BAUMES
Nous résumerons, à propos de cette partie intéressante du sujet qui nous occupe, les remarquables travaux que M. Fremy a publiés sur les baumes.
Ces substances résineuses ne sont pas toujours caractérisées, comme on l'a pensé longtemps, par la présence de l'acide benzoïque, car il existe deux espèces de baumes très distinctes qui sont :
1° Les baumes à base d'acide cinnaraique ;
2° Les baumes à base d'acide benzoïque.
Les baumes exposés à l'air, s'épaississent peu à peu, et souvent même ils se solidifient complètement. On peut les considérer comme des mélanges d'huile essentielle, de différentes matières résineuses et d'acide cinnamique ou d'acide benzoïque.
Parmi les baumes à acide benzoïque pur, nous citerons le benjoin. Le baume du Pérou liquide ne contient, au contraire, que de l'acide cinnamique.
Baume du Pérou liquide.
On le trouve dans le commerce sous deux états, liquide et solide.
Le baume du Pérou liquide renferme deux substances intéressantes ; l'une liquide a été nommée cinnaméine, l'autre est solide, cristallisable, on la nomme métacin naméine.
Pour obtenir la cinnaméine pure, on peut avoir recours à l'une ou l'autre des méthodes suivantes :
4* On ajoute au baume du Pérou liquide une solution concentrée de potasse et l'on agite vivement. Il se forme un magma brun qui est un mélange de résinate et de cinnamate de potasse insoluble dans la cinnaméine qui se trouve ainsi isolée et que Ton décante immédiatement.
2° On dissout le baume du Pérou dans de l'alcool à 36 degrés. On ajoute à la liqueur une dissolution alcoolique de potasse, le cinnamate de potasse reste dissous dans l'alcool, tandis que le résinate de potasse se précipite. La liqueur alcoolique traitée par l'eau laisse précipiter la cinnaméine.
La cinnaméine est liquide, légèrement colorée en jaune. Elle bout à 305 degrés. Son odeur est faible et agréable; très peu soluble dans l'eau, très soluble dans l'alcool et dans l'éther. Elle a pour formule C"H M 0*.
Soumise à l'action de la potasse, cette substance éprouve une sorte de saponification et se transforme en cinnamate de potasse en donnant naissance à de la péruvine qui est un corps neutre.
L'acide sulfurique transforme la cinnaméine même à froid en une autre substance résineuse C s4 H M O tl qui ne diffère que par quatre équivalents d'eau fixés dans cette réaction.
L'acide azotique transforme la cinnaméine en une résine jaune et produit en même temps une certaine quantité d'essence d'amandes amères. Placée dans une cloche remplie d'oxygène, la cinnaméine absorbe ce gaz et se transforme en acide cinnamique.
La péruvine a pour formule C^H^O 1 ; elle renferme quatre équivalents d'hydrogène de plus que l'hydrure de cinnamyle. Elle est liquide et bout à 480 degrés; plus légère que l'eau, très volatile, peu soluble dans l'eau elle est très soluble dans l'alcool et dans l'éther. Son odeur est agréable et aromatique. L'acide azotique la transforme en hydrure de benzoïne.
La métacinnamèine est une substance cristalline que l'on rencontre dans quelques échantillons de baume du Pérou ; c'est une matière isomérique de l'hydrure de cinnamyle; insoluble dans l'eau, soluble en toutes proportions
dans l'alcool et dans l'éther, elle est facilement transformée par la potasse en cinnamate de potasse. Le chlore gazeux l'attaque et donne du chlorure de cinnamyle.
Baume de Tolu.
Il s'extrait par incision de l'écorce du Toluifera balsamum qui se rencontre dans l'Amérique du Sud. Ce baume est jaune, son odeur balsamique est agréable. Tantôt visqueux comme la térébenthine, tantôt dur comme le benjoin, il renferme une substance résineuse qui paraît être un mélange de plusieurs résines.
L'acide libre du baume de Tolu est de l'acide cinnamique pur.
La partie résineuse est formée de deux résines distinctes; l'une a est 1res soluble dans l'alcool froid, l'autre (3 y est peu soluble.
La résine a C M H 18 O s s'obtient en épuisant le baume par de l'alcool froid, puis en évaporant. Elle est brune, cassante, soluble dans l'éther et dans les alcalis.
La résine (3 C* 6 H*°O t0 insoluble dans l'alcool est très cassante et se dissout facilement dans la potasse.
Ces résines distillées avec précaution en présence de la soude caustique fournissent du toluène C 1% H § . Traitées par l'acide azotique, elles donnent de l'essence d'amandes amères.
Benjoin.
Ce baume est extrait par incision d'une espèce d'aliboufier , commun à Sumatra et dans le royaume de Siam. Il renferme plusieurs résines différentes, de l'acide benzoïque et une huile essentielle d'une odeur agréable analogue à l'hydrure de benzoyle et formant par oxydation de l'acide benzoïque.
Le benjoin soumis à la distillation donne naissance à plusieurs huiles parmi lesquelles on trouve l'éther benzoïque. Cet éther provient probablement du sucre du végétal qui, par sa fermentation en présence de l'acide benzoïque a produit l'éther benzoïque. Les produits de cette distillation renferment en outre de l'acide phénique.
L'action de l'acide azotique sur le benzoin donne des dérivés appartenant k la série benzoïque et à la série phénique. L'acide sulfurique produit un acide conjugué et deux résines.
Le benjoin sert à préparer l'acide benzoïque; il entre dans la composition du baume du commandeur.
TÉRÉBENTHINES
Ce sont des composés naturels formés par le mélange d'une résine acide de consistance molle, avec une huile essentielle. La plupart proviennent de la famille des Conifères; les principales sont:
La térébenthine de Bordeaux, qui appartient au Pinus maritima; elle est d 'une odeur désagréable, d'une saveur acre et amère.
La térébenthine de Venise, provenant du Pinus picea; elle est transparente, sa saveur est amère.
La térébenthine ordinaire ou des Vosges découle du Pinus larix.
La térébenthine de Boston vient du Pinus australis.
La téfèbenthine d y Amérique provient du Pinus strobus.
La térébenthine de Hongrie du Pinus mughus.
Le baume du Canada provient de YAbies balsamea; il est presque incolore et d'une saveur acre.
Le baume de la Mecque découle du Balsamodendron gileadense et opobalsamum.
La térébenthine de Chio est produite par le Pistacia terebenthus; elle est d'une couleur jaune verdâtre, d'une odeur agréable, d'une saveur parfumée.
Le baume de copahu provient du Copaifera officinalis.
térébeivthiive ordinaire
Pour extraire cette substance du Pinus larix qui la produit, on enlève, à partir de quelques centimètres de terre, une bande d'écorce de 12 centimètres de large sur 30 de haut; on pratique une incision de quelques millimètres et Ton place au-dessous une petite terrine où vient couler la térébenthine. Lorsque le jet est arrêté, on pratique une nouvelle incision au-dessus de la première, et ainsi de suite en montant jusqu'à une hauteur de 5 mètres.
Un arbre dans les Landes dure pendant soixante-quinze ans, en donnant chaque année environ 4 kilogrammes de térébenthine. La térébenthine est toujours mélangée de matières ligneuses; on la purifie en l'exposant au soleil et à la vapeur d'eau, puis en la décantant lorsqu'elle est devenue liquide. La partie solide est distillée dans des appareils en fonte ou en cuivre ; c'est elle qui donne l'essence. Pour 100 de térébenthine, on recueille 12 d'essence et 88 de matière résineuse qui porte le nom de colophane. Lorsque le bois est épuisé, on le coupe en morceaux, et en le distillant on obtient un goudron qui, mélangé au brai gras, sert pour calfater les navires.