EXPLOITATION DES FORETS ALGER1EXIVES
Cette exploitation est réglée par des cahiersdes charges, qui, sauf quelques variantes, ne sont que la reproduction de ceuxde la métropole. L'aliénation des produits se fait par adjudication publique. Au point de vue de l'exploitation, nous diviserons les forêts de l'Algérie en deux catégories :
1* Les forêts peuplées en essences autres que le chêne liège. 2° Les forêts de chênes liège.
Les forêts de la première catégorie peuvent fournir du bois de chauffage, des écorces et du bois d'industrie.
Les bois de construction sont tirés de forêts situées dans des régions très accidentées non encore desservies par les routes ou les chemins de fer. Leur exploitation ne se fait donc actuellement que d'une façon très désavantageuse. Le développement des lignes télégraphiques en Algérie était, en 1888, d'environ 8.000 kilomètres, ce qui représente à peu près 100.000 poteaux en cours de service. On peut admettre comme chiffre moyen de la consommation annuelle, pour l'entretien indéfini, 6 p. 100 du nombre d'appuis en service, c'està-dire 6.000. En ajoutant encore 1 p. 100 en vue du développement progressif des réseaux secondaires, on arrive au nombre de 7.000 poteaux à fournir annuellement. Dans les dix dernières années, les forêts de ce pays ont fourni 17.000 poteaux, soit 1.700 par an. On voit donc que la production devrait être quadruplée si l'on voulait renoncer à l'importation des bois de la métropole.
Il faut dire aussi que le bois généralement employé à cet usage, le pin d'Alep, est sensiblement plus dense que les pins ou sapins qui proviennent des chantiers métropolitains. Aussi sa durée est presque indéfinie dans beaucoup de terrains, et en général elle est au moins cinq fois plus grande que celle des appuis employés en France.
Exploitation du chêne liège. — Nous avons vu que les forêts do chênes liège occupent en Algérie une étendue de 453.000 hectares.
Avant de donner du liège vendable, l'arbre doit subir une première opération, consistant à le dépouiller de l'écorce subéreuse produite naturellement. Cette opération se nomme démasclage.
Pour démascler un arbre on commence par pratiquer à une certaine hauteur une entaille circulaire dans l'écorce, avec la précaution de ne pas dépasser la couche subéreuse et de ne pas entamer la mère. On peut aussi pratiquer une
semblable entaille au pied de l'arbre. Puis on fendl'écorce dans le sens de la longueur en prenant les mêmes précautions, et, commençant par le haut, on détache de la mère le liège que Ton continue de soulever. Dès que Ton est arrivé au pied de l'arbre, on détache le liège par une cassure très nette.
Si l'arbre n'a pas plus de 50 centimètres de circonférence, l'écorce est enlevée en une seule pièce sous forme de canon; au delà de cette dimension, on pratique deux ou trois fentes au lieu d'une seule, et le liège s'enlève alors par planches.
Cette opération, très simple théoriquement, demande beaucoup de soin et d'adresse. Elle doit toujours être confiée à des ouvriers habiles, car la moindre faute peut causer la mort de l'arbre. La fortune, l'avenir d'une plantation de chênes liège dépendent d'un bon démasclage.
Cette dernière opération doit se pratiquer lorsque l'arbre est en pleine sève ; c'est a ce moment-là seulement que le liège peut se détacher facilement. Lorsque la sève n'est pas en pleine activité, le soulèvement du liège peut être accompagné de l'arrachage de la mère. Le même effet se produira si le démasclage est commencé trop tôt ; par exemple, au moment de la première montée de sève, alors que le liber n'est pas imprégné suffisamment, ce dernier, en effet, se soulève alors très facilement, à cause de son peu d'adhérence avec l'aubier; or, des que le liber est arraché, ou même seulement décollé, le liège ne se forme plus.
L'ouvrier s'assure souvent par un sondage préalable que l'arbre est suffisamment en sève pour pouvoir subir le démasclage. On doit dans ce cas toujours sonder le côté exposé au nord.
Par un démasclage trop précoce, on s'exposerait à mutiler les arbres, et parsuite à les faire périr.
Une fois ouverte, la campagne de démasclage doit être menée très rapidement et terminée, s'il est possible, avant l'apparition des fortes chaleurs. Pendant les temps trop secs, la circulation de la sève diminue, le liège se soulève alors difficilement et le travail de démasclage est retardé. Vers la fin de l'été, an a à redouter les vents violents, et un peu plus tard les pluies, qui sont dangereuses pour les arbres trop récemment dépouillés.
Les abaissements de température ralentissent le mouvement de la sève et rendent souvent le démasclage très difficile. Dans ce cas, on doit arrêter le travail, et attendre un moment plus favorable.
Le liège n'est pas, à proprement parler, un organe de végétation, c'est simplement une enveloppe protectrice.
Quand une portion de cette enveloppe se trouve enlevée par le démasclage, il se manifeste à la surface de la partie mise à nu une abondante évaporation ; il en résulte un trouble dans les fonctions de la végétation; mais si l'opération a été faite dans de bonnes conditions, un nouvel épiderme se forme rapidement, parce que la partie extérieure de la mère se dessèche, l'évaporation diminue et redevient normale. Si le démasclage a été trop étendu, si l'arbre n'a pas assez de vigueur pour réparer la déperdition de sève, il périra forcément.
L'expérience donc peut seule guider pour indiquer dans quelles proportions
le démasclage doit avoir lieu. Un arbre dont la cime est régulière, bien feuillue, un arbre vigoureux, en un mot, pourra subir un fort démasclage. Il n'en sera pas de même lorsque le chêne sera chetif.
En général, les arbres bien portants et de moyenne grosseur peuvent être démasclés jusqu'à la naissance des branches principales.
On doit hausser le démasclage des arbres qui ont des tendances à produire du liège soufflé, et dans les terrains humides le démasclage pourra toujours être \
monté plus haut que dans les terrains secs et arides.
Ordinairement, l'ouvrier démascleur, après avoir détaché le liège de l'arbre, sillonne le tronc de haut en bas par quelques incisions pratiquées dans la mère au moyen d'un couteau bien tranchant, ces incisions devant traverser la mère et pénétrer jusqu'à l'aubier. Le but de cette pratique est de donner du jeu à la croûte, et d'empêcher la production de; crevasses qui, sans cela, se formeraient à la surface du liège de reproduction. Mais il serait prudent de ne pas faire pénétrer ces incisions jusqu'à l'aubier.
Lorsque Ton veut récolter le liège de reproduction, on' procède exactement comme pour le démasclage. Dans une forêt en exploitation d'ailleurs, ces deux opérations se pratiquent en même temps; le même ouvrier lève le liège de reproduction et procède au démasclage des jeunes arbres.
L'arbre le plus vigoureux, après le démasclage, se trouve pour un certain temps dans un état relativement maladif, et sa convalescence dure jusqu'à ce qu'un nouvel épiderme se soit formé sur la partie dépouillée. Pendant cette convalescence, il est très sensible aux influences atmosphériques.
Les arbres nouvellement démasclés sont sensibles aux effets du siroco pendant au moins un mois après l'opération, et Faction destructive est tellement profonde que les arbres frappés de mort se dessèchent presque aussitôt. II s'ensuit que tout démasclage doit êlre suspendu pendant les temps de siroco et de pluie.
Un chantier de démasclage se compose d'un chef ou contremaître assisté de cinq surveillants européens ; chaque surveillant dirige dix ouvriers démascleurs, que suivent quatre porteurs.
Pour opérer ce que l'on nomme la battue, les surveillants disposent leurs déma scieurs sur une même ligne, en les espaçant ou les rapprochant les uns des autres, suivant la nature du peuplement et les accidents du terrain ; ils dirigent ensuite la marche en circulant sur le front de bandière, surveillant le travail de chacun et vérifiant s'il n'y a point d'arbres oubliés au démasclage ou à la récolte. Les porteurs viennent en arrière et rassemblant avec une corde le produit d'un ou plusieurs arbres, les transportent sur les tranchées de démasclage.
On compte généralement qu'un bon ouvrier peut démascler une trentaine d'arbres par jour.
La quantité de liège que peut fournir un arbre à chaque récolte varie suivant ses dimensions, l'étendue de la surface de démasclage, la nature et l'épaisseur du liège récolté. Un jeune chêne liège fournit à la première récolte de 3 à 4 kilogrammes, tandis qu'un vieil arbre peut donner jusqu'à 150 kilogrammes, mais ce dernier rendement est exceptionnel.
ENCTCLOP. CBIH. 18