LA RÉUNION
employés dans la charpente, dans la menuiserie et dans Tébénisterie. Cette importation s'est élevée :
En 1845, à 37.998 madriers de sapin et de pin, à 551 pièces et 150 planches de bois dur ;
En 1896, à 37.615 madriers de sapin et de pin, à 2.012 planches et 122 pièces de bois dur ;
En 1897, à 23.610 madriers de pin et de sapin et à 5.298 planches^ 754 traverses et 15 pièces de bois dur;
En 1898, à 33.358 madriers de pin et de sapin et à 374 pièces, 943 planches et 1.738 traverses de bois dur.
Le sapin vient principalement de Norvège, et les bois durs de Tlnde qui fournit le bois de teck, de l'Australie qui envoie du bois de jarrah, et de Madagascar qui envoie des bois provenant d'essences appartenant à la famille des Sapolacées, très voisines de nos essences indigènes.
Il va sans dire que la Réunion n'exporte pas de bois.
V. Reboisement. — De tout ce qui précède l'on pourrait conclure que, dans un avenir prochain, les marchés de la colonie seront dépourvus de bois de construction et de bois de chauffage provenant du pays. On peut affirmer, aujourd'hui, que cette éventualité n'est plus à craindre, grâce au reboisement qui prend de jour en jour de plus grands développements.
Certes, les bois des essences précieuses, le tamarin des hauts excepté, se feront de plus en plus rares pendant de longues années encore. Les forêts des particuliers s'épuiseront de plus en plus au fur et à mesure que la propriété se morcellera. D'autre part, le Domaine, pour conserver les essences précieuses du pays, pour améliorer ses forêts et arriver à leur aménagement, sera tenu à des périodes de transition assez longues pendant lesquelles il ne pourra livrer à la consommation que les bois provenant d'arbres dépérissants devenus inutiles pour la régénération. Or, les produits de ce genre ne suffisent déjà plus pour satisfaire aux besoins des services publics coloniaux et municipaux.
Mais des esprits éclairés et soucieux des véritables intérêts du pays avaient vu depuis longtemps le danger que les défrichements immodérés feraient courir tôt ou tard à la colonie.
Les pouvoirs publics d'une part, durent légiférer, à plu-
I26â cuÂPiTHE XII. — fiôis Des duLoMiEs françaises
sieurs reprises, pour mettre un frein â ces dévastations, et le Règlement forestier du 25 février 1874, devenu le code des eaux et forêts de la colonie, a édicté à cet égard les prescriptions les plus utiles.
Dès sa création, le Service des eaux et forêts s*est attaché au travail de reboisement. Les essais portèrent d'abord sur les terrains dénudés et arides du littoral.
Le filao. — Une essence importée dans le pays en 1763, le filao {Casttarina equisetifolia), semblnii y prospérer. On la propagea dans diverses localités ne possédant qu'un sol aride : sable, lave, plaines caillouteuses, et Ton obtient les meilleurs résultats.
On a estimé à 1.900 hectares la superficie des terrains autrefois arides qui ont été reboisés à ce jour avec le filao par le Service des eaux et forêts de la colonie.
Si à ce chiffre on ajoute 2.000 hectares environ de laves qui ont été reboisés naturellement, par le filao, dans les communes de Saint-Philippe et de Sainte-Rose, on voit que le service local, à lui seul, possède actuellement 3.900 hectares environ de forêts de filaos.
Mais en même temps que le Service local, les propriétaires de la colonie multiplièrent également le filao sur les parties les moins fertiles de leurs domaines, et purent ainsi s'approvisionner facilement en bois de chauifage. Plus récemment, on s'aperçut que, dans les régions humides, le filao Constituait un excellent tuteur et abri pour les plantations de vanilliers. Le reboisement par le filao prit alors un nouvel essor, et l'on peut voir aujourd'hui des peuplements considérables de cette essence sur tout le littoral de la colonie.
Ces forêts de filaos particulières et domaniales fournissent aujourd'hui presque tout le bois de chaufi'age consommé dans la colonie. Le bois de filao (1), très dense, est l'un des
(1) En voici les caractères : aubier blanc grisâtre, bois parfait brun-rougoàtre; rayons médullaires, les uns gros bien visibles à Toeil nu, d'autres plus Hns ; ces rayons sont hauts et produisent une rnaillure qui rappelle le chônc. Les gros vaisseaux forment une zone poreuse au bord interne de l*accroissement,puis sont disséminés par deux ou quatre dans la niasse; malgré cela les couches annuelles sont assez peu distinctes. Le fait s'explique par la végétation continue de l'arbre^ d'où résulte aussi l'homogénéité du bois. Il existe un parenchyme ligneux abondant formant des arcs divisés cooceu triques, qui se détachent sur le fond par leur couleur bruu-roux.
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meilleurs bois de chauffage connus ; le charbon qu'il fournit est également de première qualité. Jusqu^à ces dernières années, il n'était employé que comme bois à feu; mais depuis la raréfaction des bons bois de construction sur le marché^ on l'utilise couramment pour la charpente et Ton peut dire qu il est apte à tous les usages du chêne. Employé à l'état Agé et à Tabride Thumidité, il constitue en effet un bon bois de charpente, car il ne le cède en rien aux bois des bonnes essences du pays pour la dureté et les qualités de résistance. Son principal défaut est de se détériorer rapidement lorsqu'il est exposé aux alternatives de sécheresse et d'humidité. Injecté, le bois de filao pourrait peut-être fournir d'excellentes traverses et rendre ainsi de grands services à TEtat, qui ne trouve plus dans la colonie les traverses nécessaires à l'exploitation du chemin de fer local. Il est regrettable que des expériences n'aient pas encore été faites à ce sujet. Au prix actuel du bois de filao âgé de 36 à 30 ans, la traverse reviendrait sur pied à 0 fr. 70, au plus. Si Ton estime que le façonnage de la traverse coûte un franc et (|ue le prix de revient d'une bonne préparation à la créosote serait ici de
0 fr. 90 au plus par traverse, comme en Europe, on verra que la traverse de filao injectée ne reviendrait qu'à 2 fr. 60 l'une, alors que TËtat paye actuellement 5 francs en moyenne les traverses faites avec les bois des essences indigènes. Il n'est pas tenu compte dans le calcul des frais de transport qui SO' raient très minimes, car les forêts appelées à fournir ces tra^ verses sont toutes desservies par la voie ferrée. L'exploitation du chemin de fer pourrait donc les prendre à pied d'oeuvre. Le développement de la voie ferrée locale est de 115 kilomè^ très. Si l'on admet qu'il faille 1.250 traverses pour construire
1 kilomètre de chemin de fer à voie unique, y compris les voies de garage et que la durée des traverses soit de 10 ans, il faudrait une consommation annuelle de 15.000 traverses environ pour assurer l'entretien de la voie ferrée locale. Au prix de 2 fr. 60 la traverse, l'Etat réaliserait donc une économie annuelle de 36.000 francs environ, s'il pouvait substituer le bois de lilao injecté au bois maigre et au bois de petit natte qu'il a employé jusqu'ici. Ces bois disparaissent d'ailleurs rapidement^ et nous avons vu plus haut que déjà l'exploitaition du chemin de fer était obligée de faire venir des traver ses du dehors.
Les terrains de prédilection du filao sont les sables et les terrains d'alliivion du littoral ; mais cette essence n^est pas difficile ; on la retrouve sur tous les terrains jusqu'à l'altitude de 400 mètres environ. Son habitat préféré est la zone basse du littoral ; plus il s'éloigne de cette zone et plusses dimensions se restreignent.
Le filao croit très rapidement et peut être exploité à Tâge de 15 ans. Il rejette alors de souche, et peut être aménagé en taillis. Exploité à un âge plus avancé, il rejette beaucoup plus difficilement de souche. A Vkge de 25 ans, les forêts du littoral de Saint- Paul et de Saint-Gilles fournissent par hectare 200 cordes de bois de chaufi'age qui est vendu au prix de 15 francs la corde sur pied; ce qui constitue un produit de 3.000 francs, soit un revenu brut annuel de 120 francs par hectare. Ce revenu est beaucoup plus faible dans les autres régions de Tlle, dont le sol, plus ou moins compact, lui convient moins que les sables du littoral de Saint-Paul et de Saint-Gilles.
Il résulte de tout ce qui précède que le filao est la plus précieuse de toutes les essences qui ont été importées dans la colonie; les services qu'il rend sont considérables (1).
Deux autres essences, importées également vers la même époque que le filao, ont contribué, quoique dans une mesure beaucoup moindre, au reboisement du littoral de la colonie. Ce sont, le bois noir des bas (Acacia Lebheck) et le lilas de rinde (Melia Azedai^ach), On les rencontre àTétat disséminé dans les bois et forêts du littoral. Elles fournissent toutes deux du bois de charronnage et d'ébénisterie très estimé. Ces deux essences ont le défaut de se ramifier à une faible distance du sol et de ne donner ainsi qu'une faible hauteur de fût. Ce défaut serait sans doute corrigé en conduisant les peuplements en massif serré dans le jeune â,ge. Les essais entrepris dans ce sens sont trop récents pour qu'on puisse en parler. Une autre essence, importée plus récemment et beaucoup moins importante, le tamarin de Tlnde {Inga
(i) Le filao osl aussi recherché pour le reboisement de écriai nés parties de Madagascar, de TAlgérie ci de la Corse. On pianle quelquefois ces casuarina dans le midi de la France frcgion de Toranger) comme végélal d'ornement à cause de leur port singulier»
LA RELNION
id également des services pour le reboisement du
cirques de l'intérieur de l'Ile, dans les encaissetorrents et dans la zone élevée des terrains concéiiides superficies de terrain élaient devenues incular manque de fertilité naturelle du sol, soit par épuisement des terres dû principalement à l'éroes terrains sont généralement très accidentés ou les pentes rapides, soit encore par défaut des bras
fi leur culture. Le Service forestier de la colonie, î grands propriétaires, parmi lesquels il faut citer e ligne la Société du Crédit foncier colonial, ont le reboiser ces terraios. Là, comme ailleurs, on ne s songer à utiliser les essences indigènes, qui
vivre et prospérer que dans l'humus de la forêt l'un couvert. On s'adressa d'abord au fllao de la lollaode (Casiiarina iemiissima ) et à l'acacia Beria dealbala). Le premier, qui vient bien sur les gilo- ferrugineux et pauvres des altitudes élevées, dément et rejette facilement de souche, plut X particuliers qui visaient k la production du bois ge. Le second, par sa faculté de drageonner, a services pour le reboisement des pentes d'encaiss torrents. Le bots de ces deux essences, très aujourd'hui entre tes altitudes de 300 à 1.200 mèt un excellent charbon ; il est moins estimé comme luffage.
espèces d'acacia qui furent successivement intros la colonie y prospèrent également ; mais leurs its sont encore peu nombreux et l'on manque de écises sur leur avenir. Quoi qu'il en soit, le fores-
maiutenant, à sa disposition dans la colonie, les ilbala, Acacia vera, Acacia fiectirrens, Acacia Acacia saligna. Acacia salicina, Acacia robinia. ï-unes de ces espèces ont une écorce assez riche
elles pourront peut-être rendre des services à cet
l'avenir. On reproche aux acacias de ne pas résis- Icnce des cyclones qui fréquentent ces rrgions; mais î de drageonner répare bien vite les dégftlsocca- ■ les cyclones.
1266 CHAPITRE m. — BOIS DES COLONIES FRANÇAISES
C'est également en vue de la production rapide du bois de chauffage qu'une troisième espèce de filao, le Casuarina quadrivalvis^ a été répandue depuis quelques années par la Société du Crédit foncier colonial et par le Service des forêts. Cette espèce, qui n'atteint pas de grandes dimensions, croit très rapidement, drageonne et fournit un bois de chauffage supérieur à celui du filao de la Nouvelle-Hollande, dont il partage Thabitat. Elle prospère, en effet, jusqu'aux altitudes élevées, et est appelée, à cet égard, à rendre des services aux propriétaires de la colonie. Elle sera également très utile au Service des forêts pour le maintien des terres sur les pentes abruptes des cirques et des torrents. Malheureusement, il semble résulter des effets du cyclone qui a visité la colonie le 6 mars 1899, que cette espèce résiste mal à la violence des vents.
On conçoit que dans le travail de reboisement des terres incultes de la colonie Ion ait songé tout d'abord à multiplier les essences propres à fournir du bois de chauffage. C'est lui, en effet, qui, à la suite des défrichements, a fait, le premier, défaut aux usines et aux agglomérations d'habitants situées toutes primitivement sur le littoral.
Les bois d*œuvre devenant de plus en plus rares, on dut songer aussi à en produire rapidement, et Ton s'adressa, également dans ce but, aux essences exotiques à croissance rapide. Parmi elles, ce sont les Eucalyptus, les Pins, les Araucaria, le Grevillea rohusla, le camphrier, le bois noir des bas {Acacia Lebbeck) qui ont été le plus propagées par le Service des forêts. Une essence indigène, le benjoin, qui peut être plantée en terrain nu, et dont le bois est excellent, a également été multipliée par le service.
Les espèces d'Eucalyptus importées dans la colonie sont très nombreuses. Celles qui ont été le plus répandues par le service des forêts, sont:
Sur le littoral et dans la région moyenne de l'Ile, les Eucalyptus robusta^ rostrata, resinifera^ et sur les régions élevées V Eucalyptus globulus. Il possède également des représentants des espèces suivantes :
Eucalyptus citriodora.
— gunnii,
— amygdalina»