‹ Le Bois sacré: Comédie en 3 actesChapitre 25 sur 39 · Scène XII · texte numérisé non relu

Scène XII

I ES MEMES, CHAMPMOREL, ADRIENNE, ZAKOUSKINE, M""' FAUCHEL, M"" CORJELIN

(^hampmorel. — Encore là, chère madame, ravi d( vous retrouver.

Francine. — Oui, je me suis permis d'attendre, mon mari insistait tant pour vous être présenté!... Monsieur Paul Margerie. Monsieur le directeur des Beaux- Arts.

Paul siiluc.

Champmorel, à Paul. — Enchanté, monsieur.

\'ous avez en M"' Margerie une f^nme qui vous fait grand honneur... Un talent i)lein de -grâce... et aussi de vivacité.

Paul. — Oh! Monsieur le directeur.

Ils remontent en causant. M"" Pauchel, M*"* Corjelin et Adricnne apparaissent, entourant Zakouskine qw fait la roue.

Les Dames, entrant. — Bravo! exquis!

M"'* Fauchel. — Quelle verve!

Zakouskine. — Oui, oui, mais si je suis étincelant, c'est que je suis aimé: vous allez me demander par quiî... Je ne vous le dirai pas, le nom... est là, sur mes lèvres, mais je ne vous le dirai pas.

Adrienne, à part, — Ce qu'il peut m'agacer.

Zakouskine, à Adrîenne. — Je plais!... je plais... lemarquez-vous comme je plais!

L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE

Adrienne, tournant le dos. — Oui, je remarque!

(Elle aperçoit Paul, et s'adrcssant à M"'* Tauchel.) Marcelle?... Quel est donc ce monsieur qui cause avec M"' Margerie?

M"* Fauchel. — C'est son mari.

Adrienne. — Non!

M"* Fauchel. — Si!

Adrienne. — Ah! que c'est embêtant.

M"* Fauchel. — Pourquoi?

Adrienne. — Pour rien... (EUc la quitte. A part.) Ah! si je n'avais pas de scrupules! (Elle traverse et va

à Champmoreli à qui Paul est en train de faire ses adieux.)

Léon! présente-moi donc monsieur?

Champhorel. — Comment donc! Monsieur Margerie, vous n'aviez pas encore rencontré ma femme?

Paul. — Mais...

Adrienne, très fcmmo du monde. — Jamais!

Paul, à part. — Elle a un toupet !

FraNCINE, à Charapmorel et remontant avec lui. —

r.Ion mari est un peu sauvage,... vous n'avez pas idée, monsieur le directeur, quand je veux l'emmener dans le monde...

Adrienne, tendant la main à Paul. — Monsieur!

Paul. — Madame!

Adrienne. — Asseyez-vous, je vous prie.

Paul. > — Merci, madame... Vous m'excuserez, malheureusement, je suis obligé... j'ai un rendez-vous.

Adrienne. — Ça ne m'étonne pas.

Paul. — Pourquoi dites-vous ça?... Oh! madame. J'ai un rendez-vous avec un vénérable.

Adrienne. — Elle est gentille?

Paul. — Oh ! madame !...

Adrienne. — Je ne veux pas vous taquiner... Je veux que vous reveniez me voir.

Paul. — (''est ça... c'est ça... je reviendrai, di salue. A part.) Oh! elle me cligne!... Et c'est qu'elle est gentille quand elle cligne! Oh! oui, je file!... Madame I

Adrienne, à part. — Oh! mais qu'est-ce que les honunes ont donc cette année?

Paul, à Francine. — Je file!

Francine. — Eh bien, tu vois.

Paul, sortant. — Oh! oui, je vois!

M"*' Fauchel, s'approchant d'Adricnne. — Dites

donc, clière amie, vous n'oubliez pas votre promesse?

Adrienne. — C'est vrai! Léon? Ces dames désirent visiter les greniers de la direction des Beaux- Arts.

Francine. — Mais qu'y a-t-il donc dans ces greniers?

Adrienne. — Le musée des faux !

Francine. — Comment?

Champmorel. — Ma femme vent dire que c'est là que nous installons les tableaux et objets d'art truqués achetés chaque année par les sen^ices compétents.

Francine. — Ohî mais je veu;»: voir ça !

Champmorel. — Je suis à vos ordr&«?, mesdames.

Adrienne. — Moi, je reste, je connais.

Champmorel, remontant avec Francine et les autres

dames. — Notre musée est le plus beau d'Europe, du reste, nous le surveillon.s de très ])rès de peur qu'il ne s'y glisse de faux faux î

Francine. - Mais alors re serait des vrais.

Tons sortent. .Adrienne et Zakouskine restent seuls en scène.

Zakouskine. ~ Merci!

Adrienne. — De quoi ?

Zakouskine. — J'ai tout compris... vous avez voulu la joie de rester seuls ensemble, pour se réconcilier.

Adrienne. — Ah! vous en avez sur vous de la finesse.

Zakouskine. — Si... tout est oublié. Demain, cinq heures... chochotte?

Adrienne, — Non, pas demain, pas cinq heures, pas chochotte.

Zakouskine. — Alors quand chochotte?

Adrienne. — Plus jamais chochotte!

Zakouskine. — Plus jamais chochotte!... Je vous demande la permission de ricaner... Savez-vous ce que vous ferez, sitôt que j'aurai passé cette porte? Vous vous jetterez à ce bureau, et vous écrirez à Zakouskine: « Reviens, mon amour. Reviens, mon zoLseau!... » Et je connais Zakouskine, il reviendra à tire-d'aile, ce brigand!... Plus jamais chochotte?... Alors à très bientôt... Pauvre femme! (il sort)

Adrienne. — Mais c'est qu'il a une très bonne idée. (Elle écrit.) « Flûte pour Tamour!... Zut pour le zoiseau. Je quitte l'étranger, j'ai envie de revenii* en France. » J*espère qu'il comprendra... Non, dans une enveloppe du gouvernement ça aurait l'air d'une

blague... (Elle prend une autre enveloppe.) Benjamin,

faites envoyer cette lettre. Et apportez-moi un verre d'eau avec une goutte de porto.

Benjamin. — Bien, madame. (A part> Quel régime!

Adrienne. — Ouf! je suis énervée. (Elle regarde le

buste de Voltaire qui est sur un meuble.) Il m'agace aUSSi

celui-là avec son sourire. (S'adressant au buste.) C'est facile de se moquer du monde quand on n'est qu'un buste !... Ah ! si je n'étais qu'un buste, je serais bien tranquille.

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