‹ Le boisChapitre 169 sur 238 · ENCYCLOP. CH1M · texte numérisé non relu

ENCYCLOP. CH1M

phénomène, mais seulement sa conséquence; ils ne prennent naissance qu'une fois la putréfaction commencée.

La théorie de Liebig n'explique donc pas Faction de la chaleur et du froid qui retardent ou accélèrent la fermentation, non plus celle des produits chimiques qui la modifient également, des alcalis qui l'accélèrent souvent ou des acides qui généralement la ralentissent.

Liebig professait cette opinion, que c'est l'albumine qui entretient la vie aussi bien chez les animaux que chez les végétaux. Quand la vie vient à disparaître, l'albumine se décompose et produit la pourriture.

En admettant cette théorie, on en concluait que les substances propres à conserver le bois, étaient celles qui peuvent produire la coagulation de l'albumine. Or, le protochlorure de mercure (sublimé corrosif), le sulfate de cuivre, le chlorure de zinc et les huiles de goudron jouissent de cette propriété. On expliquait donc ainsi, Faction conservatrice de ces substances.

Mais quels sont les antiseptiques capables de préserver le bois ? La coagulation de l'albumine explique- t-elle suffisamment l'action de l'huile de goudron et en particulier de la créosote? On est obligé de répondre par la négative. 11 est certain que beaucoup de substances qui n'exercent aucune action préservatrice sur le bois, ont la propriété de coaguler l'albumine; l'eau bouillante est dans ce cas. Et cette coagulation ne suffit pas d'ailleurs à préserver complètement l'albumine.

Liebig attribuait la production de la pourriture à une combustion lente provoquée par la présence de corps en décomposition, et d'après lui, le phénomène ne serait pas dû à l'action de germes ou d'organismes vivants.

La théorie admise de nos jours généralement, est opposée entièrement aux assertions de Liebig.

M. Pasteur affirme que les phénomènes de fermentation ou de putréfaction ne s'accomplissent qu'en présence et par le fait de germes vivants qui sont alors les véritables agents de décomposition.

M. Tyndall, de son côté, a trouvé que les substances les plus aisément putrescibles, animales ou végétales, peuvent êtres indéfiniment conservées dans des tubes où elles se trouvent à l'abri des germes. Il ne suffit pas pour que ces corps se conservent, qu'ils aient été privés de germes une fois pour toutes, il faut encore empêcher l'action de nouvelles myriades de germes toujours prêts à se former.

Ce savant montre le germe pénétrant par l'ouverture d'un tube à essai, et par suite, la putréfaction se déclarant 'dans le contenu du tube. On peut établir ici, une comparaison avec l'orifice d'une fissure produite dans le bois, sous l'action du soleil par exemple. Le germe va pénétrer au travers de l'ouverture, et si celle-ci se prolonge dans la masse du bois, au delà des couches que l'on aura imprégnées d'antiseptiques, il portera le ferment de la pourriture au sein de la pièce de bois.

Mais si l'antiseptique employé est un composé résineux ou bitumineux, il coulera dans la fissure au fur et à mesure de son développement et en fermera l'entrée. Si l'on examine, en effet, une fente ou une plaie produite dans le tronc d'un sapin vivant, on verra que la nature a pris soin de recouvrir la blés-

sure d'une substance résineuse qui la protège contre les agents destructeurs.

D'autres faits viennent à l'appui de la théorie des germes et prouvent que la putréfaction ne se produit pas en leur absence; c'est ainsi que les corps des gigantesques mammouths ont été conservés dans des blocs de glace à travers les âges; des arbres de forêts primitives sont restés intacts dans une gaine épaisse de tourbe, des fragments de bois de construction enfoncés profondément sous l'eau ont résisté pendant des siècles à la pourriture.

En appliquant cette théorie, on sera naturellement amené à employer, pour que la protection soit durable, des agents qui, eux-mêmes, doivent être résistants et inaltérables.

La théorie des germes pourra donner alors de précieuses indications sur le choix de ces agents. C'est ainsi qu'il ne faut n'accorder que peu de confiance aux germinicides volatils ou solubles dans l'eau. Il faut employer de préférence des composés capables d'une part, de détruire les germes, et d'autre part, d'empêcher leur contact avec le bois à préserver.

Il faut donc exclure tout d'abord ceux qui peuvent attaquer ou affaiblir la fibre du bois, et parmi ceux-là, nous rangerons les liquides à réaction acide ou alcaline marquée, ainsi que certains sels métalliques.

Nous verrons que les sels de zinc, de mercure et de cuivre ont été ou sont employés avec un certain succès ; parmi eux, le sulfate de cuivre moins soluble que le chlorure de zinc et moins volatil que le sublimé corrosif, devra produire de meilleurs effets.

On peut conclure a priori des considérations précédentes, que les meilleurs antiseptiques seront les substances huileuses ou bitumineuses qui bouchent les pores du bois. On devra choisir parmi ces corps ceux qui, contenant des composés germinicides, peuvent se solidifier le plus facilement dans les pores du bois, et qui exigent pour se volatiliser la température la plus élevée, enfin, ceux qui sont peu ou pas solubles dans l'eau.

Quelle que soit l'essence du bois, la pourriture, soit sèche, soit humide, marche vite et loin dans le sens de la croissance, tandis que ses progrès sont très lents et peu considérables dans le sens des rayons médullaires. Souvent, les têtes des billes sont pourries, alors que leur pourtour est encore sensiblement intact. On a vu souvent des billes complètement fendues par la pourriture dans le prolongement des trous des chevilles, quand le bois juxtaposé était encore parfaitement sain.

Lorsque les billes ne sont pas fendues, on remarque pour les essences communes, une traînée plus ou moins longue en voie de décomposition. Quand l'observation porte sur le chêne, les fibres qui se trouvent dans le prolongement des chevilles sont parfois teintées en noir, par suite de la formation d'encre. Le composé soluble de fer emprunté à la cheville rencontre dans le chêne assez de tannin, en effet, pour se colorer en noir. On voit souvent des traînées très longues n'offrir qu'une très faible déviation latérale. La traînée, colorée pour le chêne, pourrie entièrement ou peu consistante pour d'autres essences, n'est pas droite ; elle suit toutes les inflections des fibres ligneuses, c'est-à-dire qu'elle marche toujours dans le prolongement des premiers vaisseaux allongés, atteints.

Toutes les blessures, traits de scie ou coups de hache, qui occasionnent une solution de continuité dans les vaisseaux allongés, deviennent des causes de pourriture rapide.

C'est à Jean de Vérone, contemporain de Raphaël, qu'est attribué la première idée de teindre les bois en les imprégnant de divers ingrédients et d'huiles cuites.

Mais en remontant plus haut, nous trouvons dans les ouvrages des anciens, des indications- sur les moyens employés pour préserver les bois de la pourriture. Dès les premiers temps de l'histoire, les hommes ont employé dans ce but des enduits de poix et de goudron. Les auteurs anciens disent qu'on avait l'habitude de préserver les objets en bois ayant de la valeur par des applications d'huiles d'olive, de cèdre, de mélèze et de genièvre.

Hérodote, puis Pline, ont très longuement écrit sur l'art d'extraire et de préparer les huiles, les résines et les goudrons.

Nous rappellerons également, la perfection à laquelle étaient arrivés les Égyptiens, dans la préparation de leurs momies ; ces procédés de conservation, dont nous constatons l'efficacité après plusieurs milliers d'années avaient certainement une grande valeur.

D'après l'examen que l'on peut en faire de nos jours, les corps paraissent avoir été imprégnés de gommes ou de résines odoriférantes, ou d'huiles de cèdre, ou de bitume, ou peut être aussi de sel marin. Hérodote et Diodore de Sicile, disent que les corps étaient d'abord baignés dans de la soude pendant plus de deux mois, puis imprégnés de préparations oléagineuses ou bitumineuses. Mais cette simple préparation ne paraît pas expliquer les résultats obtenus. On croit généralement qu'au préalable les cadavres étaient exposés à une température élevée dans un four, pour en éliminer l'eau et faciliter les préparations ultérieures.

On s'accorde à penser que la matière organique des momies n'était pas devenue imputréfiable par le fait d'une modification chimique de sa substance, mais simplement par la présence des antiseptiques.

Mais disons-le tout de suite, un enduit imperméable à l'humidité n'empêchera probablement jamais le bois de se pourrir intérieurement, si la fibre est humide et attaquée déjà par la moisissure, et cette croûte sous laquelle la matière ligneuse aura été momifiée n'est qu'un préservatif imparfait, car le moindre accident qui enlèvera une partie de l'enveloppe protectrice, laissera pénétrer l'ennemi au cœur du bois même, et le mal sera dès lors plus grave parce qu'il sera invisible.

C'est donc évidemment en imprégnant les fibres ligneuses elles-mêmes d'une substance capable de les soustraire aux principales causes d'altération qui les menacent, que l'on peut d'une manière sûre et efficace, parvenir à conserver les bois.

Cette vérité aujourd'hui incontestable avait été reconnue dès le milieu du siècle dernier, car Reed en 1740 et Haies en 1756, proposèrent l'immersion du bois dans une solution de goudron pour en prolonger la durée. Dès 1719, Pal las avait déjà conseillé de minéraliser les bois en les faisant macérer dans une dissolution de sulfate de fer, puis en les plongeant dans l'eau de chaux pour préci-

piler le sel et former dans les fibres ligneuses un sulfate de chaux insoluble.

Haies prouva par l'action de succion que présentent les végétaux, leur pénétrabilité par les liquides au moyen de la pression.

Après lui, Duhamel, reconnut que des liquides colorés pénètrent dans les végétaux par la force vitale.

On peut donc dire qu'au point de vue scientifique» le problème relatif à la pénétration des liquides dans les végétaux par l'emploi d'une force artificielle, l'aspiration par pression a été résolu par les expériences de Haies, et que par l'emploi d'une force naturelle, la succion vitale, il a été résolu par les expériences de Duhamel.

Plus tard, Garny, ayant observé dans les mines de sel gemme de Dieuze, que des madriers en sapin imprégnés de sel étaient demeurés en parfait état depuis plus de vingt-cinq ans, en conclut la possibilité de conserver les bois par l'injection de matières salines.

En 1810, Cadet Gassicourt se livrait à des études approfondies sur l'action des couleurs végétales ou métalliques, il constatait que le curcuma donne à l'érable l'apparence d'un bois jaune satiné, et que le sulfate de cobalt donne à ce même bois en l'imprégnant, une très belle couleur bleue.

En 1812, le baron Champy ayant été chargé de construire des magasins à poudre placés au-dessous du niveau du sol, eut l'idée de revêtir intérieurement les parois des soutes à poudre avec des feuilles de plomb fixées sur du bois ; mais il devenait indispensable de mettre ces bois à l'abri de la pourriture.

Pour y arriver, Champy plongea dans un bain de suif à une température de 130 degrés des bois verts, dont l'eau se trouvant vaporisée par la chaleur, fut remplacée par le suif qui s'introduisit ainsi dans tous les canaux des fibres ligneuses. Le succès couronna cette tentative que le prix élevé du suif ne permettait cependant pas de rendre généralement pratique.

Après les essais de Champy, Kyan avait proposé l'injection du sublimé corrosif, agent antiseptique frappant de mort tous les insectes préexistants dans le bois et empêchant toute attaque ultérieure, mais ce procédé était beaucoup trop coûteux pour devenir industriel ; il avait d'ailleurs été indiqué plus d'un siècle auparavant par Homberg.

Aujourd'hui, les procédés de pénétration peuvent se diviser en trois groupes :

i* Les procédés par immersion ;

2° Les procédés par pression en vase clos ;

2° Les procédés fondés sur le déplacement de la sève et ne pouvant s'applipliquer qu'au bois vert ou en grume.

Mais avant d'étudier avec détails ces divers procédés, disons quelques mots des moyens purement physiques employés et qui sont le séchage ou dessiccation et la carbonisation.

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