SCÈNE IX
FRANGINE, GHAMPMOREL.
CHAMPMOREL, entrant.
Madame...
FRANGINE, très aimable.
Je ne vous dérange pas, monsieur le directeur?... J'ai été très sensible à la gracieuseté de madame Champmorel. Mon mari me re-
110 LE BOJS SACRÉ
joindra tout à l'heurt; et je serai iieureusu do vous le présenter à tous les deux.
CHAMPAIORli::..
Mille grâces, madame.
FHANCINE.
Je serais venue vous voir depuis plusieurs jours déjà, monsieur le directeur, mais j'ai su que vous étiez absent de Paris.
GHAMPMOREL.
En effet, je présidais la Société des amis de Fontainebleau. Vous en faites sans doute partie?
FRANGINE
NonI
Des amis de Compiègne, alors?
FRANC FNE.
Non plus !
GHAMPMOREL.
C'est dommage. Nous encourageons beaucoup ces groupements qui deviennent chaque jour plus nombreux.
FRANGINE
Je sais; aujourd'hui les hommes n'ont plus d'amis, mais, en revanche, toutes les villes en ont.
LE IJOIS SAOUÉ lii
CHAMPMOREL.
Vous exagérez. Tenez, Senlis n'eu a pas. Et Senlis m'a écrit de lui en cherclier. Voulezvous être des amis de Senlis?
FRAXGINK.
Mon Dieu! Pour vous faire plaisir, mais seulement pour ça!
GUAMPMOREL.
Merci, mais pourquoi?
KRANGINli:.
Parce que, moi, cher monsieur, je préfère des villes qui n"ont pas d'amis. J'adore découvrir un coin de paysage que personne n'a jamais regardé! un ravin rempli de feuilles, un vieux mur tout raccommodé de lierre, un ruisseau endormi qui ne cherche pas à arriver, un chemin blanc qui se noue aux villages.
GHAMPMORET-, qni l'a écoutée eu sotiriamt.
C'est délicieux!... Dans quoi est-ce?
FRANGINE, se mordant les lèrrei.
C'est dans mon premier livre!... Vous n'êtes pas bête !
CHAMPMOREL.
Vous êtes charmante.
FRANGINE, minandant.
Ah ! ne me regardez pas comme ça?
112 LE BOIS SACUÉ
GHA.MPMOREL.
Mais, je ne vous regarde pas comme ça I
FRANGINE
Si, vous me reg-ardez comme ça!... Je suis déjà assez intimidée !