BANANIER
C'est le genre type de la famille des Ifusacées. Le Bananier indigène {musa fp.hi) ou Bananier rouge, croît à l'état sauvage dans les vallées humides de la chaîne centrale de File, auprès des torrents. Le tronc en est lisse et droit comme une colonne, d'un beau violet sombre avec de larges jaspures vert foncé. Les feuilles sont d'un beau vert légèrement taché de violet; les fruits sont comestibles quand ils sont cuits.
Une incision dans la tige de ce beau végétal fait écouler en abondance un liquide violet foncé comme de l'encre et qui renferme une certaine quantité de tannin, de la chlorophylle, une gomme et les principes propres aux sucs végétaux en général. Abandonné à lui-même, ce suc fermente sans se décolorer; même après une ébullition prolongée et bouché avec soin, il fermente et fait éclater la bouteille.
En présence des acides, ce suc prend une teinte carminée très vive, mais qui s'altère rapidement à l'air et pâlit en jaunissant. Les bases lui communiquent une magnifique couleur verte qui finit par tourner au brun vert. Additionné d'alcool, ce suc cesse de fermenter. Si l'on a eu le soin d'y ajouter un peu de gomme, il peut servir d'encre ; les taches qu'il laisse sur le linge résistent aux meilleures lessives, aussi peut-on l'employer comme encre à marquer.
Si, après une longue ébullition du liquide en présence d'une base, on y verse quelques gouttes d'acide, il se forme une belle couleur jaune brun qui prend
sans mordant sur les étoffes. On peut faire précipiter la matière colorante du musa fehi, soit par une ébullition prolongée, soit par l'alcool pur.
L'écriture tracée avec le suc de cet arbre jaunit aux bases, rougit aux acides, mais sans disparaître; elle imbibe le papier, de telle façon que les produits décolorants restent sans action sur elle, à moins d'attaquer la pâte elle-même. Cette encre pourrait donc avoir des applications très intéressantes.
La sève du musa fehi est sans action sur le papier de tournesol.
Les acides sulfurique, azotique, chlorhydrique, oxalique et tartrique versés dans cette sève donnent un liquide rouge carmin qui teint les étoffe en rose vif lorsqu'elles sont sèches.
L'acide arsénieux donne une liqueur violette.
La potasse caustique fournit un liquide vert foncé qui, à l'air, devient jaunâtre, et qui, sur les tissus, produit une teinte jaune d'ocre.
Là soude donne un liquide vert foncé avec un précipité gommeux abondant.
L'ammoniaque produit un liquide vert foncé avec précipité gommeux.
L'émétique donne une laque bleu azur.
Le rendement par arbre est de 6 à 8 litres quand on le saigne. Mais si, au moment de cueillir le fruit, on abat l'arbre et qu'on passe le tronc à la presse, on peut obtenir 20 litres de liquide.
La banane peut se conserver, coupée en rondelles et séchée au soleil, comme la figue ou la datte.
Bien mûre et mise à fermenter avec de l'eau, elle donne une boisson vineuse, pétillante, agréable et rafraîchissante. Cette liqueur distillée donne l'eau-devie de banane dont le goût est assez agréable. Le rendement est assez considérable, car avec la banane mûre, crue, il s'élève à 17 p. 100 et avec la banane cuite il atteint 21 p. 100. Ce rendement est proportionnel au volume des fruits pelés ; le déchet est assez considérable, la peau du fruit formant en moyenne le sixième du poids total.
On a beaucoup remarqué à l'Exposition universelle de 1889 les magnifiques fibres argentées du bananier de la Nouvelle-Calédonie. Ces fibres peuvent être utilisées pour la fabrication du papier, également aussi pour le tissage, car elles sont argentées et souples.