BOIS D^ASIE
les palmiers, au sud de la zone, rappellent la flore tropicale.
Il faut citer encore le cedrela de la Chine [Cedrela SinensiSy de Jussieu). C'est un grand arbre qui ressemble à Tailante. Son bois présente un aubier blanchâtre et un cœur rosé ; il est dense, dur et élastique et d*une résistance considérable. C'est un bois de premier ordre se rapprochant de Facajou, qui appartient d'ailleurs à un arbre de la même famille. Il peut servir à la menuiserie et à Tébénisterie. On tente d'en introduire la culture en Europe (v. p. 210).
Le kœlreuteria paniculé du nord de la Chine a un bois qui ressemble à celui du frêne.
VElœococca (Euphorbiacées) donne, dans les provinces méridionales de la Chine, de V huile de bois (1).
L'huile de bois (huile d'EIaeococca) est employée par les Chinois pour la peinture et le vernissage des bateaux et de leurs accessoires^ des boiseries, Timpermcabilisaiion des étoffes, la fabrication de mastics et de caoutchouc factice. L'importation de cette substance, en Allemagne, en Angleterre et aux Etats-Unis^ est de 660.000 kilos^ elle est nulle en France par suite des droits élevés qui frappent ce produit. Il n est pas douteux que, s'ils venaient à baisser, les industries de la peinture, des vernis et du caoutchouc factice, y attacheraient l'intérêt qu'il comporte.
On trouve, depuis la Cochinchine jusqu'à Shanghaï, et dans les lies, depuis Haïnan jusqu'au sud du Japon, entre 10° et 34° de latitude nord, le Cinnamornum camphora ou camphrier, dont le bois, divisé en morceaux et distillé dans un alambic plus ou moins primitif fait avec des tubes de bambou et un condensateur en bois, donne le camphre. Ce produit est exporté en quantité considérable. D'autres végétaux, comme le Biumea balsamifera (Coniposées) du sud-est de la Chine, donnent aussi un camphre, mais plus grossier et utilisé sur place.
Les arbres conifères sont très répandus, on peut citer : le Sciadopytis verticillata, le cyprès funèbre, le podocarpe de Chine et le Gingko biloba, ces deux dernières espèces ont des
(1 ) L'hui]e de bancoulier du Tonkin (A leurites cordata), Euphorbiacées , présente une grande analogie avec celte « huile de bois », mais elle possède UD pouvoir siccalif plus proDoncé encore ; son emploi dans la fabrication des Ternis gras est tout indiqué.
'Tf-
1121 CHAPITRE XI. — LA FRODUCTIO?l DU BOIS DANS LE MO.NDE
feuilles larges et non en aiguilles ; le faux-mélèze de Kaempfer, au nord-est ; Tépicéa de Menziès.
Au sud de la Chine se trouve la Corée dont le 1/3 du sol est couvert de forêts, malheureusement pillées pour le chautTage des habitants. Cette région appartient à la zone de la flore tropicale.
991. Inde» Mu^laliie» ci Ceyiau. — L'Inde ne suffit pas à sa propre consommation en bois. Les statistiques (1895-96) évaluent à 76.500 milles carrés la surface des forêts de ce vaste pays dont la superficie totale est de 5.147.340 km^ Ces forets cadastrées sont réservTÎes par l'Etat. Elles se décomposent ainsi :
Provinces centrales 19.258 milles*
Bombay 12.986 —
Birmanie 14.058 —
Bengale 5.876 —
Madras 13.130 —
Provinces du nord-ouest . . . 3.822 —
Assam 3.681 —
Pendjab 1.681 —
Berar 4.179 —
Le long de lllimal^ya se déploient de magnifiques forêts qui ne couvrent cependant que 1/20 de la surface du sol; elles ont été longtemps exploitées sans mesure, ce qui a eu des conséquences déplorables. Le gouvernement anglais se préoccupe de mettre un terme au pillage^, et une administration forestière, dont les fonctionnaires se formaient, au début, à notre école de Nancy, a pris sous sa protection la restauration des forêts. •
On remarque particulièrement, sur les flancs de THimalaya, des chênes tels que : Qucrcus dilatata Lindley et Querctts incana Roxburgh ; des pins comme le pin élevé (Pintis excelsa Wallich) qui peuple de vastes étendues sur le versant sud-ouest, à une altitude moyenne de 2.000 à 2.500 mètres, il peut atteindre 50 mètres de hauteur; des sapins, comme VAbies Wchbiana Lindl. ; des mélèzes, comme le mélèze de Griffith (Ijorix Gri//lf/iii llookev), etc.
La flore des régions plus méridionales se rapporte à celle de la région dite méditerranéenne (voir p. 1078).
BOIS dasie:
Sur la côte ouest, et jusqu'à la chaîne de montag^nes qui sépare la région humide de la péninsule du reste du conti* nent région soumise d'ailleurs à l'influence des moussons du sud-ouest, on trouve de nombreuses espèces d'arbres à feuilles persistantes.
Ils appartiennent surtout aux familles suivantes : les Guttifères, les Diptérocarpées, les Méliacées, les Anonacées, les Burseracées, les Sapotacées, les Euphorbiacées, les Urticacées et les Palmiers. Beaucoup de ces essences donnent des bois particulièrement durs et de grande valeur; ce sont surtout les Diptérocarpées, les Calophylles, les Gédrélacées, les Isonandra (gutta-percha) et les Artocarpées (arbre à pain).
Le long de la côte de Coromandel (province de Karnatic), soumise aux moussons d'hiver ou du nord-est, le climat est plus sec, et les forêts d'arbres à feuilles persistantes sont constituées d'individus à taille plus restreinte et à bois dur appartenant surtout aux familles des Ebénacées, Sapotacées, Myrtacées, Capparidacées. Il faut ciler, parmi les bois produits, ceux de Y éhëne {Diospyros ehemim)^ des Mimusops^ du Tamarin^ du Neem et du Jaman.
Les forêts d'arbres à feuilles caduques occupent la plus grande partie de la péninsule; on y trouve le Teck^ le sdl (Shorea rohtista), le Santal 7*ouge (Pterocarpiis santalinus) qui est un bois de teinture, le santal proprement dit {Santalinn album), bois odorant des régions du Mysore, de Coimbelour et pays voisins; VAnjan {Hardwickia hinata), le bois le plus lourd des Indes; les Terminalia qui produisent les myrobolans ; le bois de Salin ; les plaqueminiers (Diospi/ros acacia albizzia)^ etc.
Il faut signaler encore l'arbre appelé padouk {Pterocaipus dalbergioides), qui est, après le teck, un des bois les plus remarquables des Indes. 11 abonde dans les lies Andaman et on fonde sur lui les plus grandes espérances. Celles-ci sont justifiées car ce bois a fait ses preuves pour l'artillerie, la carrosserie; il pourra rivaliser avec l'acajou pour l'ébénisterie. Il est plus durable et plus beau que le teck, il ne se gondole pas; son poids est un peu plus élevé, soit 15 ou 20 livres de plus par pied cube (I).
(1) Pour avoir une connaissance plus étendue de ce sujet il faudrait consulter l'ouvrage d'un ancien inspecteur général des f'onHs de l'Inde, M. Rib>
1126 CHAPITRE Xr. — LA PRODUCTrON DU BOIS DANS LE MONDE
Birmanie. — Les forêts de teck de la Birmanie méritent une mention spéciale. Nous nous étendons d'ailleurs longuement sur cette essence et le bois qu'elle produit (1).
L'amirauté anglaise, qui emploie ce bois surtout pour ses bateaux, refuse le teck du Siam, celui de Birmanie étant considéré comme de meilleure qualité. Il n'en est pas moins vrai que le teck du Siam est utilisable dans la plupart des cas.
Le teck croit naturellement, et dans de bonnes conditions, entre 25*^ et 15^ de lat. N., dans toutes les parties de la Birmanie, y compris les Etats Shans et abstraction faite des territoires h Touest de l'Irraouaddy, des terrains alluvionnaires des deltas et de quelques districts au S.-O. de Mandalay. Les arbres poussent parfaitement dans les différentes forêts du pays, dont ils ne constituent d'ailleurs pas Tessence unique, ni même dominante ; ils y atteignent parfois, dans les terrains à base granitique, plus de 17 pieds de circonférence. Si quelques-unes des forêts birmanes sont presque épuisées aujourd'hui (celles de l'Ataran, au S.-E. de Moulmein, par exemple), d'autres conservent encore une très grande valeur et sont renommées pour leur richesse, celles de Pyimnana surtout qui se placent au premier rang par l'abondance et la qualité de leurs produits, ayant fourni, en 10 ansj plus de 300.000 pièces de bois de teck à la consommation industrielle (2).
Les ressources forestières de la Birmanie furent d'abord gaspillées par l'administration birmane ; le premier acte de l'administration anglaise fut, dès 1826, de déclarer les forêts propriétés domaniales. Puis, en 1857, on installa des pépinières de tecks sur l'Irraouaddy, un peu au-dessous de Prome, sur 60 hectares. Les résultats furent favorables, aussi ces nonrriceries ont-elles été multipliées depuis. La conservation des forêts de teck coûte très cher au gouvernement qui doit entretenir de nombreux agents ; néanmoins, elles produisent un revenu considérable.
bentrop, intitulé : Forestry in British India. In-8®, 245 pages avec cartes coloriées. Imprimerie officielle. Calcutta, 1900.
(t) Chap. IX. Etude spéciale des bois utiles et des essences qui les produisent, W partie, bois exotiques, art 210. p. 987.
i2) La vé(je talion, V exploitât ion et la culture des tecks en Birmanie (R. Colon., 29 juillet 1897, pp. 123-124).
BOIS d'asie 1127
Nous citerons encore parmi les arbres les plus précieux de cette province, qu'il nous importe de connaître puisqu'elle est proche de nos possessions d'Indo-Chine, les essences suivantes :
Le Pyeng-ma [Lagerstremia reginx)^ bois rouge, excellent pour la construction des navires ;
Le Pyeng-ga do [Xylia dolabriformis)^ excellent pour les travaux des ingénieurs et des architectes ;
\JEng {Dipterocarpus tuberculatus)^ qui produit une résine très utile ;
Le Gyo {Schleichera trijuga)^ bois très dur et très serré propre à faire des presses pour le coton, des cylindres pour les moulins à sucre ;
Le Then-gan {Hopea odorala), un des plus beaux arbres delà contrée, excellent pour les constructions nautiques ; le bambou, les chênes, dans les régions montagneuses ; le cocotier ; les palétuviers sur la côte, etc.
Pendant Tannée fiscale 1898-1899^ les importations et exportations des bois d'œuvre communs se sont élevées aux chiffres suivants :
fmporêations
Quantités Valeurs
en tonnes en
cubiques (1) roupies (2)
Bois de teck 7.795 581.272
Autres bois 15.301 728.437
Totaux. .... 23.096 1.309.709
Volume en mètres cubes (réexpéditions déduites) 26.727
Valeur en francs (réexportations
déduites) 2.145.234
Exportations
Bois de teck 77.376 9.548.026
Autres bois 2.270 151.048
Totaux 79.646 9.699.073
Volume en mètres cubes .... 90.150
(i) La tonne cubique équivaut à 1 me. 132. (i) La valeur de la roupie est d'environ 1 fr. 68.
Valeur en francs 16.295.000
Santal, ébène et autres bois orne-
racnlaux (valeur en francs). . . 986.054
Ceylan. — Les forêts de haute futaie occupent 12 p. 100 de cette lie dont la surface totale est de près de 6.400.000 hectares ; elle était autrefois entièrement couverte par la végétation forestière. Les exploitations des bois de satin et d'ébène, jadis très considérables, sont de plus en plus restreintes.
Nous citerons quelques-uns des bois les plus intéressants de Ceylan : le hois de Coromandel ou calamandre {Diospyros quaesita), exclusif à Ceylan, il y devient très rare. Il est lourd, d'une riche couleur havane, avec veines brillantes, noires, formant marbrure. On en fait des meubles de luxe. Le bois nécessaire à un petit meuble de 1 m. 75 de haut sur 1 m. 20 de large a coûté 800 fr. à Ceylan même.
Le tmnarin {Tamarindits indicà). Ressemble au coromandel mais sa teinte est rose. Il est recherché pour Tébénisterie.
L'ébène {Diospyros ebeniim), La provenance de Ceylan est très recherchée. Il devient rare et se vend 350 francs la tonne.
Le bois de satin {Chloroxylon Swietenia), Recherché en ébénisterie et pour la fabrication des brosses. La qualité lustrée, à effets soyeux, appelée flowered wood (bois fleuri) se vend un très haut prix.
Le na {Mesiia ferrea) et le palou {Mbniisops hexandra) sont des « bois de fer » du commerce, ainsi que le ranai [Persea semecarpifolia). Ils sont très durs, très lourds, presque incor^ ruptibles ; on les recherche pour les constructions de longue durée. Le palou prend un beau poli et se sculpte très bien. Le ranai a de beaux reflets fauves.
Le sapoii {Michelia champaca) et le loimonmidella {Melia difbia), bois roux, légers, faciles à travailler, dont on se sert pour plafonds et boiseries.
Le 7nil/a ( Vi/ex altissima)^ bois de construction très apprécié à Ceylan; on l'utilise encore pour la menuiserie, Tébénisterie, la confection des traverses de chemins de fer ; sa couleur est jaunâtre ou grisâtre. L'arbre atteint de fortes dimensions.
Uhabnilla {Berrya ammomi/la), c'est le « bois de trincou-
BOIS DASIE
malie » du commerce, il est rougeâlre, très résistant, très élastique ; il est recherché pour le charronnage. Le gouvernement des Indes en importe pour ses arsenaux. Il sert à Gcylan à faire des douves, des tonneaux employés au transport de Thuile de coco. L'arbre atteint 18 à 20 m. de haut sur 60 cm. de diamètre, au maximum. Il croit dans les régions humides.
Le koianbouk (Terminalia glabra)^ bois dur,ressemble assez au teck et, lorsqu'il est veiné, il peut remplacer le coromandel. On remploie pour les travaux de charpente et d'écluses ; la cendre de Técorce contient beaucoup de chaux que les indigènes associent au bétel qu'ils ont Thabitude de chiquer. C'est un bel arbre de 43 mètres sur 2 m. 5 à 3 mètres.
Le hora {Dipterocarpus zeylaniciis)^ arbre géant dont le bois sert à faire des tonneaux pour la plombagine.
\\îh\xitxicovQc\iQv:\QJak{Artocarpusintegnfolia)^ lenedoun [Pericopsis mooniana), le Souriyamara (Alhizzia odoralissimà) et le ouah {Cassia siamea)^ bois de menuiserie ; Villupai ou mi {Bassia longifolià) et le kon [Schleichera trijugà), bois de charpente durs et lourds.
Trois espèces de mangliers donnent des bois susceptibles d'être employés en ébénisterie et en menuiserie où ils pourraient remplacer le chêne. Ces bois renferment de larges rayons médullaires. Ce sont : Wirberiya {Carallia calycina), le doivata (C. iniegerrima) et le welipenna {Anisophylla zeylanica).
Les palmiers suivants : le cocotier {Cocos nucifera)^ le palmyre {Borassus flabelliformis) et le kitul {Caryota urens)^ ont des bois marbrés beaux et utiles.
On trouve à Ceylan plusieurs rotins (Calamus) ; on refend les uns en petites lanières pour faire les sièges et les fauteuils, dits chaises et fauteuils de canne ; d'autres, d'une consistance ligneuse, sont utilisés comme cannes connues sous les noms de joncs et rotins; d'autres enfin se réduisent en filasse avec laquelle on fait des cordages solides.
On rencontre h Ceylan plusieurs espèces de bambous employés à toutes sortes d'usages.
Ou y a acclimaté les acacias et les eucalyptus qui donnent du bois de chauffage.
Parmi les bois de teinture il faut citer : le bois de Sappan [Cœsalpinia sappan)^ dont il est exporte pour 40.000 francs
en Angleterre; \c jaquier {Artocarpus integrifolid) qui donne une couleur jaune canari (1).
999. Arehipel ntalata. — Java, Sumatra, Bornéo et les autres lies de Tarchipel malais sont recouvertes de la riche végétation des tropiques et îa forêt vierge y est fréquente.
On y trouve le teck, le bambou, le bananier, des palmiers, entre autres le rotin (2).
Le teck, appelé Djati Kapoor dans les Indes néerlandaises, croît spontanément dans les vastes forêts des hautes régions centrales et orientales de Java.
Citons encore les bois suivants :
Arang (bois d'ébène), qui se trouve aux îles Moluques, et surtout à Bouro, dans son pays natal. Ce bois a une couleur noire, une structure compacte plus belle que partout ailleurs;
Behlo'Han est le bois d'un Dyospyros voisin de TEbénier. 11 peut remplacer en ébénisterie le bois d'ébène. Les indigènes s'en servent fréquemment pour faire des ailes ou balanciers à leurs barques afin d'en maintenir l'équilibre sur les flots ;
Masi Meira (Nania vera), un des bois les meilleurs pour les constructions navales car il résiste à l'action des Taretsqui endommagent parfois le bois de teck.
Il existe dans Tarchipel malais plusieurs bois, dits « bois de fer », notamment le « bois de fer de Bornéo » ou Billion" tembaga {Etisideroxylon Zwageri), dont le poids spécifique est très élevé, soit 1,054 à l,HO. Des essais de résistance de ce bois ont été faits au Laboratoire de TEcole des ponts et chaussées, ils ont montré qu'il se plaçait au premier rang des bois les plus résistants à la compression comme à la traction, et aussi au cisaillement.
Citons encore les bois de fer appelés : Kojoe Besi, très utilisé pour le revêtement des ouvrages maritimes, et Tanœu qui a la pesanteur de Tébène, il est eiuployé en ébénisterie.
Les Indes néerlandaises ont exporté, en 1897, des lianes
(1) K. Vœlckel, loc. cit.
(2) Voir Ridlcy U. N. The Timbers of Ihe Malay Peninsuh (A g ricultural BuUeti7i of the Strmts and Federated Malay States^ vol. 4, 1902).
BOIS d'asije 1131
de potin pour une valeur de 3.300.000 florins (de 2 fr. 10 environ).
La partie de Tlle de Bornéo soumise au protectorat anglais n*a pas tardé & prendre de la valeur depuis l'époque assez récente où s'est établi ce protectorat ; les bois précieux s'y exportent déjà et^ par Hong-Kong, se répandent sur la Chine .
•SS. I^'Indo-Chlne. — I. Possesiions anglaises. — La Birmanie et la presqu'île de Malacca possèdent de riches forêts où domine le teck (voir p. 987 et p 996).
II. Royaume de Siam. — Le Siam possède des forêts d'une végétation vigoureuse, grâce au climat chaud que rendent humide des pluies périodiques. Le teck en est la principale richesse (voir p. 991). L'exploitation du bois de teck est faite par des entreprises qui sont surtout anglaises ou américaines^ mais les ouvriei-s sont tous des protégés français venant de Luang-Prabang. L'exportation de ce bois s'élevait à 62.000 tonnes, valant 7 millions de francs, en 1895 ; à 22.692 tonnes, valant 4.215.000 fr., en 1898 ; à 36.616 tonnes, valant 8.096.000 fr., en 1899.
Il existe dans l'intérieur^ beaucoup d'autres essences, dont l'une, le Takieng, peut rivaliser avec le teck et possède de plus que lui la propriété de se courber facilement. On peut mentionner aussi le jacquier, dont le cœur produit une couleur jaune et qu'on pourrait employer en ébénisterie ; le rhizophora manglier qui croit sur les côtes et dont l'écorce est utilisée pour le tannage. Il existe des pins riches en résine, notamment sur la côte orientale du golfe de Siam. Plusieurs essences donnent de bons bois de teinture.
Malgré la richesse du pays en forêts, le Siam importe une notable quantité de bois; pendant l'année 1900-1901, cette importation s'est élevée, pour les bois sciés et non sciés, h 776.035 fr. dont 737.472 fr. 50 de planches, poutres et voliges venant de Singapour ; ces bois, de très bon marché : 24 à 25 fr. le cent de planches de 10 à 1 1 millimètres d'épaisseur sur 20 centimètres de largeur et 3 mètres de longueur, sont d'un mauvais usage. Il est surprenant qu^il n'ait pas été déjà installé des scieries dans les régions montagneuses et boisées que traverse le chemin de fer de Korat. Elles trouveraient, outre ce
1132 CHAPITRK XI. — LA PHODl'CnON DU BOIS DANS LE MONDE
moyen de transport, de la force motrice, car il existe dans cette région de nombreux petits cours d'eau, rarement secs, possédant des chutes fréquentes. On obtiendrait sans doute du gouvernement siamois des concessions a bas prix; la question est à étudier pour nos jeunes industriels disposant de petits capitaux. Il faut tenir compte de l'insalubrité du climat, insalubrité qui disparaîtrait d^ailleurs au fur et à mesure du défrichement (1).
III. Indo-Chine française (voir chapitre XII, Bois des colonies françaises)
984. Japon. — Le Japon possède de belles forêts s'étendant sur plus de 1.700.000 hectares certaines; statistiques donnent un chiffre plus élevé. L'Etat est possesseur de la moitié de ces forêts, qui sont exploitées, comme en Europe, suivant les principes de la sylviculture. Le Japon possède un service forestier et un collège d'enseignement agricole et forestier établi dans Tun des faubourgs de Tokio.
Les forêts du Japon sont riches en essences utiles, notamment pour la fabrication des meubles et Tédification des constructions. Nous allons en citer quelques-unes :
Arbres felillus a feuilles caduques. — On trouve au Japon : des chênes, comme le Quercus variabilis (Abemaki), qui atteint 2 m. 50 de circonférence sur près de 20 mètres de hauteur. On utilise son bois pour le chauffage et son liège pour la fabrication des bouchons.
Des hêtres, comme le Fagtis sylvatica (B///îa).Cette espèce, qui est notre hêtre d'Europe, atteint au Japon 3 mètres de circonférence sur 15 mètres de hauteur. On l'emploie pour les ouvrages de tour, la fabrication des instruments agricoles et celle de menus objets.
Des ormes, comme VUlmus parviflora [Akiniré), qui a environ 1 mètre de circonférence et une hauteur de 15 mètres. Son bois sert à la fabrication des meubles et ouvrages de tour.
Des charmes, comme le Carpinus japonica {Akashide), de 12 mètres de hauteur sur 1 mètre de circonférence. Il sert pour le chauffage et la fabrication des instruments aratoires.
(1) Bulletin économique de l'/ndo-Chine, 4902.
BOIS b'asie 1133
Des ostpya, comme VOstrya virginicaj qui a 1 m. 50 de circonférence sur 20 mèlres de hauteur. Il entre dans la confection des meubles.
Des aulnes, VAlnus ynarilima, de 12 mètres de hauteur sur 1 mèlre de circonférence. On en fait du charbon de bois peur la fabrication de la poudre à canon.
Parmi les autres genres existant aussi en Europe, il faut citer encore les frênes ; un .Esculus, VA. tiirfnnata {Tochï)^ petit arbre dont le boîs sert î\ la construction des maisons et des objets tournés destinés à être vernis. On Tutilise aussi pour la fabrication des boites et des petits plateaux ; les Juglandés ou Noyers sont représentés au Japon par un genre voisin du genre Jiiglans, le genre Pterocarya.
Parmi les autres espèces, plus spécialement asiatiques, il faut mentionner :
Le Diospyros lotus ou plaqueminier faux lotus (Marne- Gaki)j qui a t m. 50 de circonférence et 12 mètres de hauteur. Son bois sert à fabriquer des petits objets, des ouvrages tournés, etc. Les fruits produisent un suc dont on tire le Shibit qui est une sorte de vernis.
VElœoccoca cordata {Aburagiri), arbre de 9 mètres de hauteur sur i m. 20 de circonférence ; sert à la fabrication des boites, des chaussures en bois. L^écorce est employée en teinture.
Le Cercidophyllum japonicum {Katsura) . Hauteur 25 mètres, circonférence 3 mètres. Employé dans la construction des maisons et la fabrication des objets tournés et des boites.
Les magnolias, comme le M, hypoleuca. Hauteur 15 mètres, circonférence 2 m. 50. On en fait des tables, des chaussures en bois, des crayons et du charbon de bois.
Le Paulownia imperialis Siebold et Zuccarini. Cet arbre, bien connu chez nous où il sert à la décoration des parcs et des squares, croit disséminé dans les forêts de File de Niphon. C'est un arbre de deuxième grandeur, mais qui peut atteindre en diamètre de très fortes dimensions. Le fût est droit, la cime ample, formée de branches tortueuses.
Le bois de paulownia n'a guère d'équivalent chez nous pour la légèreté, qui égale presque celle du liège ; cela ne Tempêche pas de rester tenace. Il est particulièrement
1134 CHAPITRE tu — Là PRODUCTION DU fiOIS DANS LE MONDE
apte à entrer dans la confection de boites légères, de malles, de petits meubles comme les étagères.
Le Picrasma allanthoides [Nigaki), Arbre d'une quinzaine de mètres. Employé dans la fabrication des instruments agricoles. L'écorce a des propriétés insecticides.
Le Sophora japonictty arbre voisin de notre robinier fauxacacia. Sa croissance est remarquablement rapide. Il se cultive très bien chez nous. Son bois ne vaut pas celui du robinia.
Le Stuartia monadelpha [Sanità), employé pour la fabrication de divers instruments ;
Le Styrax Japoniciim (Ego), petit arbre dont le bois sert à faire des toupies ;
Le Zelkowa acwninata (fam. des Ulmacées). C'est un grand arbre à croissance assez rapide qui se trouve dans les forêts de rile de Kiou-Siou. Son bois est très dur, très tenace, et cependant très souple. Il se rapproche du bois de frêne plus que du bois d'orme. Il est considéré comme le meilleur bois du Japon et employé dans les constructions navales.
Cet arbre est rustique chez nous et mérite l'attention des forestiers.
Arbres feuillus a feuilles persistantes. — Beaucoup de feuillus du Japon sont des arbres toujours verts. Les bois suivants sont, en général, employés dans les constructions navales et des maisons ; quelques-uns servent à la fabrication d'objets tournes et de petits meubles :
L'Akagashi {Querciis acutà) ; VAsebi {Andromeda japonica) ; le Biwa {Phatinia japonica) ; Ylnutsugiie (Ilex crenata) ; Vlnosuki {Distylium racc77iosum), bois de premier ordre. Des essais ont été faits pour introduire sa culture en Europe; le Kagonocki [Actirtodaphne lancifolia)\ le KiisU" noki {Cimiamonunn camphora), camphrier. Le bois soumis à la distillation donne le camphre ; le Mokkoku {Ternstromiia Japonica) ; le Nikkei {Cinnainomum Latireriï) ; le Shii {Quer» eus cuspidala) ; le Tohera {Pittosponmi tobira) ; le Tsuge [Buxus japonica) iVUkame-gashi (Querctts phyllireoïdes)\\e bambou, qui sert aux usages les plus variés : charpentes, pièces d'échafaudage, carcasses de murs, échelles, conduites d'eau, robinets, corps de pompes, tuiles, stores, etc.
CoiMFÈKEs. — Il croit au Japon : des pins, comme le Pinm
BOIS D* AFRIQUE llâ5
densiflora^ le P, Thimbergii, le P. Massoniana, etc. , dont on utilise le bois ; des sapins, comme le sapin de Veitch (Abies Veùchit)^ qui croit dans les montagnes de Tlle de Niphon k une altitude supérieure à 2.000 m.; des Epicéas, comme Y Epicéa de Menzies {Picea Mènziesii Carrière, Picea Sitchensis Carrière), bois léger et fort, assez estimé ; un mélèze, le mélèze du Japon (Lajnx leptotepis Murray, Larix japonica Carrière), il se trouve surtout dans les montagnes de Tlle japonaise de Niphon. C'est un grand arbre de 30 mètres ressemblant beaucoup au mélèze d'Europe mais avec un feuillage plus fourni, en outre, sa croissance est beaucoup plus rapide. Cette essence produit un boi» qui a toutes les qualités de celui de notre espèce indigène et est propre aux mêmes emplois. Introduit en Europe depuis 1860, il se montre très rustique.
Le Cryptomeria du Japon {Cryptomeria japonica Don.). C'est un grand arbre qui peut atteindre 40 m. de haut sur 2 m. de diamètre ; il peuple les forêts des lies de Niphon et de Kiou-Siou. Le fût est droit et élancé et la cime très régulièrement conique. Son bois est assez peu connu. Introduit en Europe en 1850, cet arbre s'est montré très rustique.
Le faux-cyprès ohius {Chamaecyparis obtusa Sieb. et Zuc). Cette essence peuple les forêts des montagnes de l'Ile de Niphon; elle peut atteindre 30 m. de hauteur sur 1 m. de diamètre, c'est le fameux Hinoki du Japon. Le bois en est léger, très fort, très durable et souvent employé pour les meubles et les constructions ; il est sans analogue dans nos pays. Cette essence intéressante a été introduite en Europe (forêts d'Eberswald) depuis quelques années. Elle s'est montrée rustique, végétant bien, mais lentement (v. p. 210).