FRANGINE, BENJAMIN
Benjamin. — Un fauteuil, madame f Frangine. — Merci!
Benjamin, allant pour sortir, puis revenant. — Avant
de me retirer, madame me permettra de lui dire combien je suis flatté de la retrouver ici.
Frangine. — Vous me connaissez?
Benjamin. — Depuis longtemps.
Frangine. — Tiens, où m'avez- vous donc vue?
Benjamin. — A Téglise, madame, à Téglise Saint- Augustin.
Frangine. — Quand ça?
Benjamin. — Le jour du mariajre de madame.
Frangine. — Comment, vous y étiez?
Benjamin. — Si j'y étais?... C'est-à-dire qu'après le mari de madame, j'étais certainement la personne la plus rapprochée du prie-dieu de madame.
Frangine. — Comment?
Benjamin. — J'étais suisse. J'étais le plus distingué des deux suisses... Et madame est heureuse?
Frangine. — Très heureuse.
Benjamin. — Monsieur est gentil?
Frangine. — Très gentil!
Benjamin. — Ça ne m'étonne pas.
Frangine. — Pourquoi?
Benjamin. — Parce que... J'ai vu bien des mariages, n'est-ce pas?... J'avais une grande habitude. Et j'ai remarqué que, lorsque M. le curé... a béni les anneaux, et que monsieur et madame se sont juré fidélité, monsieur riait, madame riait aussi. Et je me suis dit : « En voiKi deux f|ui s'entendront bien. » Et je ne disais pas ça tous les joui-s.
Frangine. — Vous avez raison... Los seuls serments qu'on tienne, ce sont ceux qu'on fait en riant.
Benjamin. — Mais, voici monsieur le directeur.
Benjamin sort.