en plaque comme isolant protecteur contre le froid, la chaleur, etc., ou comme calorifuge autour des conduites de vapeur et autres usages.

Page 1