SCÈNE III
FRANGINE, DES FARGETTES.
Des Fargettea entre.
Ah! vous voilà, vous.
DES FARGETTE8.
Me voilà !
FRANGINE
Enfin, vous allez m'expliquer cette disparition. Qu'est-ce que vous avez fait depuis quinze jours?
DES FARGETTES.
Un grand voyage.
FRANGINE
Où ça?
DES FARGETTES.
En Sicile.
FRANGINE
Pourquoi ?
DES FARGETTES.
Pour vous... Je suis arrivé ce matin. Vous êtes ma première visite.
FRANGINE
Qu'est-ce que vous me racontez-là?
DES FARGETTES.
Voilà!... Il y a quinze jours, lorsque je suis venu vous voir, c'est surprenant de ma part, mais enfin, je dois le reconnaître, j*ai fait une gaffe.
FRANGINE
En quoi?
LE BOIS SACRÉ l'3
DES FARGETTES.
En vous annonçant la^décoration probable de madame de Valreney.
FRANGINE, éva«Te.
Oh!
DES FARGETTES.
J'avais cru vous faire plaisir... Mais vous m'avez accueilli d'une façon un peu... Enfin, j'ai réfléchi... et, comme je suis assez fin. j'ai deviné que cette nouvelle ne vous avait pas été agréable...
FRANGINE
Voyons...
DES FARGKTTEsi
Si, si... Vous savez d'autre part que moH dévouement pour vous est éperdu... Je me suis donc juré de réparer... C'est fait.
FRANGINE
Bahl
DES FARGETTES,
Voilà... voilà... Mon oncle le baron des Targettes est, comme vous le savez, membre du conseil de l'ordre de la Légion d'honneur, où il jouit d'une grande autorité.
FRANGINE
C'est vrai... Oh! mon ami.
DES FARGETTES.
Attendez... Le baron, très souffrant,] très
allaibli... beaucoup de peine à suivre une idée... était, le matin même de ma 'derHière visite, parti pour Paierme, où il allait faire une cure d'oranges... En sortant de chez vous, je n'ai pas hésité, j'ai fait ma valise, j'ai sauté dans le train... Trois jours après, je débarquais en Sicile où je suppliais mon oncle de rentrer immédiatement à Paris.
FRANGINE
Ohl ça, c'est gentil I
DES FARGETTES,
Il refusa... alléguant que sa cure, pour être efficace, devait durer trois semaines... Mais, attendez!... A force d'insistance, d'énergie, je le décidai à tripler le traitement... Je le fis passer de trente oranges par jour à quatrevingt-dix. Le neuvième jour, je le poussai dans le train, car il ne tenait plus debout... Et nous sommes arrivés ce matin à Paris.
FRANGINE
Ohl merci... merci...
DES FARGETTES, triomphant.
Ce n'est pas tout... A une heure, je suis retourné chez lui... je l'ai arraché de son lit... car il ne voulait pas se lever... Je l'ai fait masser, teindre... habiller, et je l'ai conduit moi- môme à la séance du conseil de l'ordre,...
après avoir obtenu de lui le serment qu'il s'opposerait avec la dernière vigueur à toute décoration de femme dans la promotion des Beaux- Arts!
FRANGINE, bondissant.
Vous avez fait ça?
DES FARGETTES.
Oui!
FRANCINB.
Ah! bien, tous mes compliments! Vous avez la main, vous !... C'est admirable I
DES FARGETTES.
Hein? Quoi?...
FRANGINE
Non, VOUS avez une précision, une sûreté dans la galle... Oh! c'est du génie!... c'est an don!... C'«'st du don!...
DES FARGETTES.
Mais enfin, voyons...
Mais, malheureux... c'est moi qui suis candidate... C'est moi qu'on présente!
DES FARGETTES»
Oh I nom d'un chien.
FRANGINE
Et si j'échoue, ça sera de la faute de l'homme aux oranges! Quelle famille! Quelle famille!
DES FARGETTES.
C'est une catastrophe... C'est épouvantable.... Je suis consterné... Mais je vais réparer...
FRANGINE
Ahl non... qu'est-ce que vous allez encore faire ?
DES FARGETTES.
Ecrire à mon oncle. Je remonte chez moi et je reviens. Je ferai porter le mot par mon domestique. Un homme très sûr. Sa mère est d'Evreux. Elle a été cuisinière chez ma tante de Saint-Christophe... la veuve du conseiller d'Etat... Alors, vous voyez, il n'y a pas de danger.
FRANGINE
Allez donc! allez!
DBS FARGETTES.
Oui... oui... Oh! quelle aventure!...
Il sort ea couraut et bouscule CliaBipmorel.