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EMPLOI DU GOUDRON ET DE SES DERIVES

Dès l'année 1756, des essais avaient été exécutés en Angleterre et en Amérique dans le but d'injecter ou d'imprégner les bois avec des goudrons végétaux ou des huiles extraites de ces goudrons.

En 1836, Moll propose de saturer le bois en vase clos d'abord avec des huiles de goudron de houille en vapeurs, ensuite avec ces mêmes huiles liquides et chaudes.

Mais le premier emploi véritablement pratique du goudron a été réalisé par l'appareil Bethel, dont nous parlerons bientôt. Aujourd'hui, lorsqu'on prépare les bois à l'aide des huiles lourdes obtenues par la distillation du goudron, on dit que l'on soumet le bois au créosotage. En réalité, le produit nommé créosote provient du goudron de bois, car les huiles phénoliques du goudron de houille ne renferment aucun des éléments de la vraie créosote. Leur composant le plus important, au point de vue antiseptique, est le phénol ou acide phénique (acide carbolique) dont la créosote renferme des dérivés éthérés. Dans le langage ordinaire, on confond l'acide phénique ou phénol avec la créosote. C'est de là que vient la dénomination de bois créosote, qui est restée appliquée au bois traité par le phénol et ses homologues extraits du goudron de houille.

Pour l'intelligence complète de ces procédés de conservation si importants,

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nous pensons qu'il est utile de donner quelques détails sur les huiles ou produits extraits du goudron.

La houille carbonisée dans une cornue, engendre les produits suivants : gaz dit d'éclairage, eau ammoniacale, goudron et coke.

Le goudron renferme toutes les substances antiseptiques de la houille. On peut les en extraire par la distillation. Pour cela on chauffe le goudron dans une grande cornue en fonte, et Ton facilite la distillation par un filet de vapeur ou par un vide imparfait. Les composants du goudron se séparent suivant Tordre de leurs volatilités, qui est aussi celui de leurs densités; ces dernières vont en augmentant avec la température.

Cette distillation produit des huiles légères moins denses que l'eau, des huiles lourdes plus denses que l'eau, et enfin un résidu solide qui est le brai.

Les huiles légères n'ont pas d'intérêt pour notre sujet; ce sont elles qui fournissent à l'industrie les carbures, benzine, toluène, etc., d'où dérivent par l'intermédiaire des composés amidés toute la série des magnifiques matières colorantes connues sous la dénomination de couleurs d'aniline.

Les huiles lourdes sont, comme nous l'avons dit, désignées ordinairement par le nom de créosote. Elles constituent ainsi un produit complexe renfermant de nombreuses substances dont les propriétés physiques et chimiques sont très diverses.

Dans les premières applications, on a employé la créosote tout-venant, c'està-dire brute.

Mais depuis, on a reconnu qu'il y avait grand avantage à en séparer les principes actifs, ce que l'on peut réaliser facilement.

Depuis quelques années la consommation commerciale demande de plus en plus les créosotes fluides et légères. Ces dernières sont plus faciles à injecter et laissent le bois plus propre, plus blanc et moins encrassé après l'opération, surtout pendant l'hiver. Le remarquable pouvoir antiseptique que les recherches de ces derniers temps ont fait reconnaître à l'acide phonique, a beaucoup contribué à confirmer cette opinion.

L'acide phénique découvert en 4834 dans le goudron de houille a rapidement conquis une place des plus importantes parmi les agents antiseptiques utilisés par la médecine et par la chirurgie. Cet acide est un des constituants du goudron de houille, et certainement l'un. des plus utiles. L'efficacité des huiles de goudron peut être mesurée par la quantité d'acide phénique qu'elles renferment.

En général ce sont les portions les plus légères de l'huile lourde, c'est-à-dire celles qui distillent entre 183 et 254 degrés centigrades, qui doivent être préférées. Les fractions contenant la naphtaline et la paranaphtaline qui passent à des températures plus élevées ne paraîtraient donc pas avoir la même valeur au point de vue de la conservation des bois. La proportion de l'acide phénique varie dans les huiles de goudron de 1/2 à 6 pour 100 et peut s'élever au delà.

Dans l'emploi de la créosote, certaines compagnies anglaises exigent pour leurs traverses que la créosote ait une densité voisine de 1,05 oscillant entre les limites extrêmes 1,045 et 1,055; elle ne doit donner à la température de 4 degrés aucun dépôt de naphtaline ou de paranaphtaline ; elle doit renfermer au moins o pour 100 d'acide phénique, ou d'autres acides homologues dosés par la po-

tasse. Enfin 90 pour 100 de l'huile doivent avoir distillé avant la température de 333 degrés. Il arrive souvent que la proportion d'acide phénique exigée s'élève jusqu'à 10 pour 100.

Cependant les recherches de différents chimistes ont paru donner des résultats contraires à l'opinion que nous venons de formuler.

Cest ainsi que M. Coisne expérimenta sur des échantillons de créosotes d'Angleterre, d'Ecosse, de Belgique et de France, qui renfermaient 15 pour 100, 8 pour 100 et 7 pour 100 d'acide phénique. Un cinquième échantillon d'une densité très élevée, ne contenant pas trace d'acide phénique, donna en pratique les meilleurs résultats.

Chaque échantillon fut divisé en trois parties. Des copeaux de bois furent traités :

!• Avec la créosote tout-venant;

2° Avec la créosote additionnée d'acide phénique ;

3° Avec la créosote additionnée d'une certaine proportion d'huiles très lourdes, distillant au-dessus de 330 degrés ;

4° Avec chacune des trois portions obtenues en divisant chaque créosote eu trois fractions par la distillation : huile légère, huile intermédiaire et huile lourde.

Les copeaux imprégnés de ces différents produits furent introduits et abandonnés pendant quatre années dans un pourrissoir spécial.

Tous les résultats saris exception furent en faveur des huiles lourdes et défavorables à l'acide phénique.

Ces expériences semblent donc en contradiction complète avec la théorie attribuant à l'acide phénique un rôle prépondérant dans la conservation des bois.

Nous allons chercher à donner la raison de cette anomalie apparente.

On sait que l'acide phénique est volatil à la température ordinaire; soluble dans l'eau, les combinaisons qu'il forme sont peu stables. Germicide puissant, il préserve les substances fermentescibles aussi longtemps qu'il s'y trouve renfermé en quantités suffisantes.

Mais on voit tout de suite que l'acide phénique, agent antiseptique des plus puissants, devient pour ainsi dire absolument inefficace lorsqu'il se trouve soit en présence de l'eau qui l'enlève, soit exposé à la chaleur qui le volatilise. Ce ne peut donc être un agent utile dans la conservation des bois destinés à être exposé* à ces deux causes d'altération, humidité, variation de température. C'est le cas des traverses de chemins de fer. Certaines de ces traverses préparées à la créosote ont été examinées après de longues années d'usage ; on n'y a pas trouvé d'acide phénique; la naphtaline, au contraire, y existait en quantité considérable.

On est donc en droit de conclure qu'au point de vue de la conservation des bois, l'action préservatrice de la créosote est beaucoup plus attribuable aux bases et aux alcaloïdes qu'à l'acide phénique.

Les principaux composés renfermés dans la créosote du goudron de houille ou les suivants dans l'ordre de leur volatilité.

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